Autant que les baisses d'impôt, la création d'un climat plus favorable à l'investissement aura été le cheval de bataille électoral des Libéraux.

Hélène Baril et Maxime Bergeron

Autant que les baisses d'impôt, la création d'un climat plus favorable à l'investissement aura été le cheval de bataille électoral des Libéraux.

Et comme pour les baisses d'impôt, les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes.

Les investissements privés sont en chute libre au Québec, surtout dans le secteur de la fabrication, ce qui annonce des jours encore plus difficiles pour la compétitivité des entreprises et la création d'emplois.

Au cours des deux dernières années, les investissements privés ont diminué de près de 1 milliard de dollars. Entre 2003 et 2006, la part du Québec dans les investissements privés totaux au Canada est passé de 18,2 % à 16,5%.

Selon le gouvernement, cette disette est directement liée au boom pétrolier en Alberta. Comme l'investissement privé est en forte croissance dans l'Ouest du pays, c'est normal que la part du Québec diminue.

«Ce n'est pas à cause d'une faiblesse de la croissance économique au Québec», assure Alain Paquet, député de Laval-des-Rapides et adjoint parlementaire du ministre des Finances.

Le boom pétrolier explique peut-être la réduction de la part du Québec dans l'ensemble canadien mais les investissements en chiffres absolus sont en baisse au Québec et en augmentation en Ontario, où il n'y a pas de boom pétrolier, souligne Diane Bellemarre, du Conseil du Patronat.

La faiblesse des investissements est surtout observable dans le secteur manufacturier. Le CPQ s'en inquiète, parce que faute d'investissement, les entreprises éprouvent des problèmes de productivité et finissent par fermer leurs portes.

La cause du problème est la fiscalité des entreprises, selon le Conseil du patronat. «C'est un facteur déterminant», dit Diane Bellemarre, qui pointe surtout la taxe sur la capital qui décourage l'investissement.

Dans leur plate-forme électorale, les Libéraux reconnaissaient le lien entre la fiscalité des entreprises et l'investissement et s'étaient engagé à réduire le fardeau des entreprises.

Comme pour les particuliers, c'est plutôt le contraire qui s'est produit, constate l'économiste du CPQ. Les petites entreprises paient un peu moins, mais le fardeau fiscal des plus grandes entreprises est plus lourd aujourd'hui qu'il y a quatre ans, constate Diane Bellemare. «On s'est fait avoir», dit-elle.

Ils avaient promis de réduire la réglementation et de diminuer la taille de l'État mais les Libéraux ont gouverné dans la même ligne de pensée que le précédent gouvernement péquiste, estime Diane Bellemarre.

Les mesures sociales comme l'équité salariale et l'aide aux familles sont bonnes individuellement mais prises dans leur ensemble, elles accablent les entreprises, croit-elle.

«La réaction des entreprises, c'est de déménager ou de ne pas investir et c'est ça qu'on observe».

Comme les patrons, les syndiqués s'inquiètent de la baisse des investissements dans le secteur manufacturier.

«C'est là que le bât blesse», dit Henri Massé, président de la FTQ, qui se dit ouvert à des réductions ciblées de la fiscalité des entreprises pour les inciter à investir dans leur modernisation. Pas pour les banques ni pour les pétrolières, prévient-t-il, parce qu'elles n'en ont pas besoin.