Afin de limiter la propagation du virus COVID-19, l’Agence de la santé publique du Canada demande à tous les voyageurs en provenance d’Iran de s’isoler volontairement à domicile durant 14 jours même s’ils sont asymptomatiques. Cette mesure toucherait environ 800 personnes par semaine à l’échelle du pays.

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

Le dernier bilan officiel iranien fait état de 66 décès et de 1501 cas d’infection, un bond de plus de 250 % en seulement 24 heures. C’est pourquoi Ottawa demande désormais aux Canadiens d’éviter tout voyage non essentiel en Iran.

« L’escalade rapide de cas a été un aspect clé de notre décision », a indiqué la Dre Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique, lors d’une conférence téléphonique destinée aux médias canadiens en fin de journée, lundi.

Jusqu’à présent, le Canada recense 27 cas de coronavirus sur 2900 personnes testées : un cas au Québec, 18 cas en Ontario (dont trois nouveaux cas lundi) et huit en Colombie-Britannique.
« Ces cas sont des voyageurs qui ont visité la Chine, l’Iran et l’Égypte et un nombre limité de leurs proches. L’augmentation rapide du nombre des cas en Iran, ainsi que les cas récents canadiens signalés en lien avec les gens qui ont visité l’Iran sont très inquiétants », a indiqué le sous-administrateur en chef de la santé publique, Dr Howard Njoo, lors de cette même conférence de presse.

Les voyageurs en provenance de la province chinoise du Hubei devaient déjà se plier une quarantaine volontaire de 14 jours à leur retour au pays. Les voyageurs qui reviennent d’Iran ou de la province du Hubei ont maintenant l’obligation de s’identifier à la frontière canadienne. Ils auront ensuite 24 heures pour avertir leurs autorités de santé publique provinciales chargées d’assurer le suivi médical si nécessaire.

Italie, Japon, Corée du Sud

À l’instar de l’Iran, le Canada a aussi haussé hier son « niveau de risque » pour les voyages dans le nord de l’Italie de 2 à 3. Une telle alerte est déclenchée lorsqu’« une vaste région géographique est touchée par une éclosion de grande envergure ». L’Italie recensait officiellement hier 1600 cas.

« Il est conseillé aux Canadiens d’éviter tout voyage non essentiel dans le nord de l’Italie, qui comprend les régions de la Vallée d’Aoste, du Piémont, de la Ligurie, de la Lombardie, de l’Émilie-Romagne, de la Vénétie, du Frioul-Vénétie Julienne et du Trentin–Haut-Adige », précise le gouvernement canadien dans son avis.

La Chine, qui recense plus de 80 000 cas d’infection, dont près de 3000 décès, est toujours classée au niveau 3 de risque (sur 4) pour les « conseils santé » aux voyageurs.
Le Japon et la Corée du Sud sont pour leur part cotés niveau 2. Les voyageurs qui s’y rendent devraient éviter les grandes foules et consulter un médecin s’ils sont malades.

Au sud de la frontière, l’État de Washington rapportait hier quatre décès de personnes atteintes du COVID-19, portant à six le nombre total de victimes américaines.

« Comme vous le savez, l’éclosion de COVID-19 continue d’évoluer rapidement.

L’Organisation mondiale de la Santé a récemment augmenté son évaluation des risques de propagation et d’impacts à un stade très élevé à l’échelle mondiale. Plus de 60 pays signalent des cas à l’heure actuelle et plusieurs d’entre eux parlent de transmission à l’échelle de la communauté », a souligné le Dr Howard Njoo.

À quoi s’attendre ?

Les Drs Tam et Njoo ont précisé hier que la population canadienne doit s’attendre à vivre la suspension de grands rassemblements et des fermetures d’écoles et de lieux de travail.

« Le système de la santé, les individus et les communautés doivent se préparer au déploiement potentiel de mesures en matière de santé publique visant à interrompre la chaîne de transmission », a indiqué le Dr Njoo.

Les Canadiens devraient-ils vraiment faire des provisions pour survivre en isolement durant deux semaines, comme l’a suggéré la semaine dernière la ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu ?

« Cela dépend des situations individuelles de chacun », a répondu Dre Tam. « L’une des choses qu’il faut évaluer lorsque l’on fait un plan c’est d’entrer en lien avec les gens dans notre entourage qui pourraient nous appuyer. Si vous n’avez pas de réseau, c’est une bonne idée de préparer des vivres (...) Je pense aussi que si vous avez des maladies chroniques, c’est toujours une bonne idée d’avoir des réserves de médication pour 14 jours et plus en tout temps. »

Elle précise cependant que l’heure ne devrait pas être à la précipitation. « De se préparer à l’avance atténuera certaines ruées, alors je pense que les Canadiens ont le temps de se préparer et qu’ils devraient utiliser ce temps essentiellement pour faire des choix sensés », ajoute-t-elle.