Bientôt l'été, le soleil, la chaleur. Le temps rêvé pour boire une bière froide sur une terrasse. Au cours des prochaines semaines, les brasseurs rivaliseront d'a-dresse pour vous vendre une bière à votre image, question de mousser leurs profits.

Pierre Couture

Bientôt l'été, le soleil, la chaleur. Le temps rêvé pour boire une bière froide sur une terrasse. Au cours des prochaines semaines, les brasseurs rivaliseront d'a-dresse pour vous vendre une bière à votre image, question de mousser leurs profits.

Les analystes financiers qui suivent de près les titres boursiers des grandes brasseries s'attendent d'ailleurs à une augmentation de 5 % des ventes de bière cet été au Canada.

Au Canada et au Québec, le marché de la bière est largement dominé par petit lot de joueurs : Labatt, Molson-Coors [[|ticker sym='TAP'|]] et Sleeman. À eux trois, ces brasseurs s'accaparent tout près de 95 % des ventes du précieux liquide doré d'un océan à l'autre. Le reste du marché est partagé entre les micro-brasseries.

Il faut dire que ça joue dur dans le petit monde des brasseurs. Depuis 10 ans, la consommation de bière tend à diminuer au pays, au profit des achats de vins et de spiritueux, qui sont en forte progression.

Pas étonnant que les grands brasseurs misent surtout sur la commercialisation des bières importées comme les Heineken, Corona, Stella Artois, Brahma et Beck pour gagner des parts de marché. Ces bières comptent maintenant pour 11 % des ventes de bière au Canada.

Pour réaliser de meilleurs profits, les brasseurs n'ont ainsi plus le choix de réduire leurs coûts de production (le prix du houblon a quadruplé depuis un an) et de distribution et de fusionner leurs activités. À l'échelle planétaire, le secteur brassicole est d'ailleurs en pleine mutation.

Et le Canada ne fait pas exception. Il y a quelques années, l'américaine Coors a acheté Molson, Ambev, du Brésil, a mis la main sur Labatt avant d'être rachetée par la belge Inbev. Le géant japonais Sapporo a pour sa part acquis Sleeman-Unibroue.

Aux États-Unis, Molson-Coors projette maintenant de fusionner ses activités américaines avec le géant mondial SABMiller de Londres. Ce mariage permettrait ainsi à la nouvelle MillerCoors de détenir 30 % du marché de la bière en sol américain.

Toujours aux États-Unis, le géant Inbev souhaite ardemment mettre la main sur Anheuser-Busch, qui brasse la fameuse Budweiser. La transaction de 46 milliards $ US permettrait à Inbev d'occuper tout le terrain au pays de l'oncle Sam, où Anheuser-Busch [[|ticker sym='BUD'|]] détient 50 % du marché.

Si cette transaction voit le jour, Inbev détiendra ainsi 20 % des parts de marché de toute la bière consommée dans le monde avec un chiffre d'affaires de 36,4 milliards $ US. Il sera alors numéro un mondial. Imaginez alors les synergies possibles.

Inbev ne cache pas que la marque Budweiser est le but visé de la transaction. Inbev souhaite commercialiser la Bud à l'échelle planétaire comme l'ont été le Pepsi et le Coke. Rien de moins.

Cela fait dire à l'analyste Orin Baranowsky, de BMO Marchés des capitaux, que l'on assistera au cours des prochaines années à une autre vague de consolidations dans l'industrie de la bière à l'international. «Il pourrait y avoir une série d'expansions», dit-il dans sa plus récente note de recherche.

Chez Gestion Claret, l'analyste Alain Chung croit que tout ce mouvement de fusions converge vers un seul objectif : prendre d'assaut le marché asiatique. «Les grands joueurs s'en vont vers là», fait-il remarquer.

Ce dernier ajoute que le marché de la bière en Asie demeure en majorité sous contrôle de vastes sociétés d'État. «Il faut donc avoir les reins solides pour s'attaquer à ces monopoles», observe-t-il.

Alors, on achète? Orin Baranowsky a un faible pour Molson-Coors. Il croit que d'ici un an, le titre du brasseur vaudra 61 $. Hier, le titre de Molson-Coors a terminé la journée à 55,79 $, en baisse de 1,36 $.

Au dernier trimestre, le troisième brasseur aux États-Unis, derrière SABMiller et Anaheuser-Busch, a ébloui les analystes en déclarant un bénéfice net de 37,1 millions $ US, ou 20 ¢ par action, comparativement à 4,41 millions $ US, 3 ¢ par action, un an plus tôt.

Selon l'analyste de BMO, les fusions des activités de Molson-Coors et de SABMiller devraient générer des économies d'échelle de 500 millions $US d'ici trois ans.