À la fois source d'enthousiasme, d'espoir et de controverse, le 400e anniversaire de Québec est un moment phare pour l'industrie des congrès. Un tremplin autant qu'un aboutissement.

Jean-Nicolas Patoine, collaboration spéciale

À la fois source d'enthousiasme, d'espoir et de controverse, le 400e anniversaire de Québec est un moment phare pour l'industrie des congrès. Un tremplin autant qu'un aboutissement.

Il y aura au moins 32 congrès internationaux à Québec en 2008 - une quinzaine de plus qu'au cours d'une année " normale ".

En fait, 2008 est tellement attendue qu'elle fait un peu ombrage aux années qui la précèdent, selon Pierre Labrie, directeur de l'Office du tourisme. " Dans le domaine des congrès, on va avoir une excellente année en 2008. Est-ce qu'on a sacrifié un peu 2006 et 2007 à son profit? On pense que c'est le cas ", lance-t-il.

Même s'il est le point de mire de l'industrie, le 400e n'est pas sur la voie que tous aimeraient suivre. Le président de Poitras Services d'expositions, Bernard Paquet, lance un pavé dans la mare. " Nous, les gens d'affaires, on est loin de 2008, dit-il, visiblement amer. À huit mois de l'événement, on n'est pas encore sollicités. J'ai présenté cinq projets qui ont été refusés. Ça reste autour des gouvernements. Je vais sans doute voyager en 2008. "

La Vieille Capitale a quand même besoin de cette vitrine. Il y aura en effet une vie après le 400e dans cette industrie où la compétition est féroce.

Une lutte qui se fait d'abord contre les autres villes canadiennes - Vancouver en premier lieu, selon les responsables du Centre des congrès. Au sujet de leurs liens avec Montréal, ils préfèrent parler de " coopétition ".

Pour affronter ses rivales, Québec possède un atout de taille : le meilleur centre des congrès au monde, selon l'Association internationale des palais des congrès, qui lui a remis un prix en ce sens en 2006.

D'ailleurs, depuis 2004 - 2003 a été désastreuse pour le tourisme -, Québec a su tirer son épingle du jeu en conservant sensiblement le même nombre d'événements d'une année à l'autre. Les congrès y comptent pour environ 11 % de l'achalandage et pour 25 % des revenus touristiques.

Pierre-Michel Bouchard, PDG de la Société du Centre des congrès depuis quelques semaines, insiste sur l'importance d'attirer des congrès mieux adaptés à l'esprit de Québec. Il compte axer les efforts sur l'Europe. " Les Européens dépensent davantage dans les hôtels. Et ils étirent leur séjour lorsqu'ils viennent ", remarque-t-il.

Du mouvement sur la rive sud

La compétition pourrait même s'intensifier dans la grande région de Québec. Lévis est sur le point de construire un petit centre des congrès et un hôtel d'une centaine de chambres. Toutefois, personne à Québec ne semble s'en faire.

" Ce n'est pas une menace, estime M. Bouchard. Ce centre va toucher des marchés différents, qui ne sont pas de la même envergure. Parfois, nous avons des difficultés de calendrier pour certains congrès, alors on pourra les référer à Lévis. "

Les hôtels situés à Sainte-Foy pourraient toutefois en souffrir, croit Pierre Labrie. " Chaque fois qu'on creuse la piscine, ça prend plus d'eau pour la remplir. Lorsqu'il s'ajoute 100 chambres à Québec, il faut vendre 21 600 nuitées additionnelles pour ne pas nuire aux autres établissements hôteliers. "

Une lourde commande, car même si Québec est belle et possède un centre des congrès à la hauteur, un problème doit être réglé, selon M. Labrie : l'accessibilité aérienne.

" On a les infrastructures, mais le faible volume de liaisons aériennes, à l'intérieur du Canada en particulier, nous fait très mal. C'est là qu'on peut perdre des points contre des concurrents comme Halifax, Calgary, Ottawa. Lorsqu'un homme d'affaires de Québec utilise sa voiture pour aller prendre l'avion à Montréal, il ne nous aide pas à convaincre un transporteur de venir concurrencer Air Canada. "

" Je n'aime pas qu'on le qualifie de problème, réplique Pierre-Michel Bouchard. Je voyage beaucoup, et je n'ai jamais de problème pour me rendre à Québec. C'est plutôt une question de configuration des transporteurs. Notre travail à nous est de créer et de raffiner la demande. "

LES CONGRÈS À QUÉBEC> 427 congrès et événements à Québec en 2006

> Durée moyenne : 2,6 jours

> 1 103 768 délégués

> 188 245 nuitées

Source : Office du tourisme Québec