La fermeture inattendue du CHSLD privé Villa Les Tilleuls, à Laval, a entraîné le déménagement précipité d’une trentaine de personnes âgées. Le propriétaire de l’établissement, très touché par la COVID-19 l’hiver dernier, nie que la qualité des soins soit en cause, attribuant la décision du gouvernement Legault à la multiplication des résidences modernes de type maison des aînés qui arrivent à Laval.

Louise Leduc
Louise Leduc La Presse

En entrevue avec La Presse, Judith Goudreau, responsable des communications au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Laval, explique qu’« avec les investissements en soutien à domicile, l’ouverture du nouveau CHSLD public Val des Brises de 232 places [début 2022] et la construction de deux maisons des aînés, le CISSS de Laval doit considérablement diminuer le nombre de places achetées dans les CHSLD privés de la région ».

Mais il y a plus, ajoute-t-elle. « Le CISSS de Laval a offert beaucoup de soutien depuis plusieurs mois au CHSLD Villa Les Tilleuls afin de rehausser la qualité des soins et des services qui y sont offerts. Après plusieurs observations et évaluations quant à la qualité des soins et services, la décision a été prise de ne pas renouveler le contrat que le CISSS de Laval avait avec la Villa Les Tilleuls. » Cette décision, et la fermeture subséquente du CHSLD, a été annoncée au début d’août.

En réponse à notre demande de précisions sur les problèmes allégués quant à la qualité des soins, Judith Goudreau a évoqué des « plaintes liées à l’état des lieux physiques, à la qualité des soins, aux pratiques non sécuritaires (par exemple : prévention des chutes, prévention des plaies, etc.) ».

En février, écrivait La Presse, avec 57 % de ses résidants infectés, la Villa Les Tilleuls était au sommet des CHSLD les plus touchés par la COVID-19.

Le dernier rapport de visite d’inspection gouvernementale de la Villa Les Tilleuls sur le site internet du ministère de la Santé et des Services sociaux date de 2019. On y lit entre autres que « l’évaluateur a remarqué que l’installation prend certains moyens afin d’assurer la continuité et la qualité des soins des interventions de l’équipe soignante ».

André Fratelli, propriétaire de la Villa Les Tilleuls, fait plutôt valoir que si son établissement a été plus touché lors de la seconde vague, il a fait nettement mieux que bien d’autres résidences lors de la première.

Selon le propriétaire, le gouvernement n’évoque la qualité des soins que pour camoufler qu’il construit ailleurs de nouveaux bâtiments et que les résidences privées sont en train de passer à la trappe.

« On se préparait, on était en attente de passer à l’étape où on pourrait agrandir, mais il n’y a pas eu d’appels d’offres », affirme M. Fratelli.

Et puis « bang, ça ferme », lance-t-il.

« La réalité », dit-il, c’est que le gouvernement construit « des établissements plus neufs, plus gros » et qu’il a été tassé.

« Quand la prochaine [résidence] va fermer, vont-ils [le gouvernement] donner la même raison ? », demande M. Fratelli.

La Villa Les Tilleuls, qui date de 1986, ne convenait plus aux personnes âgées très malades, admet-il. Les couloirs étaient trop étroits, par exemple. Il aurait donc fallu construire un nouvel édifice adjacent à la Villa, qui, elle, aurait pu continuer de servir pour des salons pour les aînés ou des bureaux.

Les soins étaient-ils adéquats ? M. Fratelli répond que les pénuries de personnel faisaient mal comme partout, qu’il a pu arriver qu’« une pomme pourrie » donne de mauvais soins, comme cela s’entend un peu partout dans le réseau de la santé. Et que quand il y avait un problème, ça ne restait pas lettre morte.

M. Fratelli espère que l’édifice pourra être reconverti, peut-être à l’intention de personnes sans-abri.

Dans le cas précis du CHSLD privé Villa Les Tilleuls, « il n’y a pas de lien causal à faire entre le non-renouvellement du contrat par le CISSS de Laval et la volonté du gouvernement de conventionner les CHSLD privés », c’est-à-dire les faire chapeauter par le secteur public, mais avec des normes provinciales, a indiqué par courriel le cabinet de Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés et des Proches aidants.

Nous renvoyant à un document du Protecteur du citoyen, le cabinet de la ministre Blais a souligné par ailleurs que de 2016 à 2020, la Villa Les Tilleuls avait fait l’objet de quatre plaintes et signalements fondés.

80 pertes d’emplois

La fermeture de la Villa Les Tilleuls a entraîné 80 pertes d’emplois. La trentaine d’usagers, eux, sont tous déjà relogés.

Lucie Poulin, présidente du Comité des usagers de la Villa Les Tilleuls, pense qu’on ne saura jamais « le fond des choses » et les raisons réelles de la fermeture.

Un déménagement est toujours un bouleversement pour les personnes âgées. Dans ce cas-ci, la vitesse de l’opération a ajouté aux désagréments, dit-elle, d’autant que « les familles des derniers usagers qui ont été déménagés cette semaine n’ont pas eu le soutien que le CISSS de Laval leur avait promis ».

Des personnes âgées ont appris la veille qu’elles déménageaient, de sorte que certaines familles n’ont pas pu être présentes au jour J, raconte Mme Poulin. C’est le personnel, à la hâte, qui a dû se charger de faire les boîtes et lors de leur déménagement, des usagers n’avaient aucun proche auprès d’eux.

Heureusement, tout va mieux maintenant, dit-elle. Sa mère a été transférée dans un autre CHSLD plus neuf de Laval. « C’est le jour et la nuit. Les chambres sont trois fois plus grandes, il y a des cafétérias à chaque étage », explique-t-elle.

En chiffres

2,6 milliards 

Coût prévu pour la construction de 46 Maisons des aînés d’ici 2022-2023

Source : budget Girard

3468

Nombre de places prévues au Québec dans les Maisons des aînés

Source : cabinet de la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants