Une infirmière de l’Outaouais a gagné 327 000 $ en 2020, ce qui inclut pour 259 000 $ de primes et d’heures supplémentaires. Une de ses consœurs, qui n’a fait que pour 180 $ en temps « régulier », a reçu 74 000 $ en primes et en heures supplémentaires en cette année fiscale 2021.

Louise Leduc
Louise Leduc La Presse

C’est ce qui ressort de données obtenues après une demande d’accès à l’information. La Presse a demandé aux autorités de santé de la province la liste des 25 infirmières ou infirmiers les mieux payés, le nombre d’infirmières en arrêt de travail et la somme de toutes les heures supplémentaires consenties annuellement.

Pour l’Outaouais, en 2020, sept infirmières relevant du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) ont gagné plus de 200 000 $. Dans la très grande majorité des cas, cette somme a été obtenue en faisant surtout un travail à temps plein, assorti dans une moindre mesure de primes (de soir, de nuit, de fin de semaine, de COVID-19 ou de soins critiques) et d’heures supplémentaires, librement consenties ou non.

Mais ce n’est pas le cas de tous. Par exemple, une infirmière a gagné 30 039 $ en temps « régulier » et plus de trois fois plus en heures supplémentaires et en primes.

Le tableau du nombre total d’heures supplémentaires des infirmières pour tout le CISSS de l’Outaouais témoigne du genre d’année qu’ont connue les infirmières.

Ainsi, par rapport à 2018, les infirmières de l’Outaouais ont fait 27 % plus d’heures supplémentaires au cours de la dernière année.

Par ailleurs, en 2017-2018, 139 infirmières de l’Outaouais avaient demandé un congé de longue durée pour cause de maladie ou d’accident. En 2020-2021, il y en a eu 162.

Le CISSS de l’Outaouais n’a pas fait de commentaires sur la situation générale des heures supplémentaires sur son territoire.

Des données « inquiétantes »

Pour sa part, Karine D’Auteuil, présidente du Syndicat des professionnels en soins de l’Outaouais, a affiché que les données obtenues étaient préoccupantes.

« Que les infirmières puissent faire autant de quarts de travail démontre l’ampleur des pénuries », a-t-elle dit, ajoutant que ce ne serait pas le cas si les postes étaient pourvus.

Disant ne pas avoir de chiffres récents – le CISSS de l’Outaouais ne nous en a pas fourni non plus –, Mme D’Auteuil indique que les postes à temps complet trouvent habituellement preneurs parmi ses membres et que là n’est pas le problème.

(Le gouvernement Legault a souvent noté que de nombreux postes affichés restaient vacants, de nombreuses infirmières préférant s’en tenir à un emploi à temps partiel et compléter leur horaire avec des heures supplémentaires.)

Pour Mme D’Auteuil, le nombre extrêmement élevé d’heures supplémentaires obligatoires est dangereux pour les infirmières.

Elle note qu’au dernier échelon, le salaire d’une infirmière technicienne de son territoire est d’environ 75 000 $ pour un travail à temps complet et celui d’une infirmière bachelière, d’environ 90 000 $.

Mercredi, après publication du présent article, le CISSS de l’Outaouais a répondu à La Presse qu’il « met tout en œuvre pour diminuer l’utilisation du temps supplémentaire. Toutefois, le contexte de la pandémie est venu accentuer la pression sur les équipes notamment par la hausse des hospitalisations. De plus, la pénurie de main-d’œuvre en soins infirmiers est à un point important. Il nous manque, au CISSS de l’Outaouais, plus de 350 infirmières à court terme. […] »

Le CISSS précise avoir augmenté le nombre de postes à temps plein avec les récentes mesures annoncées par le gouvernement et que 68 % des infirmières sont maintenant à temps complet.

Avec la collaboration de William Leclerc, La Presse