La vague des fusions et acquisitions, qui a balayé le monde l'an dernier, continue de susciter un vif débat dans les milieux économiques et politiques.

Mis à jour le 29 janv. 2008
Philippe Mercure

La vague des fusions et acquisitions, qui a balayé le monde l'an dernier, continue de susciter un vif débat dans les milieux économiques et politiques.

Faut-il ériger des barrières autour du Canada pour bloquer l'envahisseur étranger? Ou plutôt laisser les forces du marché agir?

Pas facile de trancher, disent les experts dont les avis sont partagés... Entre-temps, les grandes Bourses multiplient les regroupements et des investisseurs continuent de contester la méga-transaction BCE-Teachers'.

Alcan, Inco, Falconbridge: si vous avez l'impression que les entreprises canadiennes se vendent comme des petits pains, vous n'avez pas tort. Selon la firme Secor, elles sont les plus faciles à acheter au monde.

Rien pour émouvoir le Conference Board, qui recommande même d'ouvrir la porte davantage aux étrangers.

Quant au ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, il a annoncé hier qu'il pourrait rendre la vie plus difficile aux investisseurs étrangers en bloquant certaines transactions susceptibles de menacer la sécurité nationale.

Bref, le grand débat pour savoir s'il faut s'inquiéter de la vente de feu qui secoue le Canada inc. est relancé.

La firme Secor a commencé par lancer son pavé dans la mare hier en révélant que le Canada est devenu le grand perdant mondial du jeu des fusions et acquisitions qui secoue la planète.

Le Canada achète peu de grandes entreprises et en perd beaucoup. Tellement qu'avec un déficit de 112 milliards de dollars entre 2005 et 2007, le pays est tout simplement le plus grand vendeur d'entreprises au monde par rapport à la taille de son économie.

Pour Ken Smith, président de Secor conseil, cela s'explique facilement.

«À l'exception de quelques secteurs protégés, les entreprises canadiennes sont les plus faciles à acheter au monde», déplore-t-il, soulignant qu'à force d'essayer de jouer de façon équitable sur la scène internationale, le Canada en est venu à créer une situation inéquitable pour lui-même.

Trop faible

Selon lui, le Canada est à la fois «faible en défense et à l'attaque».

En n'ayant pas de politique nationale claire, il protège mal ses entreprises et voit ses ressources naturelles, ses métaux et sa technologie tomber en mains étrangères.

Et ses joueurs sont en général trop petits et ont une productivité trop faible pour aller se battre sur la scène internationale et avaler des concurrents.

«Je ne crois pas qu'il s'agisse d'une cause désespérée pour l'instant. Mais je crois que si la tendance continue, ça pourrait devenir sérieux», dit M. Smith.

Secor montre que ce n'est pas la taille du pays qui est en cause. L'Australie, par exemple, achète plus qu'elle ne vend sur la scène internationale, tandis que les deux principaux vendeurs d'entreprises, outre le Canada, sont les États-Unis et le Royaume-Uni.

«Les prises de contrôle étrangères ont un effet domino, dit M. Smith. Quand vous perdez une compagnie majeure dans un secteur donné, vous réduisez les chances de voir un champion canadien émerger dans ce secteur. Mais l'effet se répercute sur les autres domaines en affaiblissant les secteurs de la finance et des services professionnels qui gravitaient autour. Et si vous affaiblissez ces services, vous venez, à long terme, d'affaiblir le Canada inc.»

Verser vers le protectionnisme serait une erreur, dit toutefois M. Smith. «Nous avons besoin d'une transition. Nous devons nous diriger de façon plus réfléchie et plus sensible vers un marché ouvert.»

«Pour l'offensive, par exemple, nous ne voulons pas que le gouvernement dirige le Canada inc. Mais nous avons besoin de leur support pour construire des champions internationaux», a-t-il ajouté.

Le ministre Jim Flaherty a répondu à une partie de ces inquiétudes, lundi, en annonçant qu'il considérait implanter une politique qui pourrait bloquer des prises de contrôle étrangères si celles-ci menacent la «sécurité nationale» du pays.

De telles mesures pourraient être implantées d'ici six mois.

«Nous n'atteindrons pas nos buts en claquant la porte aux investissements étrangers», a-t-il toutefois ajouté lors d'une rencontre à Toronto pour traiter de la question.

Allégement des restrictions

Le Conference Board du Canada en a profité pour militer de son côté pour l'allégement de certaines restrictions qui s'appliquent aux investissements étrangers.

Chiffres à l'appui, l'organisme a démontré que les prises de contrôle étrangères génèrent habituellement davantage d'effets positifs que négatifs en augmentant la productivité et en permettant aux actionnaires d'encaisser des primes.

«Des politiques qui viendraient freiner les investissements étrangers pourraient avoir des effets négatifs pour le Canada», a averti Anne Golden, présidente et chef de la direction du Conference Board.

L'organisme affirme que les règles devraient être resserrées dans le seul cas des prises de contrôle visant les entreprises d'État qui concernent la sécurité nationale.