(Québec) La liste d’attente pour avoir accès à des soins en santé mentale ne diminue pas, mais n’augmente pas non plus au Québec, une situation tout de même « remarquable », plaide Lionel Carmant, alors que les demandes de consultation ont bondi de 30 à 40 % dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

Mis à jour le 25 janvier
Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

Au cours des derniers mois, la liste en santé mentale a varié entre 19 000 et 20 000, a indiqué mardi le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux. À l’automne 2020, M. Carmant s’était fixé l’objectif de vider cette liste d’attente. Il avait toutefois reconnu au printemps dernier qu’il n’y parviendrait pas, plaidant que l’implantation du nouveau Programme québécois pour les troubles mentaux réduira l’attente.

D’ici là, le ministre Carmant mise désormais sur « l’interdisciplinarité », un mot qu’il a souvent répété au cours d’un point de presse, mardi, où il a présenté les détails d’un Plan d’action interministériel en santé mentale.

« Au Québec, on a cette tendance à référer vers le psychologue ou vers le psychiatre, où les listes d’attente sont extrêmement longues tant au public qu’au privé. Nous, ce qu’on fait, c’est qu’on fait intervenir tout le monde, [autant] les infirmières spécialisées en première ligne, […] les ergothérapeutes, les psychoéducateurs. Tout le monde vient rentrer dans l’effort à différents stades [pour] que chacun ait accès au bon professionnel au bon moment. On pense que c’est ainsi qu’on va résoudre le problème de nos listes d’attente », a dit le ministre.

Faciliter l’accès à la psychothérapie

Ce nouveau plan d’action présenté par Québec totalise 1 milliard sur cinq ans, dont 361 millions en nouveaux investissements. Il vise à améliorer l’accès aux soins en santé mentale. Avec le déploiement de ce plan, qui prévoit l’ajout de 1000 postes à temps complet dans le réseau d’ici 2026, Lionel Carmant souhaite accélérer l’accès à la psychothérapie pour « les bonnes personnes », a-t-il dit.

« Ce qu’on vit actuellement, c’est de la détresse psychologique. On ne sait pas ce qui va nous arriver, on est anxieux, mais on n’a pas développé un trouble anxieux ou un trouble dépressif. Juste de parler avec un intervenant en santé mentale peut nous aider. Si on a vraiment un problème de dépression, de trouble anxieux ou d’autres troubles de santé mentale, on veut que l’accès au psychologue soit plus rapide », a promis M. Carmant.

Pour y arriver, Québec veut « libérer l’accès pour ceux qui ont besoin d’un psychiatre ou d’un psychologue » en assurant une prise en charge plus rapide grâce à d’autres types de ressources. « On vient rehausser le travail en interdisciplinarité », a une fois de plus expliqué le ministre.

Pénurie dans le réseau public

Selon la Dre Karine Gauthier, présidente de la Coalition des psychologues du réseau public québécois, le plan d’action déposé par Lionel Carmant ne règle pas un problème fondamental, soit le manque de psychologues dans le réseau public. Afin d’attirer des candidats, l’organisme qu’elle représente réclame l’ajout de 450 nouveaux postes et un rattrapage salarial de 30 %, calculé à partir de l’écart qui existe entre le public et le privé.

S’il est vrai, dit-elle, que « ce n’est pas tout le monde qui a besoin d’une psychothérapie », des patients sont référés à d’autres professionnels parce qu’il n’y a pas de psychologues disponibles. « Il manque tellement de psychologues dans le réseau public qu’on les réserve pour les cas les plus lourds et les plus sévères », a dit la Dre Gauthier.

Jessica Goldschleger, vice-présidente de la Fédération des professionnels (FP – CSN), affirme pour sa part que le Programme québécois pour les troubles mentaux – qui promet de réduire la liste d’attente pour les soins en santé mentale – n’est qu’une solution factice à un problème de fond.

Selon cet outil, qui doit être déployé au cours des prochains mois dans de nouvelles régions du Québec, une personne qui appelle la ligne 811 pour obtenir du soutien peut dans certains cas recevoir un guide d’autosoins avant d’être évaluée par un professionnel. La FP-CSN souhaite que Québec facilite plutôt l’accès à l’évaluation individuelle par un professionnel avant de diriger une personne vers des pratiques d’autosoins et de la retirer de la liste d’attente.

De l’aide aux organismes

Le plan d’action présenté par Lionel Carmant prévoit un rehaussement de 100 millions du partenariat avec les organismes communautaires, dont 75 millions sur cinq ans pour bonifier le soutien à leur mission. Ces nouveaux fonds, reçus comme une « bouffée d’air », sont toutefois insuffisants pour répondre à la forte demande, affirme le Réseau communautaire en santé mentale.

« On ne trouve pas que le plan d’action procède à un virage communautaire. On ne voit pas de mesures concrètes par rapport à l’accès au logement ou à l’emploi pour les personnes qui ont un problème de santé mentale », déplore la directrice générale du Réseau, Christina Charron St-Pierre.

Le gouvernement Legault investit également 40 millions pour le déploiement graduel de l’hospitalisation à domicile afin de mettre en place d’autres options que les hospitalisations psychiatriques. Une somme de 10 millions sera aussi investie pour l’ouverture de centres de crises dans deux régions qui étaient jusqu’ici dépourvues d’un tel service, soit le Saguenay–Lac-Saint-Jean et l’Estrie.