Le secteur des services financiers n'a gagné que 2,1%, incluant les dividendes, depuis le début de l'année comparativement à 7,2% pour l'ensemble de la Bourse de Toronto.

Réjean Bourdeau

Le secteur des services financiers n'a gagné que 2,1%, incluant les dividendes, depuis le début de l'année comparativement à 7,2% pour l'ensemble de la Bourse de Toronto.

Et ce ne sont pas les dernières semaines qui ont arrangé les choses.

La hausse des taux obligataires et des résultats financiers moins spectaculaires qu'à l'habitude ont continué à peser sur les actions des grandes banques canadiennes.

Jeudi encore, le groupe des financières reculait de 1,3% sur le parquet torontois.

«Cette contre-performance boursière ouvre la porte à des occasions d'achat», estime le gestionnaire François Rainville, de BMO Banque privée Harris.

Selon lui, il est temps d'accumuler graduellement des actions des banques Nationale [[|ticker sym='T.NA'|]] et Royale [[|ticker sym='T.RY'|]] au cours des prochains mois.

«Le marché pourrait reculer encore de quelques points de pourcentage en raison des craintes de l'inflation, des prises de profits et d'un effet d'entraînement, pense-t-il. Une partie de l'ajustement est fait et on peut commencer à acheter des titres bancaires.»

Selon lui, le plus grand danger qui guette les banques est une «hausse importante» des taux d'intérêt pour contrer les pressions inflationnistes qui apparaissent depuis quelques mois.

«Mais ce scénario est peu probable», précise-t-il.

Même s'il surveillera de près les commentaires du gouverneur de la Banque du Canada en juillet prochain, le spécialiste s'attend plutôt à deux hausses «modérées» de 25 points de base d'ici la fin de l'année.

«L'augmentation du dollar canadien fera une partie du travail en ralentissant l'économie», explique-t-il.

Pour le moment, le marché obligataire s'est ajusté, en bonne partie, à la nouvelle donne.

Depuis la mi-mars, les taux de cinq ans sont passés de 3,85% à 4,66%, un écart de 81 points de base.

Pendant ce temps, les taux de 10 ans ont avancé de 58 points de base, à 4,58%.

«Les taux de long terme ont moins réagi parce que le marché s'attend de voir la banque centrale contenir l'inflation sans avoir à augmenter ses taux de façon substantielle», explique le gestionnaire.

Dans les années à venir, M. Rainville ne pense pas que les banques continueront à faire croître leurs profits de 15 à 20% par année comme c'est le cas depuis plus d'une décennie.

«Elles viennent de connaître une période extraordinaire, rappelle-t-il. La baisse continue des taux d'intérêt a favorisé le créneau des hypothèques et leurs activités de courtage.»

Pour les prochaines années, il prévoit davantage une croissance de 8 à 10% des bénéfices. «Ce qui est encore très intéressant», ajoute-t-il.

À son avis, plusieurs facteurs continueront à soutenir le prix des actions des grandes banques.

Parmi eux, il y a les rachats d'actions et les hausses à venir des dividendes.

Le rendement moyen du dividende versé par les sept institutions (incluant la Laurentienne) est actuellement de 3,4% par année.

Ce montant équivaut à 74% du rendement offert par les obligations canadiennes de 10 ans, estime François Rainville. «C'est avantageux car ce ratio est habituellement de 50%», signale-t-il.

Sans compter, poursuit-il, que l'évaluation des banques est attrayante, même si le ratio cours/bénéfice des sept institutions est de 12,5 fois (les profits de 2007) par rapport à un historique de 10 à 11 fois.

«C'est justifié car le niveau des taux d'intérêt de long terme est bas, dit le spécialiste. Dans ces conditions, les investisseurs, moins intéressés par les obligations, sont prêts à payer plus cher pour des actions.»

Dans le groupe, la Banque Nationale retient son attention.

Depuis un an, le rendement total de son titre (incluant un dividende de 3,8%) n'a été que de 4,1%.

«Malgré une hausse du dividende et de bons résultats financiers, son action n'a pratiquement pas bougé», remarque-t-il.

À 11,1 fois les profits de 2007, son évaluation est la moins chère. De plus, elle est moins touchée par la vigueur du huard parce qu'elle est peu présente aux États-Unis.

De plus, le gestionnaire s'intéresse aussi à la Royale, la plus grande banque canadienne (sept fois plus que la Nationale).

«Ses activités américaines pourraient être touchées mais sa faible évaluation et son bon dividende la rendent intéressante», estime François Rainville.

Après avoir touché un sommet de 61,08$ en cours de séance le mois dernier, son titre a reculé de 8%.