«On ne respire plus», lance Christiane, un peu dépitée. Avec le budget strict dont elle a la charge des inscriptions, finie la douce insouciance des dépenses impromptues.

Marc Tison

«On ne respire plus», lance Christiane, un peu dépitée. Avec le budget strict dont elle a la charge des inscriptions, finie la douce insouciance des dépenses impromptues.

«Moi, je trouve qu'on gère bien nos affaires, rétorque son conjoint Jean-François. Avant, Christiane respirait peut-être, mais c'est moi qui ne respirait pas.» Les répliques fusent mais les sourires jaillissent aussitôt.

Car l'essentiel est atteint : le couple tient un budget. Fin janvier, le compte courant contenait 1017 $ en réserve. Pour la première fois depuis des années, le bonus de Noël de Jean-François a été directement versé dans son REER, plutôt que servir à éponger une partie du déficit accumulé.

Le couple revient de loin.

En juin dernier, les soldes de leurs cartes de crédit avaient atteint 9700 $. Chaque mois, les dépenses excédaient les revenus et la marge de crédit accusait le coup. Elle s'était gonflée à 20 000 $, et continuait à croître. Le refinancement hypothécaire proposé par Hélène Bronsard, vice-présidente chez Raymond Chabot Gestion privée, a permis de remettre le compteur à zéro.

Les diverses mensualités, qui totalisaient 1980 $, ont alors été remplacées par un uniquement paiement de 1490 $. Restait encore à contrôler les dépenses. Depuis septembre, c'est chose faite. Chaque mois, avant toute chose, 100 $ sont automatiquement versés dans un compte d'épargne. Les 11 000 $ de réserve d'urgence, issus du refinancement, sont depuis demeurés intacts.

Bon, il y a bien quelques hoquets... Chacun a sa manière, et elles divergent.

Le point de friction : la réserve pour les dépenses irrégulières. Dans sa grille, Christiane indique en bleu les sommes mensuelles réservées à une dépense non encore engagée. Quand la dépense survient, elle transforme en noir les inscriptions bleues correspondantes.

«Mes bleus pâles, ça marche», insiste Christiane. «Oui mais quelquefois, tes bleus pâles devraient être noirs !», relance son conjoint. Il faut aussi absorber les imprévus.

Leurs deux ados auraient besoin de quelques cours d'appoint privés, qui soustrairaient chacun 45 $ par semaine au budget. Hélène Bronsard suggère que l'aînée, qui travaille à temps partiel, participe à la dépense.

Le prochain défi est garé devant la maison. L'unique voiture du couple, qui date de 1992, montre des signes avancés d'épuisement. Les mensualités d'un petit VUS, avec une mise de fonds de 3000 $ tirée du compte d'épargne, s'établiraient à 363 $.

«J'essaie de maintenir les mensualités et l'assurance à 400 $ mois, déclare Jean-François. Si ça rentre, on n'a pas de problème.» Reste encore à roder la mécanique budgétaire. L'assimilation de nouvelles habitudes de consommation est une étape douloureuse.

«Combien de temps faut-il, interroge Christiane, avant qu'on se sente à l'aise avec un budget ?» Ça ne sera plus très long.

Le courrier de Christiane

Parcours commenté, au fil des courriels. Première ébauche de budget Jean-François et moi avons eu de belles grosses discussions sur la façon de faire le budget de façon hebdomadaire.»

«Avant, il faisait ça dans sa tête sur une base mensuelle, mais je ne vois pas ses colonnes Excel dans son cerveau. Je tenais donc à le faire à ma manière : c'est plein de couleurs et d'annotations. Jean-François trouve ça compliqué, moi ça me rassure. En tout cas, faire un budget, c'est un bon truc pour éloigner les enfants de l'ordinateur.

«Visite à l'épicerie Ça a été une expédition familiale assez rigolote. Je calculais dans ma tête ce que ça coûtait (ce qui me donne une drôle d'expression), les enfants riaient de moi, Jean-François suivait en arrière, très sceptique, en disant que je dépasserais ma limite de 200 $.»

«Arrivés devant la Kronenbourg, je me suis dit que si je l'ajoutais, je dépasserais mon objectif. Jean-François quêtait presque ma permission pour ajouter des trucs dans le panier.»

«Bref, on donnait tout un spectacle. Et surprise ! À la caisse, un total de 166 $ et des poussières. On est retournés chercher la bière...»

«Métamorphose. Nous sommes dans un changement de culture. Mon chum a de la difficulté à lâcher prise, moi à vivre avec les angoisses de voir l'argent partir. Je dois me parler bien fort pour me convaincre qu'on a quand même mis 400 $ de côté le mois dernier.»

«J'ai l'impression que quelque chose va me tomber sur la tête, que j'ai fait plein d'erreurs de calcul ou d'appréciation.«

«Bilan temporaire... La difficulté est maintenant de garder le cap. Pour moi qui est très ado là-dessus et pour mon conjoint qui avait tendance à voguer tout seul sur sa galère, c'est un gros travail. Nous avons tout de même réussi à mettre 100 $ par paie de côté, à payer nos comptes et à se garder une réserve pour les comptes à venir ! Et tout ça sans toucher à notre 11 000 $ ! Je suis fière de nous.»

Le cas

Jean-François, 47 ans, analyste en informatique

Christiane, 47 ans, enseignante

Revenus nets disponibles : 66 000 $

L'actif : maison de 255 000 $

Fonds de réserve : 11 000 $

Une seule voiture, modèle 1992, payée

Le passif : nouveau prêt hypothécaire de 151 000 $, qui a permis de consolider les dettes.