Le contact d'un adolescent avec le travail peut lui donner le goût d'étudier. Parfois, parce qu'il est aliénant. Ou encore, parce qu'il est stimulant.

Jacinthe Tremblay, collaboration spéciale

Le contact d'un adolescent avec le travail peut lui donner le goût d'étudier. Parfois, parce qu'il est aliénant. Ou encore, parce qu'il est stimulant.

À Montréal, c'est par cette méthode douce que des entreprises et des gens d'affaires veulent inciter les jeunes à rester sur les bancs d'école.

À Montréal, une trentaine d'adolescents passeront la prochaine semaine de relâche scolaire dans des entreprises.

Cette immersion printanière en milieu de travail est une expérience-pilote du projet Classe affaires du Fonds Ville-Marie, un organisme à but non lucratif créé et largement contrôlé par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM).

Jusqu'à maintenant, les stages de Classe affaires se déroulaient uniquement en été.

Depuis 2001, près de 6000 élèves âgés entre 14 et 18 ans ont été accueillis dans quelque 600 organisations de l'île de Montréal, notamment des commerces, des cabinets de comptables et d'avocats et des entreprises manufacturières ou de services.

«Cette expérience sur le marché du travail est un moyen très concret d'exploration de carrière. Les jeunes peuvent confirmer leur choix, le remettre en question ou découvrir un emploi qui les intéresse», précise Véronique Champagne, coordonnatrice écoles-entreprises au Fonds Ville-Marie.

Persévérance

Le Fonds Ville-Marie, son projet Classe affaires ainsi que l'Opération Retour à l'école, pilotée par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, sont financés, à raison de 600 000$ par année, par Stationnement de Montréal (SDM), la filiale de la Chambre qui exploite les parcomètres de la métropole depuis 1995.

Depuis 2001, le Fonds Ville-Marie consacre l'ensemble de cette somme à ces deux projets.

«Après avoir appuyé des organismes communautaires à ses débuts, le Fonds a choisi de se concentrer entièrement à la persévérance scolaire. Nos entreprises ont besoin d'une relève de qualité et diplômée», explique Marie-Élaine Normandeau, directrice générale du Fonds Ville-Marie.

«Projet Classe affaires rejoint principalement des élèves en route vers un diplôme secondaire et des études collégiales. Ce n'est pas un programme de lutte contre le décrochage», précise-t-elle.

Le Fonds Ville-Marie loge dans des bureaux loués à la CCMM. Il compte neuf employés à temps plein. Quatre d'entre eux travaillent dans 16 écoles de l'île de Montréal, où ils rejoignent plus de 10 000 jeunes par année.

Avant leur stage, les élèves doivent participer à deux séances de formation et préparer un dossier de présentation ou un CV. Des mentors désignés les accueillent en entreprise.

Rassurer les indécis

Avec l'Opération Retour à l'école, c'est l'entreprise qui, par ses représentants, se déplace vers les classes.

Depuis 1997, plus de 2200 gens d'affaires ont pris la parole devant plus de 60 000 jeunes. Plus de 250 dirigeants et cadres d'entreprises montréalaises et autant d'écoles ont déjà confirmé leur participation à son édition 2008.

Un de ses habitués est François Lemarchand, vice-président principal et trésorier de Bombardier. Sa première expérience a eu lieu à l'école La Dauversière, son alma mater.

«J'ai pu mesurer l'ampleur des changements du milieu scolaire et de la tâche des professeurs. Dans mon ancienne école, on parle 10 langues. Il y avait des grands six pieds, cigarettes à l'oreille et la palette de casquette à l'envers et plusieurs filles portaient le hijab», dit-il.

Il a vite constaté que les jets d'affaires de Bombardier et certains détails de sa vie personnelle, comme la marque de son auto et son salaire, intéressaient beaucoup plus les jeunes que ses tâches quotidiennes et les performances financières de la société.

Avec le temps, il a appris à allumer ses groupes en lançant rapidement des échanges avec les jeunes autour de leurs projets d'avenir.

«Quand l'un d'eux me dit qu'il n'a aucune idée de ce qu'il veut faire, c'est là que ça devient intéressant. Je leur dis que c'est normal à leur âge. Que c'est même presque anormal de savoir précisément ce qu'on va faire. Mon objectif est de les convaincre de poursuite leurs études jusqu'à ce qu'ils découvrent leur voie», résume-t-il.

Selon Pierre Barrette, du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) et responsable du soutien à la Table des partenaires pour la persévérance scolaire à Montréal, les contacts de jeunes avec des adultes susceptibles de les inspirer peuvent faire une différence.

Au-delà des initiatives de la Chambre, des entreprises délèguent directement des ambassadeurs en classes ou ouvrent leurs portes à des visites d'élèves.

D'autres organisation ont par ailleurs choisi d'appuyer des organismes communautaires de lutte contre le décrochage. C'est notamment le cas des banques CIBC et Royale, de Bell Canada, d'Hydro-Québec et de Pétro-Canada.

«Nous privilégions l'accompagnement et l'écoute des jeunes à risque dans le cadre d'un travail continu mené un à un. Ce soutien touche toutes les facettes de la vie», explique Bineta Ba, directrice du ROQLD.

Récemment, le MELS portait son soutien 2008 à 17 membres de ce regroupement à 1,5 M$, soit une moyenne de 100 000$ par organisme.