La FIQ et l’APTS, qui représentent 131 000 travailleuses dans la santé, saisissent la main tendue du premier ministre François Legault et veulent même négocier « d’urgence » leurs nouvelles conditions de travail et d’exercice, vu la pandémie de coronavirus.

Lia Lévesque
La Presse canadienne

En entrevue avec La Presse canadienne mercredi, les deux présidentes de la Fédération interprofessionnelle de la santé, Nancy Bédard, et de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux, Andrée Poirier, ont été catégoriques : à situation exceptionnelle, négociation exceptionnelle. Le temps presse.

La Presse révélait plus tôt que le premier ministre Legault a évoqué dimanche avec les syndicats du secteur public la possibilité de signer une convention collective spécifique pour les travailleurs dans la santé, pour trois ans, qui serait négociée rapidement, vu le contexte de la pandémie de coronavirus.

Normalement, les conventions collectives sont négociées pour l’ensemble des 550 000 employés de l’État, ce qui inclut aussi le réseau de l’éducation et celui de la fonction publique.

Les deux présidentes ont non seulement dit accepter la main tendue, mais elles y voient une urgence et sont même lasses d’attendre depuis dimanche.

« Tout est sur la table. Il faut commencer par s’asseoir. On n’est fermées à rien. Il y a urgence de négocier. Il faut qu’on négocie des mesures exceptionnelles. Il faut négocier des conditions pour le bon fonctionnement du réseau », a martelé Mme Bédard, de la FIQ.

« Il n’y a rien d’impossible à partir de maintenant », a ajouté Mme Poirier, de l’APTS.

Réaffectation du personnel

Déjà des mesures ont été enclenchées permettant de réaffecter du personnel à des départements plus en demande, a illustré Mme Poirier. En réduisant certaines activités moins essentielles, en adoptant un moratoire sur des réformes qui étaient envisagées, on pourra mieux affecter le personnel dans la santé aux tâches plus urgentes, a-t-elle suggéré.

Mme Bédard ajoute que la FIQ avait déjà demandé que les établissements se placent en « mode été », par exemple de fermer les consultations externes électives pour rediriger le personnel vers d’autres départements.

Alors que bien des travailleurs dans la santé sont déjà contraints de faire des heures supplémentaires et sont épuisés, « on va être en mesure de donner un peu d’oxygène » en discutant de certaines conditions d’exercice, a expliqué Mme Bédard.

Un plan de délestage de certaines activités permet de rapatrier des professionnelles en soins dans d’autres secteurs, a-t-elle illustré.

Il s’agit là aussi du genre de conditions nouvelles dont les présidentes veulent discuter avec Québec, et non seulement des habituelles conditions de travail d’une convention collective.

Mme Poirier en a donné une autre illustration : « on réclame que nos femmes enceintes soient retirées, qu’elles ne puissent être en contact avec le virus ».

La FIQ représente 76 000 infirmières, infirmières auxiliaires et autres professionnelles en soins, l’APTS 55 000 techniciennes en laboratoire, en radiologie, travailleuses sociales, psychologues et autres dans la santé et les services sociaux.

Les autres organisations

La réponse est loin d’être aussi claire pour les autres organisations syndicales dans la santé et les services sociaux. La CSN, la FTQ et la CSQ représentent toutes des travailleurs dans la santé, notamment les milliers de préposés aux bénéficiaires et aussi des infirmières qui ne sont pas syndiquées à la FIQ.

L’interprétation des propos du premier ministre Legault, dimanche dernier, variait même d’une organisation à l’autre. Certaines y voyaient une offre de négociation formelle, d’autres une possibilité qui a été évoquée par M. Legault sans être une offre formelle.

Curieusement, il avait plutôt été question de suspendre les négociations du secteur public jusqu’au 5 avril, lors de cette rencontre — ce que les parties avaient accepté de faire, vu l’urgence de la pandémie de coronavirus.

La situation est d’autant plus délicate pour ces autres organisations syndicales que les frontières ne sont pas si cloisonnées entre les réseaux et les professions. Par exemple, il existe des infirmières dans le réseau de l’éducation et des ouvriers spécialisés dans les établissements de santé. Il est donc difficile de départager qui au juste une « négociation dans la santé » concernerait.

La CSN, par exemple, a jugé « inacceptable » de convenir d’une négociation seulement pour les travailleurs dans la santé « sans aménagement pour améliorer leurs conditions de travail » — selon sa lecture de l’offre de M. Legault.

« Pour nous, une telle proposition était inacceptable et complètement à l’extérieur de nos mandats. C’est pourquoi aucune discussion n’a été entamée avec le gouvernement sur ces bases », indique la centrale dans une communication à ses membres.