Alexandre a 28 ans et de larges horizons. Son projet frôle le grandiose: il veut entreprendre à la fin de l'été un périple de trois ans. Il passerait la première année à Vancouver pour travailler.

Marc Tison

Alexandre a 28 ans et de larges horizons. Son projet frôle le grandiose: il veut entreprendre à la fin de l'été un périple de trois ans. Il passerait la première année à Vancouver pour travailler.

Il gagnerait ensuite l'Australie, où l'attendent un stage d'un an et une année de maîtrise.

Sa conjointe Mélissa, âgée de 25 ans et fraîchement diplômée, le suivrait dans cette aventure.

Ne reste plus qu'à financer ce splendide programme.

Avant son départ, Alexandre prévoit avoir accumulé 17 000 $ dans un fonds de placement et 16 000 $ en REER. Il veut en outre transférer dans un compte de retraite immobilisé (CRI) les 26 000 $ contenus dans le régime de retraite de son employeur.

«Je n'ai aucune dette et je vais vendre le peu de possessions que j'aie avant de partir», ajoute-t-il.

Il a négocié une marge de crédit de 25 000 $. Il espère en outre toucher quelque 15 000 $ en prêts d'études.

«Pendant ces deux années en Australie, ma copine travaillerait pendant que je ferais le stage et la maîtrise», précise-t-il. Au terme de l'intermède d'un an à Vancouver, Mélissa aura vraisemblablement ajouté 9000 $ à ses épargnes actuelles de 6000 $.

Ses dettes d'études auront été ramenées à 21 000 $. Au moment du départ, elle vendra sa voiture, dont elle veut tirer 1500 $.

«Que me conseillez-vous?, s'enquiert Alexandre. J'aimerais maximiser les revenus tirés de mes placements tout en limitant ma dette.»

Cap à l'ouest

Sous quels auspices financiers se présente ce projet? C'est ce qu'a analysé le planificateur financier Francis Sabourin, de Partenaires financiers Richardson.

Pendant la première année dans l'Ouest, les revenus d'Alexandre suffiront à ses besoins. C'est au moment d'entreprendre la traversée du Pacifique qu'il faudra prendre des précautions.

Avant de quitter le Canada, Alexandre devra investir ses épargnes hors REER dans des placements stables et encaissables en tout temps — des fonds d'épargne à rendement élevé, par exemple. Il y aura ainsi accès sans délai, et sans le risque d'une conjoncture boursière défavorable.

Il pourrait faire de même avec ses épargnes REER. À cet égard, Francis Sabourin rappelle qu'Alexandre pourrait encaisser une partie de ses REER, si son taux d'imposition est faible.

«Cette option lui permettrait de créer des liquidités libres d'impôts, en dollars australiens, afin, si possible, de ne pas prendre de risques avec le taux de change», énonce le conseiller. Cette avenue n'est cependant pas indispensable: la marge de crédit de 25 000 $ négociée par Alexandre devrait suffire à éponger le déficit de l'aventure.

Le coûteux vol pourra être en partie payé avec les milles aériens accumulés sur la carte de crédit d'Alexandre.

Au pays des kangourous

Pendant sa première année sur le sol australien, Alexandre suivra un stage, pour lequel il touchera une rémunération de 15 000 dollars australiens.

«Selon ma compréhension de la convention fiscale entre le Canada et l'Australie, si Alexandre est considéré comme un étudiant étranger avec visa, la rémunération de son stage ne devrait pas être imposée», affirme M. Sabourin. Ce revenu suffirait à acquitter l'essentiel des frais de subsistance de cette première année sur la terre des wombats. Le couple habiterait alors en banlieue.

Reste la troisième année, la plus coûteuse, dont les frais atteindront 49 000 $. Le couple prévoit déménager pour l'occasion à Sydney, où le coût de la vie est notoirement élevé.

«Les frais de subsistance de 25 000 $ canadiens pourront être financés à même les épargnes hors REER d'Alexandre», observe le conseiller. Ces épargnes fourniront 17 000 $. Mélissa assumera sa part avec ses économies potentielles de 15 000 $.

Les frais de scolarité de 25 000 $ seront pour leur part en partie couverts par le prêt étudiant de 15 000 $. Tout revenu que Mélissa pourra gagner dans la contrée des koalas améliorera la situation du couple.

Dans cette perspective, il serait souhaitable qu'elle obtienne un visa de voyage-travail. Le reste du déficit sera déversé dans la marge de crédit négociée avant le départ. Le conseiller recommande également une carte de crédit à taux d'intérêt réduit en cas de frais imprévus.

Tous les placements, marge et cartes de crédit d'Alexandre devraient être réunis dans une même institution, avise notre expert, «de manière à lui permettre de se faire connaître par plusieurs services de cette institution».

Par contre, M. Sabourin déconseille la transformation du CRI d'Alexandre en fonds de revenu viager (FRV), puisqu'en raison de son âge, il ne pourrait en retirer que des sommes minimes. Il lui suggère plutôt de vérifier si son employeur lui accorderait un congé sans solde de trois ans, de telle sorte qu'il conserve ses droits de retraite accumulés.

Il serait également désavantageux qu'Alexandre obtienne le statut de non-résident au Canada, car il devrait alors liquider ses dettes au Canada pour remprunter en Australie.

De son côté, Mélissa devrait-elle utiliser les quelques milliers de dollars de crédits d'impôts relatifs aux études et les droits de cotisation REER qu'elle a accumulés au fil des ans? Elle ne devrait s'en prévaloir qu'à son retour d'Australie, répond notre conseiller, après qu'elle ait repris le travail sur le sol canadien.

L'aventure sera coûteuse... et déficitaire.

Mais les voyages forment la jeunesse et qui s'instruit, s'enrichit.