Pour pallier la pénurie de personnel dans le milieu de la santé, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a signé lundi un décret permettant aux techniciens ambulanciers de réaliser davantage de soins de santé, notamment aux urgences.

Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

« Il y a beaucoup d’actes faits par les paramédicaux qui étaient permis dans leur véhicule, mais qui n’étaient pas permis à l’intérieur d’un hôpital ou d’un CHSLD », a indiqué le ministre Dubé.

Le décret signé lundi matin changera la donne. Les techniciens ambulanciers pourront désormais réaliser davantage de soins de santé aux urgences, mais également dans les CHSLD, les hôpitaux et les CLSC.

« Grâce à ce décret, on va pouvoir accueillir les paramédicaux et ils vont pouvoir mettre à profit toutes leurs compétences », s’est réjoui Philippe Gribeauval, PDG du Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Ouest (CISSSMO).

Un premier projet impliquant les paramédicaux aux urgences a été lancé lundi.

Dès le 10 octobre, une vingtaine de techniciens ambulanciers de la Coopérative des techniciens ambulanciers de la Montérégie (CETAM) se joindront aux équipes des urgences hospitalières, afin de fournir des soins primaires et avancés aux urgences.

Plus précisément, dix paramédicaux en soins primaires et deux paramédicaux en soins avancés se joindront à l’équipe des urgences au CISSSMO et six paramédicaux en soins primaires et deux paramédicaux en soins avancés travailleront au Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Centre (CISSSMC).

« Les paramédics sont des professionnels de la santé à reconnaître. Ils détiennent des connaissances leur permettant d’apprécier, de décider et d’agir. Avec l’arrêté ministériel, c’est maintenant officiel », a affirmé Martin Benoit, directeur général de la CETAM.

Les 20 paramédicaux donneront un coup de main aux urgences pendant cinq mois, avec une possibilité de prolonger l’entente.

Le paramédical Claude Bordeleau sera l’un d’entre eux. Plusieurs raisons le motivent à se joindre aux équipes des urgences. « On vit ce que les collègues infirmiers ont comme surcharge de travail. En plus, ça fait plusieurs années qu’on souhaite s’intégrer au réseau. C’est une occasion de le faire », a indiqué le paramédical, qui travaille dans le domaine depuis 25 ans. Il travaillera en alternance à l’hôpital Charles-Le Moyne et à l’hôpital du Suroît.

Le syndicat consterné

C’est avec consternation que les paramédicaux syndiqués avec la Confédération des syndicats nationaux (CSN) ont pris connaissance de l’arrêté ministériel du ministre de la Santé et des Services sociaux, lundi après-midi.

« Nous ne savions pas du tout que le ministre de la Santé et des Services sociaux souhaitait élargir les actes cliniques pouvant être réalisés par les paramédics dans les centres hospitaliers, encore moins qu’un arrêté ministériel à ce sujet s’en venait. Nous l’avons appris par les médias », a dénoncé Jean Gagnon, représentant du secteur préhospitalier à la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS – CSN), dans un communiqué.

Il rappelle toutefois que les paramédicaux ne s’opposent pas à l’élargissement de leur profession. « Au contraire, nous le revendiquons depuis longtemps. Mais cela doit se faire adéquatement et dans les bonnes conditions », a-t-il affirmé. Selon lui, ce décret est « une tentative de colmater les brèches » qui se multiplient au sein du système de santé en raison de la pénurie de main-d’œuvre.