Teint radieux, cheveux éclatants, peau saine, le message de L'Oréal n'a pas pris une ride. Le géant mondial de l'industrie cosmétique souhaite y rajouter protection de l'environnement, responsabilité envers ses client, et choix éthiques des ingrédients.

Véronique Bouvier

Teint radieux, cheveux éclatants, peau saine, le message de L'Oréal n'a pas pris une ride. Le géant mondial de l'industrie cosmétique souhaite y rajouter protection de l'environnement, responsabilité envers ses client, et choix éthiques des ingrédients.

Opération marketing ? Non, rétorque Sandrine Michard, VP Communications Corporatives chez L'Oréal Canada. «C'est un travail de fond que l'on fait depuis des années. Mais on a toujours eu comme philosophie d'agir avant de faire savoir.»

L'Oréal figure d'ailleurs dans la plupart des indices boursiers intégrant des critères de développement durable comme ceux de FTSE4Good. «En tant que leader de l'industrie cosmétique, on se doit de montrer l'exemple. L'important est de prendre un engagement et de se commettre par rapport à un objectif.»

Pour le groupe qui compte 19 marques, la diversité n'est pas un mot creux. «Notre filiale canadienne est très représentative avec 42 nationalités pour 1200 employés, souligne Sandrine Michard. On recrute selon le talent et le talent est partout.»

Gérer la diversité, c'est surtout réussir l'intégration des nouvelles marques dans le groupe. «Il y a un énorme respect de la culture des marques. La logique d'acquisition est d'acquérir des entreprises qui sont complémentaires et vont apporter une expertise que l'on n'avait pas à l'interne», dit-elle.

En 2006, L'Oréal a acheté la marque emblématique des «valeurs citoyennes» The Bodyshop, et la compagnie française Sanoflor, spécialisée dans la cosmétique bio et l'aromathérapie.

Selon Sandrine Michard, il n'y a pas eu d'expérience douloureuse.

«Au Canada, en 97, on a acquis Ombrelle et les gens sont encore en place. Ombrelle est toujours considérée comme une marque québécoise, elle a gardé sa personnalité.»

Des tests animaux à la chimie verte

Mais lorsqu'il s'agit du choix des ingrédients des produits et des tests animaux, la controverse n'est jamais très loin.

Et ce, même si l'entreprise ne fait plus de tests de produits cosmétiques sur des animaux depuis 1989 et exige le même engagement de la part de ses fournisseurs.

«Il faut être honnête avec le consommateur, reconnaît la vice-présidente communications corporatives chez L'Oréal Canada. Toute industrie, qui utilise des composants chimiques, sait qu'à un moment donné, ceux-ci ont dû être testés sur des animaux. Pour assurer la sécurité de nos produits, on est obligé d'utiliser ces ingrédients testés.»

Depuis 20 ans, L'Oréal développe des tests alternatifs, axés sur la biologie cellulaire et l'ingénierie tissulaire afin de reproduire la peau humaine. Une filiale du groupe, Episkin, fabrique déjà des kits de peau, reconstruite de façon industrielle, qui permettent des tests in vitro d'ingrédients.

L'Oréal prend les devants. D'ici 2009, les tests de sécurité animaux devront être arrêtés en Europe et les plus complexes, en 2013.

Autre contrainte, la législation eeuropéenne REAC ((Registration, Evaluation an Authorization of Chemicals), a été adoptée en décembre dernier. Elle restreint l'utilisation et la production des substances chimiques afin de protéger la santé des consommateurs et l'environnement.

«Le Canada se calque sur REACH, dit Sandrine Michard. Environnement Canada a lancé tout un processus pour réévaluer 20 000 ingrédients chimiques et regarder leur impact environnemental.»

L'inquiétude n'est donc pas de mise. «On travaille avec seulement 2000 ingrédients, dont 40 % sont d'origine végétale», dit-elle.

Et le groupe a adopté le concept de la «chimie verte» en 1998, qui établit une liste de 12 critères afin d'évaluer l'impact environnemental de la mise au point des procédés et molécules destinés à la fabrication des produits cosmétiques.

À l'automne dernier, Pro-Xylane, la première molécule issue de la «chimie verte» a vu le jour. Cette molécule anti-âge est obtenue à partir d'un sucre issu du bois de hêtre, le xylose, facilement biodégradable et non écotoxique, explique Alexandre Cavezza, chimiste chez L'Oréal Recherche.

«L'idée était de limiter les déchets dans la composition d'un produit . De réduire la consommation d'énergie et les solvants utilisés», précise Sandrine Michard.

Une approche qui reste coûteuse pour l'entreprise. Même si la nouvelle molécule entre désormais dans la composition des produits L'Oréal commercialisés au Canada, la recherche qui a abouti à Pro-Xylane a duré sept ans. «On n'est pas dans un univers pharmaceutique où on rentabilise les molécules. De notre côté, souvent en deux-trois ans, nos molécules sont obsolètes.»

Une usine qui fait la guerre au gaspillage

Un grand sac rempli de bouteilles en plastique trône au beau milieu de l'usine de L'Oréal Canada. À première vue, rien d'exceptionnel. Mais le big bag, comme l'appelle affectueusement le directeur de l'usine d'origine française, Éric Wolff, n'est pas là par hasard.

C'est qu'il symbolise la lutte au gaspillage dans laquelle s'est engagée l'unique usine de L'Oréal au Canada, depuis 2000. «Le big bag contient des capsules utilisées sur les lignes de production, explique le directeur. Une fois vide, il est renvoyé aux fournisseurs pour être réutilisé.»

Adieu les palettes de bois, le polystyrène, et l'emballage plastique thermoformé.

«On a développé avec nos fournisseurs des emballages navettes, poursuit M. Wolff. Pour les articles de conditionnement que nous recevons par cartons, on déplie les cartons et on les renvoie à nos fournisseurs.» Résultat, le taux de valorisation des déchets tourne autour de 94%.

Cette démarche s'est systématisée aux 42 usines du groupe dans le monde. Mais l'usine de Ville Saint-Laurent, spécialisée dans les produits de coloration pour les cheveux destinés aux salons professionnels, se distingue, précise fièrement le directeur. En 2005, l'usine a reçu le prix du groupe L'Oréal de la meilleure initiative environnementale pour l'efficacité de la récupération de la chaleur de ses eaux de lavage et de ses compresseurs.

«Avec un système de fonctionnement en cascade, on a réduit de moitié le nombre de compresseurs utilisés et de 39 % notre consommation d'électricité totale», dit-il. Et depuis un an, la chaleur, dégagée par les compresseurs, est utilisée pour chauffer l'entrepôt.

Quant à l'eau de lavage, l'usine a mis en place des bassins de rétention où 20 000 pieds carrés de tuyaux d'eau froide sont réchauffés par l'eau chaude récupérée. Selon David Ohayon, directeur Environnement à l'usine, la consommation d'eau a été réduite de 54 % entre 2003 et 2006.

Ces initiatives rapportent, estime Éric Wolff. «Une usine comme la nôtre investit près de 10 millions par an, dont 10 % pour l'environnement. On a un retour sur investissement de l'ordre d'un an.»

Plus remarquable encore à ses yeux, l'implication des 280 employés de l'usine. " Le développement durable est un outil de motivation et de recrutement. Il rentre dans ce qui peut créer un sentiment d'appartenance à l'entreprise. "

L'ORÉAL EN CHIFFRES

- 52 000 employés dans 130 pays

- 42 usines

- 75 centres d'expédition

- 2 rapports de développement durable en 2003 et en 2005 selon les critères du GRI