La banque centrale des États-Unis (Fed) a annoncé mercredi qu'elle maintenait son taux directeur à quasi zéro, et a pris acte de l'amélioration de la conjoncture, sans pour autant donner de signe de hausse de taux à venir.

Marc Jourdier AGENCE FRANCE-PRESSE

Les choses vont mieux, mais la situation reste très mauvaise. C'est le message global qui ressort du communiqué publié par la Fed à l'issue d'une réunion de deux jours de son Comité de politique monétaire (FOMC) à Washington.

«L'économie a continué de se renforcer» et «le marché du travail commence à s'améliorer», écrit la Fed.

La Réserve fédérale note néanmoins, comme lors de sa rencontre précédente, mi-mars, que «les employeurs restent réticents à accroître leur masse salariale», et qu'un certain nombre d'entraves continuent de peser sur la croissance: le niveau élevé du chômage, la progression lente des revenus, la baisse du patrimoine immobilier des ménages et la difficulté d'obtenir des crédits.

Elle a donc décidé de maintenir son taux directeur dans la fourchette de fluctuation de 0% à 0,25% qu'elle lui impose depuis la mi-décembre 2008.

L'objectif de cette politique est de stimuler au maximum l'économie en abaissant le coût du crédit au minimum.

Mis à part la référence au renforcement de l'économie et à l'amélioration du marché du travail, les seules nouveautés du communiqué concernent les dépenses de consommation des ménages et les mises en chantiers de logements.

La croissance des dépenses de consommation «s'est accélérée récemment», écrit la Fed (qui notait un mois et demi plus tôt leur croissance à un «rythme modéré»), et les mises en chantier «se sont redressées», mais restent à un niveau «extrêmement bas».

Jugeant toujours que la reprise devrait se faire à un rythme «modéré» pendant un certain temps, le Comité estime que les conditions sont réunies pour garantir un taux directeur «exceptionnellement bas» pendant longtemps.

Parmi les raisons justifiant le maintien de cette phrase (auquel s'est opposé une nouvelle fois Thomas Hoenig, président de l'antenne de la banque centrale à Kansas City), le FOMC avance le «faible» niveau de l'inflation.

«Médaille de la litote pour la Fed», s'exclame Ian Shepherdson, économiste de l'institut HFE, pour qui le pays flirte encore avec la déflation.

Le niveau des prix et celui du chômage sont les deux principales variables susceptibles de faire évoluer la politique monétaire de la Fed, dont la tâche est d'assurer le plein emploi dans un climat d'équilibre des prix (en fait une inflation comprise entre 1,7% et 2,0%).

S'il a baissé par rapport à son pic de 10,1% atteint en octobre, le taux de chômage officiel aux États-Unis est resté stable à 9,7% de janvier à mars.

Thomas Julien, économiste de la banque française Natixis, ne prévoit pas de changement de taux de la Fed avant le premier semestre 2011 dans la mesure où «la faiblesse de l'économie devrait étouffer les pressions inflationnistes pendant un certain temps».

Pour l'économiste indépendant Joel Naroff, les réunions de la Réserve fédérale se suivent et se ressemblent: «Nouvelle réunion, nouvelle légère amélioration de la vision de l'économie, mais pas grand chose de plus», note-t-il.

Selon toute vraisemblance, ajoute-t-il, la Fed restera en mode zéro «tant que l'inflation restera faible» et que les embauches ne repartiront pas véritablement.

Le communiqué de la Fed

Voici le texte intégral du communiqué de la Réserve fédérale américaine (Fed) publié mercredi à l'issue d'une réunion de deux jours de son Comité de politique monétaire (FOMC) à Washington:

«Les renseignements reçus depuis que le FOMC s'est réuni en mars laissent penser que l'activité économique a continué à se redresser et que le marché du travail commence à s'améliorer. Les dépenses des ménages se sont reprises récemment mais restent entravées par un chômage élevé, une croissance modeste des revenus, une baisse de la valeur du patrimoine immobilier et la difficulté à obtenir des crédits. Les dépenses des entreprises en équipements et en logiciels ont augmenté de manière importante; cependant, l'investissement dans les structures non résidentielles recule et les employeurs demeurent réticents à accroître leur masse salariale. Tandis que les prêts des banques continuent à se contracter, les conditions sur les marchés restent favorables à la croissance économique. Même si le rythme de la reprise économique restera probablement modéré pendant un moment, le Comité anticipe un retour progressif à de plus hauts niveaux d'utilisation des ressources dans un contexte de stabilité des prix.

«La considérable sous-utilisation des ressources continuant à limiter les pressions sur les coûts et les attentes d'inflation à long terme étant stables, l'inflation devrait rester faible pendant quelque temps.

«Le Comité maintient l'objectif du taux pour l'argent au jour le jour entre 0 et 0,25% et continue de prévoir que les conditions économiques, y compris les faibles taux d'utilisation des ressources de production, les tendances de l'inflation à la modération et des attentes d'inflation stables, sont susceptibles de justifier un niveau exceptionnellement bas pour le taux de l'argent au jour le jour pendant une longue période. Le Comité continuera à surveiller les perspectives économiques et les développements dans la finance et emploiera ses outils de politique autant que nécessaire pour favoriser la reprise économique et la stabilité des prix.

«A la lumière de l'amélioration du fonctionnement des marchés financiers, la Réserve fédérale a mis un terme à toutes les facilités spéciales de liquidités qu'elle avait créées pour soutenir les marchés durant la crise sauf une. Le seul programme de ce type restant, la Facilité de prêt de titres adossés à des actifs, doit fermer le 30 juin pour les prêts adossés à des titres supportés par de nouveaux prêts dans l'immobilier commercial; elle a fermé le 31 mars pour les prêts adossés à tout autre type de collatéral.

«Ont voté pour la décision de politique monétaire du FOMC: Ben Bernanke, président, William Dudley, vice-président, James Bullard, Elizabeth Duke, Donald Kohn, Sandra Pianalto, Eric Rosengren, Daniel Tarullo et Kevin Warsh. A voté contre la décision Thomas Hoenig, qui a maintenu que la prévision de niveaux exceptionnellement bas pour le taux de l'argent au jour le jour pendant une longue période ne se justifiait plus, car elle pourrait entraîner l'aggravation des déséquilibres financiers futurs et accroître les risques pesant sur la stabilité macro-économique et financière à plus long terme, tout en limitant la liberté d'action du Comité pour commencer à relever les taux légèrement.