"Merci Vincent Lacroix!"

Denis Arcand

"Merci Vincent Lacroix!"

Voilà une exclamation qu'on ne pouvait lire nulle part dans le communiqué de la Banque Nationale, hier, quand elle a annoncé que sa division Gestion de patrimoine a acheté Option Retraite, absorbant les 80 conseillers financiers du cabinet fondé en 1993 par Richard Dorval.

Mais M. Dorval, lui, n'a pas nié que l'effet Norbourg continue d'affecter l'environnement d'affaires des petites firmes indépendantes de planification financière au Québec.

Le souvenir du détournement de fonds commis par M. Lacroix dans les fonds Norbourg a miné la confiance des épargnants et a été un facteur, parmi d'autres, dans sa décision de vendre:

«Poser la question, c'est y répondre, a dit M. Dorval. Par contre, il faut mettre ça en perspective: au bout du compte, Option Retraite a perdu un grand total de 10 ou 12 de ses 18 000 clients à la suite de l'affaire Norbourg. Le lien de confiance avec nos clients est resté très fort. Par contre, c'est indéniable que beaucoup de gens qui auraient dû s'en venir chez nous par la suite ne sont pas venus. Ça a empêché la croissance. Et une firme a besoin de croître pour que ses employés et gestionnaires prospèrent et servent la clientèle de mieux en mieux.»

Quatrième acquisition

Avec cette quatrième acquisition du genre depuis le début de l'année, la Nationale enrichit de 1,5 G$ ses actifs sous gestion. Le montant de la transaction d'hier n'a pas été divulgué.

À la Nationale, on souligne que l'acquisition d'hier et les trois autres avant s'inscrivent dans sa stratégie de croissance par acquisitions dans le domaine de la gestion de patrimoine.

L'effet Norbourg aide-t-il les efforts de consolidation du marché faits par la Nationale?

«Je n'ai pas de réponse à cette question. Par contre, il y a un fait avéré dont je peux faire état, c'est que les gens éprouvent aujourd'hui le besoin de faire affaire avec des institutions qui ont des assises solides, une réputation établie, un historique transparent et une taille importante», a dit Denis Dubé, porte-parole de la Banque Nationale.

D'ailleurs, la Nationale avait entrepris sa grande séance de magasinage en Ontario, en achetant la torontoise Aquilon Capital, avant d'acheter le Groupe Financier Everest, du Québec, puis la manitobaine Bieber Securities.

La crise aux États-Unis

Denis Dubé propose la même réponse quand on lui demande si la crise financière américaine incite la Nationale à accélérer ou à freiner son expansion par acquisitions.

«La Nationale n'a aucune exposition à ces événements aux États-Unis, cela étant, on surveille les marchés et on gère nos risques. Mais là encore, le besoin de "solidité et d'expertises plus larges» ressenti par les épargnants et investisseurs sert la Nationale.

«On n'a tordu le bras à personne pour qu'ils viennent chez nous», a noté M. Dubé en parlant de l'achat d'Option Retraite. La conjoncture aide peut-être certaines firmes à "trouver leur compte" dans l'idée de se joindre à la Nationale.

M. Dorval, qui a 55 ans, n'a pas crié "Liberté 55!" après avoir signé sur la ligne pointillée hier matin: "Non, je ne vais pas cesser de travailler. Malgré le nom de ma compagnie, la retraite n'est pas une option pour moi, a-t-il dit à La Presse Affaires. Je vais continuer à aider les gens à comprendre leurs finances et planifier leur retraite, mais à l'intérieur."