Alors que tout le Québec était tapi à la maison, au printemps dernier, la demande pour les services de livraison de repas comme Cook it explosait. Cette bonne nouvelle venait quand même avec son lot de problèmes, raconte la fondatrice Judith Fetzer, qui a été nommée entrepreneure de l’année au Canada par le magazine Canadian Business.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Mon meilleur moment

Je me souviens du premier matin où on s’est tous retrouvés en télétravail à cause de la pandémie, probablement le 13 mars. J’étais revenue de vacances le 11 mars, c’est quand même incroyable comme timing. J’étais énergisée, gonflée à bloc, et tout a explosé en même temps.

Nous avons acquis MissFresh en décembre 2019, et l’intégration a été quand même difficile. Tu dois conjuguer avec beaucoup de gens que tu ne connais pas, qui ne comprennent pas pourquoi tu es maintenant leur patron, etc. C’était déjà le bordel depuis trois mois et on en arrivait à la toute fin de notre plan d’intégration.

La COVID-19 a vraiment permis d’unifier tout ce monde-là. Tous ensemble, on poussait pour un même objectif, chaque roue tournait en même temps. C’est vraiment venu apporter cet esprit de collégialité.

Les gens venaient de faire des semaines de fous pendant des mois, je me demandais s’ils allaient tenir le coup, mais oui. Mieux que ça, même si on était vraiment dans le jus, on lançait des projets comme ça n’a pas de bon sens pour aider des gens autour de nous.

Mon pire moment

Ç’a probablement été un mercredi matin. De la façon dont on fonctionne, on fait le bilan des commandes que nous avons reçues pendant la semaine le mercredi matin et, de là, on sait de combien d’heures de travail de nos employés on va avoir besoin pour les assembler.

Sauf que là, on se rendait compte que les ventes avaient explosé, mais qu’on ne savait pas du tout comment on allait faire pour y répondre. On avait perdu jusqu’à 75 % de nos employés de production, parce qu’on venait de déménager et parce que plusieurs personnes ne voulaient plus sortir de chez elles, pour plein de raisons. On ne savait pas non plus comment on allait faire pour que tous ces gens dont on avait besoin soient en sécurité.

Je ne peux pas vous dire combien de tables on a déplacées cette semaine-là. « Mets-la là. OK. Non, finalement, mets-la de l’autre côté… » On revirait l’usine de bord. Il fallait établir une procédure pour quand les gens arrivent au travail. Les deux ou trois premières semaines, ils arrivaient à 7 h, mais ne pouvaient pas vraiment commencer avant 8 h 30.

C’est stressant d’ouvrir ton application, de voir que tu as 800 nouvelles commandes, mais en même temps de savoir que ton usine est vide.

Ç’a été la pagaille, mais on se considérait comme tellement chanceux. Partout autour de nous, des gens perdaient leur emploi ou leur entreprise. J’avais le cœur déchiré en mille miettes.