Phénomène qui peut sembler inusité, la croissance de l'emploi en août chez les adultes, hommes et femmes, a concerné essentiellement ceux de 55 ans et plus, selon la plus récente enquête de Statistique Canada sur la population active.

Jacques Benoit

Phénomène qui peut sembler inusité, la croissance de l'emploi en août chez les adultes, hommes et femmes, a concerné essentiellement ceux de 55 ans et plus, selon la plus récente enquête de Statistique Canada sur la population active.

Dans ce groupe d'âge, en effet, 34 000 personnes ont déniché un emploi le mois dernier, a indiqué vendredi l'agence.

Cela situe à 4,6% la progression de l'emploi pour ce groupe d'âge depuis le début de 2007. Soit, et de loin, le taux le plus élevé tous groupes d'âge confondus, signalait hier Statistique Canada.

Pour l'ensemble du Canada et tous les groupes d'âges (15 ans et plus), le nombre de postes a augmenté au mois d'août de 23 000, alors que le taux de chômage est resté inchangé à 6%, soit son plus bas niveau depuis 33 ans.

Dans le cas du Québec, l'emploi n'a que faiblement progressé (+ 1400), tandis que le taux de chômage est resté pour ainsi dire au même niveau qu'en juillet, soit 7% comparativement à 6,9% en juillet.

«On a eu un départ fulgurant en début d'année, et là on fait une pause», soulignait vendredi Joëlle Noreau, économiste principale du Mouvement Desjardins, au sujet de la performance du Québec en août au chapitre de l'emploi.

Elle ne voit pas là «d'effet dévastateur», car, explique-t-elle en substance, le Québec a engrangé jusqu'ici 70 500 emplois depuis le début de l'année et 91 800 depuis août 2006 (+2,4%).

L'Ontario a fait pour sa part des gains de 99 000 emplois depuis un an (+1,5%), ajoute-t-elle.

Comment expliquer ce retour en force des gens de 55 ans et plus sur le marché du travail?

En fait, souligne l'économiste du Mouvement Desjardins, «c'est un phénomène qu'on observe depuis quelque temps».

Ainsi, rappelle-t-elle, une enquête effectuée par Statistique Canada et publiée en 2005 montra que, parmi tous ceux qui prirent leur retraite entre 1992 et 2002, environ 22% «sont retournés au travail contre rémunération» par la suite.

Autrement dit, il ne s'agissait pas de bénévolat, une activité courante parmi les retraités.

«On se rappellera, dit Joëlle Noreau, que 1997 fut l'année où Québec avait offert des préretraites à ses employés.»

Le creux fut atteint cette année-là, note-t-elle.

Elle poursuit: «Il y a le fait, d'une part, que les gens sont partis à la retraite assez jeunes, et que beaucoup ne sont pas satisfaits. Pour d'autres, le revenu à la retraite n'est pas jugé satisfaisant.»

Ceci, fait-elle observer, parce qu'il y en eut entre autres qui se retrouvèrent, «au début des années 2000, dans une situation plus précaire à cause de la débâcle des technos», entreprises dans lesquelles beaucoup de gens avaient investi de leurs économies.

Autre facteur qui joue, d'après elle: les besoins des employeurs qui dénichent, parmi ces retraités, des «gens très opérationnels et qui peuvent former des plus jeunes».

Les bilans

Les bilans, pour le mois d'août, sont les suivants: le Québec s'est enrichi de 6400 emplois à temps partiel, mais en a perdu 5000 à plein temps; l'ensemble du Canada a vu croître pour sa part de 6500 le nombre d'emplois à temps plein et de 16 800 celui d'emplois à temps partiel.

Des gains significatifs ont été enregistrés pour tout le Canada dans le bâtiment au mois d'août, avec une augmentation de 16 000 postes (+ 1,4%).

Côté salaires, août a été le quatrième mois d'affilée au cours duquel le salaire horaire moyen a augmenté de plus de 3% par rapport à la situation un an plus tôt.

En août, cette progression s'est établie à 4%, soit presque deux fois plus que le plus récent indice des prix à la consommation, ou IPC (+ 2,2%).