C'est une des plus belles animations réalisées pour une pub québécoises depuis des lustres.

Marc Tison

C'est une des plus belles animations réalisées pour une pub québécoises depuis des lustres.

Un petit village québécois s'éveille, s'anime sous la lumière encore rasante d'un matin estival ensoleillé. Un ouvrier quitte sa maison. Une jeune femme munie d'un carton à dessins traverse la rue et croise un homme en complet. La caméra le suit à son tour, puis franchit la fenêtre d'une boulangerie.

«Il était des milliers de fois des gens d'ici, des Québécois», raconte le narrateur.

Poursuivant son mouvement, la caméra traverse la boutique, puis ressort dans la cour, où on charge un camion sur les flancs duquel s'étale une large fleur de lys.

Bercé par la lente valse de la caméra, charmé par les teintes estompées, dont la transparence rappelle l'aquarelle, on se laisse porter jusqu'à la conclusion: il était une fois le programme Achat Québec de Wal-Mart.

Wal-Mart!

Le symbole même du mercantilisme prédateur américain, qui a drainé la clientèle des commerçants de nos petites villes! - c'est là du moins la perception courante.

Et c'est exactement le sentiment que cette pub voulait corriger.

«On veut casser la perception que Wal-Mart est une entreprise américaine qui vend des produits chinois, alors qu'elle encourage les entreprises du Québec, qu'elle vend des produits achetés au Québec», explique le porte-parole de l'entreprise, Yanik Deschênes.

Effectivement, cette pub ne vous incite pas à vous ruer sur les prix coupés. Elle instille plutôt une indulgente sérénité, elle inocule une tranquille bienveillance à l'égard de l'entreprise. L'animation est le vecteur essentiel de cette cure.

«Pourquoi l'animation? On s'est beaucoup inspiré de Frédéric Back», explique Annie Méthot, directrice artistique chez la firme de publicité Allard Johnson.

«On voulait faire un conte. On trouvait que le dessin un peu "fibreux" transmettait bien le feeling que l'on voulait donner à cette campagne.»

Le village est un concentré de maisons et de panoramas typiquement québécois, dont les photos ont été recueillies sur internet. Décors et personnages sont animés en trois dimensions, pour permettre le lent travelling de caméra en un seul plan séquence de 30 secondes.

La pub a été réalisée par Fake Studio, une firme spécialisée en animation.

«J'aurais pu filmer la même chose, poursuit Annie Méthot. Mais l'approche artistique de l'illustration était plus séduisante. On ne voit pas souvent ce genre de pub animée au Québec.»

L'inspirateur de ce clip, Frédéric Back, ne l'a jamais vu à la télé. Il se souvient cependant de la publicité d'une compagnie d'assurance, il y a une quinzaine d'années, qui était à ce point proche de L'homme qui plantait des arbres, dans sa facture et jusque dans sa musique, qu'un recours en justice avait été un moment envisagé.

Frédéric Back n'a lui-même jamais accepté de faire de la publicité. Il connaît, peut-être mieux que quiconque, l'effet d'une animation bien faite.

«Dès qu'il y a une représentation de la réalité, même imparfaite, elle a plus d'impact que la réalité qui nous entoure, qui devient banale à force d'être vue à longueur de jour», énonce-t-il.

«L'animation permet souvent de raconter en quelques minutes ce qui en réel demanderait beaucoup plus de temps. On utilise cet impact visuel, cet attrait pour des images qui sortent de l'ordinaire, pour faire passer des messages.»

Le conte d'un gentil géant qui parcourait les campagnes, par exemple.