C'est une entreprise profondément déprimée que s'apprête à acheter le tandem Teachers-Providence, selon un sondage réalisé auprès des employés de BCE (T.BCE) dont La Presse Affaires a obtenu copie.

Francis Vailles

C'est une entreprise profondément déprimée que s'apprête à acheter le tandem Teachers-Providence, selon un sondage réalisé auprès des employés de BCE [[|ticker sym='T.BCE'|]] dont La Presse Affaires a obtenu copie.

Les employés sont en désaccord avec l'orientation de l'entreprise, ne font pas confiance à la haute direction et sont moins fiers qu'avant de travailler pour Bell. Seuls le travail de leur sous-division et la relation avec leur supérieur immédiat trouvent grâce à leurs yeux.

Les résultats du sondage «Entre nous» ont été communiqués aux employés le 4 juin.

Il a été réalisé en avril dernier auprès des employés de toutes les divisions de la société mère BCE (ExpressVu, Mobilité, etc.), cadres comme syndiqués. Le taux de participation dépasserait 80%, selon nos informations.

Les employés sont particulièrement durs à l'endroit de la haute direction. Seulement 38% ont confiance dans le leadership du PDG Michael Sabia et de son équipe, une baisse de cinq points de pourcentage par rapport au sondage de l'an dernier.

Pire: à peine 31% des employés se disent d'accord avec les changements apportés par la haute direction au cours des 12 mois précédant avril 2007, un recul de quatre points.

Les employés qui jugent que Bell adopte les bonnes pratiques pour affronter la concurrence sont minoritaires (43%). Qui plus est, une faible proportion estime que les leaders de la haute direction sont ouverts et honnêtes (38%).

Le sondage a été réalisé au moment où la direction de Bell commençait la révision de ses options stratégiques, en avril dernier.

Comme on sait, cet exercice a mené le conseil d'administration à accepter l'offre d'achat du trio formé de Teachers Private Capital, Providence Equity Partners et Madison Dearborn Partners. La transaction de 51,7 milliards de dollars est la plus importante jamais réalisée au Canada.

Depuis l'annonce, le 30 juin, les spéculations vont bon train sur l'orientation que prendront les nouveaux propriétaires et sur l'avenir de Michael Sabia.

Claude Lamoureaux, PDG de Teachers, a affirmé à La Presse Affaires que rien n'était exclu, tandis que le patron de Providence, Jonathan Nelson, a soutenu qu'il n'y aurait ni vente de division ni mises à pied massives.

S'il n'en tient qu'aux employés, Bell devra poursuivre ses efforts pour mieux servir les clients.

Certes, le sondage note une amélioration de sept points de pourcentage par rapport à l'an dernier à cet égard, à 52% de réponses favorables, mais les employés estiment tout de même que l'entreprise a du chemin à faire.

En effet, seulement 46% estiment que Bell offre les meilleurs produits et services sur le marché, une baisse de quatre points par rapport à l'an dernier.

Autre constat: en dépit de ses efforts, Michael Sabia n'aura pas réussi à rendre l'entreprise plus flexible. En effet, seulement 25% des employés croient que Bell réduit la bureaucratie. Il s'agit du taux de réponse le plus défavorable du sondage.

Tout n'est pas sombre, heureusement. Plus des trois quarts des répondants sont satisfaits du travail de leur supérieur immédiat, un résultat semblable à l'an dernier. La plupart ont l'impression de faire un travail utile (76%), ont des défis dans leur travail quotidien (74%) et sont fiers du travail de leur sous-division (78%).

Les nouveaux propriétaires devront cependant faire un effort pour motiver le personnel autour d'objectifs rassembleurs.

Seulement 50% des employés sont globalement satisfaits à l'égard de Bell, un recul de huit points par rapport à l'an dernier. Et à peine 59% recommanderaient l'entreprise comme lieu de travail, une chute de neuf points.

Joint en fin de journée, le président de l'exploitation de Bell Canada, Patrick Pichette, a voulu se faire rassurant. «C'est un sondage qu'on prend très au sérieux et pour lequel on assure un suivi», dit-il.

Le sondage est réalisé deux fois par année à date fixe. Or, explique-t-il, le coup de sonde d'avril dernier a été réalisé après deux nouvelles démotivantes pour le personnel.

D'abord, la direction a annoncé l'élimination sur 10 ans de certains bénéfices postretraite pour les employés, comme le remboursement des frais dentaires et médicaux.

Ensuite, il y a eu la révision des options stratégiques, qui s'est conclue par la vente de Bell.

«On essaie de communiquer beaucoup avec les employés, de leur expliquer qu'une structure de coûts concurrentielle nous permet d'être plus forts. Et vous seriez surpris de voir comment les employés comprennent ces impératifs, une fois bien expliqués.»

Patrick Pichette explique qu'il aurait été simple de reporter la tenue du sondage pour éliminer ces effets négatifs, mais un tel geste aurait manqué de rigueur et d'honnêteté.