Alors que se termine la Semaine pour un Québec sans tabac, 90 médecins et une quinzaine d’organismes et de professionnels de la santé demandent au gouvernement de mieux soutenir les personnes qui souhaitent cesser de fumer au Québec.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Dans une lettre envoyée le 17 janvier à la ministre de la Santé, Danielle McCann, le Regroupement d’experts pour la cessation tabagique affirme qu’il y a un « besoin urgent de bonifier l’accès aux produits d’aide à l’abandon du tabac ».

Porte-parole du regroupement, le pneumologue Sean Gilman estime qu’il faut « apporter des correctifs aux règles actuelles encadrant le remboursement des thérapies de remplacement de la nicotine », comme les timbres et les pastilles. Selon les signataires, les règles actuelles de remboursement « ne sont pas adaptées aux réalités de la dépendance et encore moins à la science entourant la cessation ».

Des fumeurs pénalisés

Il y a un an, le Dr Gilman avait déjà interpellé le gouvernement pour dénoncer les règles entourant le remboursement des traitements de cessation tabagique. Avec à l’époque 57 autres professionnels de la santé, le Dr Gilman dénonçait le fait que les règles actuelles pénalisent les fumeurs pauvres. 

Encore aujourd’hui, le Dr Gilman et ses cosignataires déplorent entre autres le fait que la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) ne rembourse qu’un seul cycle de 12 semaines par année de traitement pour les thérapies de remplacement de la nicotine. Un patient qui rechute doit donc attendre à l’année suivante avant de pouvoir recommencer un nouveau traitement sans payer.

« Il n’y a aucune autre condition médicale pour laquelle on demande à un patient d’attendre un an avant de recommencer un traitement si un premier essai rate », dénonce le Dr Gilman. Ce dernier ne comprend pas qu’on « pénalise les fumeurs », et encore plus ceux qui sont moins fortunés et ne peuvent se payer les traitements.

Aussi signataire de la lettre, la directrice générale du Conseil québécois sur le tabac et la santé, Annie Papageorgiou, rappelle que 1,2 million de Québécois fument encore.

« Le fumeur, s’il veut arrêter de fumer, on doit lui donner des conditions gagnantes dans son aide pour arrêter de fumer. […] Donc s’il y a quelque chose qui peut nuire à ses chances de réussite, c’est sûr que nous, on va tout mettre en œuvre pour l’aider à arrêter, dit Mme Papageorgiou. Et si les moyens financiers sont une de ces embûches, je pense que c’est important d’y réfléchir et de voir comment on peut aider les fumeurs à arrêter de fumer. »

Urgence d’agir

Pour les signataires de la lettre, « tout délai entourant une décision à cet égard s’avère lourd de conséquences pour nos patients et leurs familles ».

Selon le Dr Gilman, Québec doit agir vite, car actuellement, la popularité du vapotage est en forte hausse. « Il y a une nouvelle génération qui devient dépendante à la nicotine à cause de ces appareils. Il faut se préparer. Parce que ces personnes devront être traitées pour leur dépendance à la nicotine », dit-il.

Au Ministère de la Santé et des Services sociaux, on indique que la Stratégie pour un Québec sans tabac 2020-2025 est en élaboration et qu’il est « envisagé que les services d’aide à la cessation tabagique soient renforcés ».