Si la capacité hospitalière apparaît suffisante à court terme pour résister à l’épidémie de COVID-19 à l’extérieur de Montréal, la marge de manœuvre est beaucoup plus mince dans la région métropolitaine. Les hôpitaux de Montréal et de sa périphérie pourraient déborder d’ici deux semaines si l’assouplissement des mesures de confinement ou le non-respect de la distanciation amènent une recrudescence des cas.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

C’est ce que montre une étude de modélisation réalisée par une équipe de chercheurs pour le compte de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS).

« Dans la région de Montréal et sa périphérie, si l’épidémie continue à son rythme actuel, il semble y avoir assez de lits sur les étages dans les hôpitaux. Mais il y a quand même une marge d’erreur et on ne peut pas totalement exclure qu’on approche de la capacité maximale d’ici la fin du mois », dit Mathieu Maheu-Giroux, superviseur de l’étude et épidémiologiste à l’Université McGill.

Cela fait dire aux chercheurs que la situation est « fragile » dans toute la zone englobant Montréal, Laval, Lanaudière, les Laurentides et la Montérégie, et que la « marge de manœuvre est limitée ».

« Dépendamment du degré d’assouplissement et d’observance des mesures de distanciation physique au cours des prochaines semaines, la capacité hospitalière pourrait être dépassée », écrivent les chercheurs.

L’étude a été publiée sans tambour ni trompette le 8 mai dernier et est passée sous l’écran médiatique. Elle visait à prédire la progression des admissions à l’hôpital dues à la COVID-19 pour une période de quatre semaines. Selon le chercheur Mathieu Maheu-Giroux, les conclusions restent valides.

Un taux de reproduction autour de 1

À partir des données d’hospitalisation, les chercheurs ont estimé le fameux taux de reproduction du virus, soit le nombre de personnes à qui une personne infectée le transmet. Dans l’ensemble de la province, ce taux se situait au-dessus de 3 au mois de mars. Il a graduellement chuté à mesure que les mesures de confinement ont été instaurées.

L’objectif ultime est d’abaisser ce taux sous la barre du 1. Si chaque malade infecté contamine, en moyenne, moins d’une autre personne, l’épidémie finira par s’essouffler. Dans la région de Montréal, les calculs des chercheurs montrent que le taux de reproduction se situerait tout juste sous la barre du 1.

« Une partie de l’intervalle d’incertitude n’exclut pas qu’il soit en haut de 1 », note toutefois Mathieu Maheu-Giroux. Cela montre que la situation pourrait repartir à la hausse dans la grande région métropolitaine. Ailleurs au Québec, le faible nombre d’hospitalisations rend le calcul du taux de reproduction beaucoup plus incertain.

Capacité de lits suffisante aux soins intensifs

À Montréal et dans les régions périphériques, le nombre de lits sur les étages des hôpitaux tourne autour de 1900. Si le taux de reproduction du virus augmentait de 50 %, on atteindrait cette capacité au début du mois de juin. Un taux de reproduction qui doublerait amènerait un débordement important : on se retrouverait avec presque deux fois plus de patients que de lits d’ici deux semaines. Les graphiques montrent que la capacité de lits aux soins intensifs, elle, semble largement suffisante, même si le taux de reproduction doublait.

Par rapport aux mesures de déconfinement, il m’apparaît sage d’y aller par étapes, en reportant les décisions si les indicateurs ne vont pas dans le bon sens.

Mathieu Maheu-Giroux, superviseur de l’étude

Notons que la situation semble beaucoup plus reluisante dans les autres régions du Québec, où même les scénarios pessimistes montrent que le nombre d’hospitalisations resterait largement en deçà de la capacité des établissements.

Mathieu Maheu-Giroux rappelle que c’est principalement pour ne pas submerger les hôpitaux qu’on tente d’aplatir la fameuse courbe. « Les admissions à l’hôpital sont une variable très importante », dit-il.

> Consultez l'étude de l'INESSS