Un peu plus d'une semaine après la remise des prestigieuses statuettes d'Hollywood, Claude McMaster se permet de rêver à voix haute.

Mis à jour le 10 mai 2007
Réjean Bourdeau

Un peu plus d'une semaine après la remise des prestigieuses statuettes d'Hollywood, Claude McMaster se permet de rêver à voix haute.

«Un jour on pourrait gagner un Oscar grâce à notre technologie!», lance le président de Technologies D-Box [[|ticker sym='V.DBO.A'|]] .

Et il a peut-être raison car cette petite entreprise de Longueuil est en train de faire une percée dans un créneau bien particulier pour l'industrie du film et du divertissement: les simulateurs de mouvements.

Si vous êtes un cinéphile, assoyez-vous confortablement et préparez-vous à vivre une véritable expérience.

Grâce à un système sophistiqué installé à même un fauteuil, qui bouge et vibre, vous serez projeté dans les aventures de vos héros.

Vous ressentirez l'impact d'un accident d'auto. Vous descendrez des côtes à toute vitesse. Et vous recevrez même des coups échangés lors d'une bagarre.

Rassurez-vous ! Tout cela se fait de façon subtile, même si la technologie peut produire jusqu'à 100 mouvements par seconde et s'activer jusqu'à 2G ...

«C'est un système intelligent qui s'adapte aux besoins de chacun, dit M. McMaster. Moi, j'aime les sensations fortes quand j'écoute un film d'action mais quelqu'un d'autre peut ajuster le niveau pour avoir moins de feelings.»

D-Box vise deux marchés en forte progression en Amérique du Nord : le cinéma maison et les jeux vidéos.

Des signes encourageants permettent à la PME de 31 employés d'envisager l'avenir avec optimisme.

L'été dernier, rien de moins que la Twentieth Century Fox Home Entertainment a signé une entente pour intégrer la technologie québécoise sur certains de ses DVD.

En décembre dernier, on a d'ailleurs annoncé la sortie des trois premiers films : Alien vs Predator, À l'épreuve du feu et Broken Arrow.

Par ailleurs, au fil des années les techniciens de D-Box ont codé plus de 500 films qui sont acheminés aux clients par Internet.

Pour en profiter, il faut acheter son équipement. Il en coûte de 7000 à 10 000 $US pour un fauteuil intégré et 3500 $US pour une plateforme qui s'installe à un fauteuil.

«Ce partenariat a donné de la crédibilité à notre technologie, précise Claude McMaster. Notre objectif est de devenir un standard mondial comme Dolby l'est dans le son.»

De plus, cet automne D-Box a réaliser une alliance avec Deluxe, un distributeur de copies de films et de bandes annonces.

Autre bonne nouvelle: la multinationale américaine Hewlett Packard (HP) a un oeil sur le prototype d'une chaise spécialisée pour les jeux vidéos, la GP-100.

Possédant un volant, un accélérateur, un frein et plusieurs autres options, ce siège dispose aussi d'un générateur de mouvements synchronisés à l'action, qui permet aux joueurs d'entrer dans une nouvelle dimension de divertissement.

Le géant HP l'a présenté, avec beaucoup de succès, en début d'année au International Consumer Electronics Show de Las Vegas, souligne le président.

Le plan de match de Claude McMaster, diplômé en administration et en génie, est clair.

D'ici les 18 prochains mois, l'ancien consultant en technologie est confiant de signer des ententes avec d'autres grands studios américains.

Disney, Paramount, Universal et Warner sont dans sa mire.

Il espère également développer des liens avec HP dans le monde du jeu vidéo et avec de grands fabricants pour encoder la technologie D-Box sur les DVD.

«Nous arrivons à une étape cruciale de notre développement», reconnaît le grand patron

Dans cette foulée, l'entreprise n'exclut pas de faire éventuellement le saut sur la Bourse de Toronto en réalisant une émission d'actions.

Elle est actuellement inscrite à la petite Bourse de croissance TSX. Son titre qui s'échangeait à 20 cents il y a un an vaut aujourd'hui quatre fois plus cher.

Avec 63 millions d'actions en circulation, sa valeur boursière est de 50,4 millions.

Cela dit, l'action de D-Box n'est pas sans danger pour les investisseurs.

«C'est une entreprise qui a beaucoup de potentiel mais le risque est élevé», souligne Jean-Paul Giacometti, associé chez Gestion de placements Claret, un actionnaire de D-Box.

Le gestionnaire rappelle que ses produits se vendent chers. C'est la raison pour laquelle les activités de recherche et développement visent à réduire les coûts afin d'en arriver à des prix plus accessibles.

De plus, les ventes sont faibles et la société n'est pas rentable.

L'an dernier, sur des revenus de 3,4 millions elle a affiché une perte de 2,3 millions. Elle possède une dette de 700 000 $ sur des actifs de 5,2 millions.

M. Giacometti, qui salue la vision et le travail de Claude McMaster, pense que l'action prendra du tonus (jusqu'à 1$-1,25$) si la compagnie développait des partenariats et s'inscrivait à la Bourse de Toronto l'automne prochain.

Dans le pire des cas, il évalue sa valeur aux environs de 30 cents. «En considérant la qualité de son produit et le fait qu'elle n'a pas de concurrent direct, l'action ne devrait pas aller plus bas que ça», estime le gestionnaire.

Par ailleurs, le seul analyste à suivre le titre, Vigen Ghazarian, de Sprott Securities, recommande l'achat de l'action de D-Box à titre spéculatif.

Dans son rapport publié le 31 janvier, il augmente son prix cible à 1,50$ d'ici un an (par rapport à 1$) en raison de la possibilité pour l'entreprise de signer de nouvelles ententes au courant de l'année.

L'analyste rappelle toutefois qu'elle est trop petite pour mettre en place des initiatives de ventes et de marketing à grande échelle. À son avis, elle pourrait également ne pas être capable de réussir une importante pénétration du marché sans l'aide d'importants partenaires stratégiques.

De plus, ajoute-t-il, des émissions d'actions répétées auraient un effet de dilution pour les actionnaires.