Avant l’arrivée de la cinquième vague de COVID-19, le Québec avait nettement réduit sa surmortalité en 2021, révèlent des données parues jeudi. En dépit d’une première vague plus forte, le Québec affichait à la fin de l’automne un meilleur bilan que la moyenne canadienne. Mais ce portrait pourrait bien changer.

Mis à jour le 20 janvier
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse
Pierre-André Normandin
Pierre-André Normandin La Presse

L’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a rendu publiques ses plus récentes estimations jeudi. L’organisme chiffre ainsi à environ 3,3 % la surmortalité évaluée entre le début de 2020 et le 4 décembre 2021, date des plus récentes données publiées. Du début de 2021 jusqu’à cette même date, la surmortalité est chiffrée à - 1 %.

Entre le 1er mars 2020 et le 28 août 2021, soit environ 18 mois de pandémie, « le nombre de décès observés a été de 3,7 % plus élevé que le nombre attendu au Québec, alors que la proportion s’élève à 4,7 % pour le reste du Canada, et à 16,8 % pour les États-Unis », rappelle l’Institut.

Hausse anticipée

Fait à noter : vu leur interruption au début de décembre 2021, les données de l’ISQ ne permettent pas de dégager une tendance pour la cinquième vague, qui a commencé à déferler sur le Québec à partir de ce moment, et qui a fait nettement grimper la mortalité associée à la COVID-19. C’est seulement vers la mi-février que ces données devraient être disponibles.

« On verra si la cinquième vague paraît sur nos chiffres, mais il y a fort à parier que ce sera le cas. Nos prochains chiffres de mortalité vont probablement refléter une certaine hausse des décès, comme ce fut le cas lors des vagues précédentes », dit le démographe de l’ISQ Frédéric Fleury-Payeur, en entrevue avec La Presse.

Le nombre de morts liées à la COVID-19 dépasse depuis mercredi le sommet atteint l’hiver dernier, avec une moyenne d’environ 73 sur une période d’une semaine. À la mi-janvier 2021, on comptait 55 morts quotidiennes liées au coronavirus en moyenne, sur une période de sept jours également. Il reste toutefois à voir si le Québec dépassera le sommet de la première vague, la plus meurtrière, qui a atteint 130 morts par jour. Au début du mois de mai 2020, la province rapportait en moyenne 110 morts par jour.

Si on regarde ce qui se passe ailleurs, on voit une hausse de la surmortalité dans les quelques pays où il y a des données encore plus récentes que le Québec, qui remontent à deux ou trois semaines. Ça se constate déjà en Europe.

Frédéric Fleury-Payeur, démographe de l’Institut de la statistique du Québec

« On voit que toutes proportions gardées, il y a moins de décès au Québec qu’en Ontario, que dans le reste du Canada, qu’aux États-Unis. On espère que ça va se poursuivre », a brièvement affirmé le premier ministre du Québec, François Legault, au sujet de ces nouveaux chiffres, jeudi. « On voit aussi que grâce aux consignes plus sévères, on a eu moins de décès. On en a eu trop, mais actuellement, les consignes nous permettent de maintenir les décès à un niveau plus bas qu’ailleurs en Amérique du Nord », a-t-il ajouté.

Montréal et Laval en « sous-mortalité »

Après un début d’année 2021 encore touché par la surmortalité liée à la deuxième vague, l’ISQ affirme qu’une situation de « légère sous-mortalité a été observée au Québec jusqu’à la mi-année environ ». « Cette sous-mortalité a surtout été observée dans les régions les plus fortement touchées par la première vague, soit Montréal et Laval, ce qui suggère qu’un phénomène de déplacement des morts – ou effet de moisson – a pu s’opérer », analysent les experts de l’Institut dans leur rapport.

Des données provisoires du deuxième semestre de 2021 suggèrent en ce sens « le retour à une mortalité proche des niveaux normalement attendus ».

Pour résumer, il s’agit d’un bilan a priori « plus favorable » qu’après 10 mois de pandémie, qui manque toutefois de précisions sur la cinquième vague. Rappelons qu’au début de janvier 2021, le nombre de morts était « de 9 % plus élevé qu’attendu ».

C’est surtout lors de la première vague de la COVID-19 que cette surmortalité avait été particulièrement forte, soit environ 25 % de mars à juin 2020, avec un pic de 55 % lors de la semaine du 26 avril au 2 mai. Lors de la deuxième vague, de septembre 2020 à janvier 2021, ce chiffre était beaucoup plus faible, oscillant autour de 6 %.

Et dans le reste du Canada ?

Même s’il est parvenu à réduire sa surmortalité en 2021, l’Ontario rapporte toutefois une surmortalité globale plus forte que celle du Québec. La province voisine a en effet rapporté une surmortalité de 5 % en 2021 jusqu’ici. Combinée à la surmortalité de 7 % qui y avait été observée en 2020, elle présente donc une moyenne cumulée de 6 % sur deux ans. L’ouest du pays a aussi une année 2021 plus difficile. L’Alberta, qui avait recensé en 2020 une surmortalité de 10 %, a enregistré une surmortalité de 14 % en 2021, montrent les données de Statistique Canada. Sa voisine, la Colombie-Britannique, a aussi alourdi son bilan. Il importe toutefois de préciser que la Colombie-Britannique a également été touchée par une vague de chaleur mortelle à l’été, qui a fait bondir sa mortalité. Seulement dans la première semaine de juillet, 778 personnes de plus qu’anticipé sont mortes, soit deux fois plus que prévu. La province est également aux prises avec une hausse marquée des surdoses mortelles.