Les baisses brutales des marchés boursiers que nous avons connues l'automne dernier ont sonné la fin de la récréation et ont rappelé à tout le monde les risques inhérents reliés à la Bourse.

Mis à jour le 16 févr. 2009
Jean Courchesne, collaboration spéciale
Jean Courchesne, collaboration spéciale LA PRESSE

Vis-à-vis de tels événements, beaucoup d'investisseurs réagissent souvent en liquidant une partie ou la totalité de leurs placements boursiers. Ils laissent alors tomber leur stratégie d'investissement.

 

Est-il avantageux d'agir de la sorte? L'histoire tend à démontrer qu'il s'agit généralement d'une mauvaise décision.

Pour y voir plus clair, regardons ensemble les faits suivants.

Comportement des investisseurs

Un examen historique des entrées et des sorties de capitaux dans les marchés boursiers révèle qu'en moyenne, il y a un sommet des investissements vers la fin d'un marché haussier. Et qu'il y a des rachats records après des corrections importantes comme celles que nous venons de connaître.

L'exemple suivant démontre que ce comportement est généralement coûteux pour les investisseurs.

Après la correction sévère des marchés boursiers nord-américains, de l'ordre de 50%, survenue durant la période de 2000 à 2002, il y a eu des rachats massifs d'actions en 2003.

Pourtant, par la suite, l'indice composé du marché boursier canadien (S&PTSX) a affiché les rendements suivants: 26,7% en 2003, 14,5% en 2004, 24,1% en 2005, 17,1% en 2006 et 9,8% en 2007.

Ne pas être investi lorsqu'il le faut

Les entrées et les sorties fréquentes des marchés peuvent être très néfastes pour les investisseurs.

Il faut être conscient que généralement une grande partie des gains à la Bourse ont tendance à survenir sur de courtes périodes.

Pour s'en convaincre, regardons ensemble la croissance d'un placement de 10 000$, investis sur le marché boursier canadien, durant la période du 1er janvier 1980 au 30 octobre 2008. *

L'investisseur 1 aurait accumulé durant cette période 119 144$ si son portefeuille avait été constamment investi.

L'investisseur 2, plus sensible aux prévisions et aux fluctuations de marché, qui aurait tenté d'investir aux «meilleurs moments» aurait accumulé 80 883$ s'il avait manqué seulement les cinq meilleures journées d'investissement de cette période.

Son pécule serait alors inférieur de 32% par rapport à l'investisseur 1.

Ce montant accumulé serait ramené à 30 889$ si ce même investisseur avait manqué les 30 meilleures journées d'investissement, soit environ 0,5% du nombre total de séances que comportait cette période de 28 ans.

Selon cette dernière hypothèse, il aurait accumulé alors un pécule inférieur de 74% par rapport à l'investisseur 1.

L'investisseur qui se retire momentanément du marché, et ce, même pour de courts intervalles manque souvent les retournements des bourses une fois que le marché se stabilise. Il se prive par le fait même de bonne performance et obtient souvent à long terme un rendement décevant, voire médiocre

Est-ce le temps d'investir?

Difficile de répondre à la question à votre place.

Par contre, ayez à l'esprit que certains des meilleurs moments de l'histoire pour investir sur les marchés boursiers se sont produits lors de périodes de crise comme celle que nous vivons actuellement.

Pour s'en convaincre, regardons ensemble la performance du marché boursier canadien lors des meilleures périodes d'investissement de 5 ans depuis 1956.

1. Après la grave récession du début des années 80, les actions canadiennes ont progressé de 240% pour la période 5 ans débutant en juillet 1982. *

2. Après la crise du pétrole du début des années 70, les actions canadiennes ont progressé de 210% pour la période 5 ans débutant en novembre 1975. *

3. Plus près de nous, après l'éclatement de la bulle technologique des années 2000, les actions canadiennes ont progressé de 159% pour la période 5 ans débutant en octobre 2002. *

La raison devrait l'emporter sur les émotions

L'histoire démontre que les marchés boursiers ont une tendance haussière à long terme, mais comportent de la volatilité, parfois forte.

C'est le prix à payer pour obtenir un rendement supérieur aux placements garantis. Comme vous avez pu le constater, suivre ses émotions pour décider d'entrer ou de sortir du marché ou pour déterminer si la conjoncture est favorable à l'investissement est généralement une mauvaise décision.

Dans la mesure du possible à moins que votre situation ait changé, il est préférable de suivre sa stratégie d'investissement même dans les pires conjonctures.

Au surplus, si l'état actuel des marchés vous indisposent au plus haut point, vous pourriez envisager d'échelonner sur quelques mois l'investissement de votre nouvelle cotisation.

* Source: Ibbotson Encorr

Jean Courchesne, CGA, planificateur financier, est vice-président adjoint et gestionnaire chez Trust Eterna.