Le grand patron de Rio Tinto espère voir les industriels chinois écouter leur gouvernement... et construire moins d'alumineries.

Maxime Bergeron

Le grand patron de Rio Tinto espère voir les industriels chinois écouter leur gouvernement... et construire moins d'alumineries.

À l'heure actuelle, les fonderies poussent comme des champignons un peu partout en Chine. La production est énorme, si bien que le pays est un exportateur net d'aluminium.

Tom Albanese, PDG du groupe anglo-australien qui a mis la main sur Alcan [[|ticker sym='T.AL'|]] pour 38,1 milliards US la semaine dernière, mise toutefois sur un revirement de situation. Et il mise gros.

«Pour l'instant, il faut se concentrer sur la Chine comme étant la plus importante source de demande pour l'aluminium, qui permettra à une compagnie comme Alcan de croître», a dit M. Albanese en entrevue avec La Presse Affaires, mercredi.

La production d'aluminium coûte cher aux chinois, rappelle le dirigeant. Entre 2100$ US et 2200 $ US la tonne, «quelques centaines de dollars» de plus que ce qu'il en coûte à Alcan.

La Chine ne bénéficie pas de bauxite en abondance comme Rio Tinto - qui a des réserves parmi les plus grosses au monde - ni d'hydroélectricité peu polluante comme on en trouve au Canada, fait-il valoir.

Le gouvernement chinois a appelé les industriels du pays à réduire les investissements dans de nouvelles alumineries, un message qui ne semble pas encore avoir été entendu. Tom Albanese reconnaît «qu'il n'y a pas de garantie, car on ne sait pas comment les Chinois vont réagir».

Mais il apparaît tout de même confiant de voir le marché chinois s'ouvrir à l'aluminium importé, comme en témoigne le prix de 101 $ US par action que son entreprise a accepté de verser pour Alcan.

Selon le PDG, natif d'Alaska, la demande chinoise en aluminium continuera à croître au rythme de 15% par an d'ici 2011, et diminuera un peu par la suite. La production continuera elle aussi à augmenter de plus de 10% par année, prévoit-il.

Émotivité

Tom Albanese n'a pas chômé depuis l'annonce de la vente d'Alcan jeudi dernier. L'homme de 49 ans est retourné à Londres rencontrer des investisseurs, a fait un détour par les États-Unis avant de revenir à Montréal.

Et il a repris l'avion pour New York peu après avoir rencontré La Presse Affaires hier, dans un hôtel situé à un jet de pierre du siège social d'Alcan.

La transaction Rio Tinto-Alcan a fait jaser partout sur la planète financière depuis six jours, et particulièrement au Québec, où la vente d'un fleuron national à des intérêts étrangers en a peiné plusieurs.

Le PDG de Rio Tinto comprend et «respecte» les émotions qu'a engendré la transaction. Mais il fait valoir du même souffle que Rio Tinto est déjà une compagnie présente partout dans le monde, et que la présence du siège social de la division aluminium à Montréal (nommée Rio Tinto Alcan) constitue un acquis pour le Québec.

Rio Tinto respectera aussi tous les engagements déjà pris par Alcan, comme le programme de développement de 2 milliards au Saguenay et l'agrandissement de la Maison Alcan à Montréal, a répété le dirigeant.

Quant à la pleine page de publicité achetée hier par Rio Tinto dans La Presse, M. Albanese soutient qu'elle ne vise pas du tout à «vendre» la transaction aux Québécois.

«C'était uniquement pour renforcer ce qu'on a déjà dit, a-t-il souligné. Je crois fermement en la communication continue. On ne peut jamais trop communiquer.»

Une fois que la transaction sera complétée (la clôture est prévue au quatrième trimestre 2007), «toutes les divisions» de Rio Tinto et d'Alcan seront passées au peigne fin, a annoncé M. Albanese.

Rio Tinto a annoncé dès le départ qu'elle se départirait de la division emballages, mais d'autres pourraient aussi être vendues pour abaisser l'imposante dette dont héritera la nouvelle entité.

Beaucoup de rumeurs ont circulé sur une possible vente du secteur des produits usinés. M. Albanese a dit qu'il allait «retenir» cette division, ajoutant par la suite qu'elle sera soumise comme les autres à un examen minutieux.

Le PDG a tenté de se faire rassurant, rappelant qu'il provient lui-même d'une compagnie qui a été rachetée en 1983 par Rio Tinto, appelée Nerco.

«Avec cette acquisition, les parties qui ont été gardées ont reçu beaucoup d'investissements et sont devenues beaucoup plus compétitives que si elles étaient demeurées au sein d'une plus grosse compagnie», a-t-il dit.

Alcan compte 69 000 employés répartis dans 56 pays, et a enregistré un chiffre d'affaires de 23,6 milliards US en 2006. La division Emballages, qui sera vendue, compte à elle seule 31 000 employés et a généré des revenus de 6 milliards US l'an dernier.

Rio Tinto compte pour sa part 35 000 employés dans 20 pays. L'entreprise, dont le siège social est à Londres, a fait un chiffre d'affaires de 25,4 milliards l'an dernier.