La montréalaise Canadian Royalties est décidée: elle veut investir près d'un demi-milliard de dollars pour creuser la deuxième mine de nickel du Québec... juste à côté de la première.

Philippe Mercure

La montréalaise Canadian Royalties est décidée: elle veut investir près d'un demi-milliard de dollars pour creuser la deuxième mine de nickel du Québec... juste à côté de la première.

Une décision qui soulève déjà quelques problèmes de bon voisinage à l'autre bout de la province. Et risque d'attiser l'intérêt des gros acteurs mondiaux.

Canadian Royalties a dévoilé lundi une étude de faisabilité préparée par la firme SNC-Lavalin qui tranche la question: son projet Raglan Sud, situé dans le Nunavik près de la mine Raglan d'Xstrata, tient financièrement la route.

Même si le prix du nickel chutait à 6$US la livre -il flotte actuellement à plus de 22$US- l'entreprise reverrait la couleur de ses investissements en moins de trois ans.

La décision est donc prise: Canadian Royalties part cueillir du nickel aux confins du Nunavik. «Nous voulons faire avancer ce projet le plus rapidement possible pour profiter des prix élevés du nickel qu'on prévoit pour les prochaines années», a expliqué lundi le PDG de Canadian Royalties, Richard Faucher.

L'entreprise prévoit tirer de la terre quelque 3500 tonnes de roche par jour, pour en extraire 11 800 tonnes de nickel et 17 600 tonnes de cuivre par année.

La mine serait alimentée par trois gisements situés au sud de la mine Raglan actuelle, un nombre qui pourrait augmenter à mesure que l'exploration se poursuit. Mise en production prévue: 2010.

Avec la construction d'un port, de routes et d'un camp, il faudra 300 personnes pour ériger les installations, 270 pour les exploiter. Les Inuits récolteraient de 80 à 90 des emplois.

L'enthousiasme, pourtant, n'a pas été partagé par le marché, qui a fait chuter l'action de Canadian Royalties de 3,15%, à 4$. Il faut dire qu'elle s'écgangeait sous les 2$ pas plus tard qu'en novembre dernier et avait grimpé à près de 4,50$ le mois dernier.

«Les coûts d'investissement dévoilés aujourd'hui dépassent ceux qu'attendaient le marché d'au moins 50 à 60 millions, a expliqué hier à La Presse Affaires John Hughes, analyste chez Valeurs mobilières Desjardins. Je crois que l'étude de faisabilité est très réaliste au niveau des investissements, tandis que les chiffres des revenus potentiels sont peut-être conservateurs.»

Une partie des coûts élevés s'explique par le fait que Canadian Royalties a présenté lundi une étude de faisabilité qui fait abstraction d'un élément important: son voisin Xstrata, qui exploite la mine Raglan depuis son acquisition de Falconbridge l'an dernier.

La multinationale suisse possède un port que Canadian Royalties aimerait bien utiliser. Mais les négociations, pour l'instant, sont «pour le moins négatives», a indiqué M. Faucher.

C'est donc un projet plus coûteux que prévu incluant la construction d'un nouveau port -un investissement de quelque 60 millions de dollars- qui a été dévoilé lundi.

«On voulait une étude de faisabilité qui montre qu'on peut se tenir debout par nous mêmes», a expliqué M. Faucher.

Canadian Royalties, qui compte une quinzaine d'employés, affirme vouloir prendre en main elle-même le destin de la mine. «Nous voulons devenir un producteur de nickel de taille intermédiaire, a dit lundi Richard Faucher. On est en train de monter une équipe de projet fantastique avec des gens d'expérience qui travaillent dans l'industrie depuis une trentaine d'années.»

Le plan: conclure des ententes pour vendre le nickel et le cuivre qui sortiront de la mine, et s'en servir pour convaincre les banques de prêter l'argent nécessaire aux investissements.

Mais considérant que cinq acteurs contrôlent 65% de la production mondiale de nickel, plusieurs croient plutôt que Canadian Royalties se fera avaler par un plus gros. Et l'acheteur le plus logique, pour l'instant, demeure le voisin Xstrata, souligne l'analyste John Hughes.

«C'est évident que quand on a quelque chose de bon, ça attire les gens. Ce sont les actionnaires qui vont décider si une offre raisonnable est déposée», dit le président, qui affirme être déjà en discussion avec trois de ces cinq géants pour écouler son nickel.

Canadian Royalties a annoncé hier que le concentrateur qui servira à extraire le minerai de la roche pourrait être assemblé à Québec avant d'être embarqué sur des barges et acheminé au Nunavik. Mais l'entreprise a aussi des liens d'affaires avec l'entreprise chinoise Jinchuan, qui pourrait aussi rafler ce contrat.

«Rien n'est définitif», a lancé M. Faucher à ce sujet.