La Caisse de dépôt aurait été intéressée, mais c'est finalement la firme américaine Morgan Stanley qui a mis la main sur les deux plus gros terminaux de conteneurs du port de Montréal.

Maxime Bergeron

La Caisse de dépôt aurait été intéressée, mais c'est finalement la firme américaine Morgan Stanley qui a mis la main sur les deux plus gros terminaux de conteneurs du port de Montréal.

Morgan Stanley versera quelque 300 millions d'euros (456 millions CAN) à l'allemande TUI pour acquérir 80% de Montreal Gateway, la société qui chapeaute les terminaux Cast et Racine, situés dans l'est de l'île.

«L'emplacement stratégique du port de Montréal, combiné à un fort niveau d'utilisation, procurent un profil de revenus particulièrement stable», s'est félicité Ron Lepin, de Morgan Stanley, dans un communiqué.

TUI conservera une participation de 20% dans Montreal Gateway. Comme elle exploite une ligne de bateaux de marchandises avec sa division maritime Hapag-Lloyd, l'entreprise allemande demeurera aussi un client important des terminaux montréalais.

La Caisse doublée

La Caisse de dépôt, qui s'intéresse de plus en plus au rendement généré par les infra-structures comme les ports et les aéroports, aurait souhaité acheter les installations du Port de Montréal. La transaction s'est cependant faite trop vite, a fait savoir hier son président Henri-Paul Rousseau.

«À la vitesse que ça s'est fait, on n'a pas eu le temps de s'y intéresser», a-t-il dit pendant une conférence téléphonique.

Le changement de propriétaire ne devrait pas affecter les revenus de l'Administration portuaire de Montréal (APM), une agence fédérale autonome. En vertu d'un bail à long terme, Montréal Gateway verse un loyer et des redevances au Port.

Le grand patron d'APM, Dominic Taddeo, est en vacances cette semaine et n'a pu répondre à nos questions. Toutefois, il soulignait en décembre dernier que TUI devra obtenir l'autorisation de l'Administration avant de finaliser quelque transaction que ce soit.

«L'exploitant ne peut pas céder son bail sans notre permission. Nous allons exiger les mêmes garanties et les mêmes taux de rentabilité», disait M. Taddeo.

Le port de Montréal constitue le troisième centre en importance de transbordement de conteneurs dans l'Atlantique Nord. Plusieurs transporteurs maritimes majeurs viennent décharger leurs conteneurs aux terminaux Cast et Racine. La marchandise est ensuite chargée sur des trains et des camions à l'aide de grues, puis expédiée dans le nord-est du continent.

Le Port a connu l'an dernier sa meilleure année en 176 ans d'existence. Plus de 25 millions de tonnes métriques de marchandises y ont transité.

Changement rapide

TUI ne sera pas resté longtemps propriétaire des terminaux Cast et Racine. L'entreprise allemande a hérité de Montreal Gateway quand elle a acquis CP Navigation en 2005 pour 2,1 milliards de dollars.

Aux prises avec d'importantes difficultés financières, TUI a décidé il y a deux mois de se départir de ses terminaux montréalais, tout en conservant la filiale de transport maritime de CP Navigation. Un recentrage sur sa mission première, a-t-on expliqué.

«Les activités de terminaux ne sont pas nécessairement au coeur de notre stratégie, laquelle repose sur l'expédition de marchandises et le tourisme», a souligné le porte-parole de TUI, Kuzey Alexander Esener, joint à Hanovre.

La vente des terminaux montréalais - qui sera finalisée au premier trimestre - permettra à TUI de réduire sa dette d'environ 300 millions d'euros, soit l'équivalent du prix de vente, nous a confirmé le porte-parole de l'entreprise.

L'analyste Zafer Rüezgar, de la firme allemande Independant Research, salue l'effet qu'aura la transaction sur la réduction de la dette. Aussi, malgré les difficultés rencontrées depuis 2005, il croit toujours que TUI a fait un choix judicieux en achetant CP Navigation.

«Je ne crois pas que c'était une mauvaise transaction au départ, parce que TUI est aujourd'hui bien positionné dans le marché de l'expédition de marchandises, ce qui était le but premier de la transaction», a fait valoir l'analyste, joint à Francfort.

En décembre dernier, en plus de mettre en vente Montreal Gateway, TUI a annoncé la suppression de 3600 emplois et la mise en place d'autres mesures de restructuration.

Le groupe vient par ailleurs de se départir de plusieurs navires de sa flotte, ce qui retranchera 320 millions d'euros supplémentaires à sa dette.

Le titre de TUI a clôturé à 18,47 euros hier à la Bourse de Francfort, en hausse de 0,25 euros, ou 1,37%.