(Ottawa) Ottawa veut réduire la quantité de nicotine autorisée dans les produits de vapotage afin de les rendre moins attrayants chez les jeunes.

La Presse Canadienne

Santé Canada a annoncé vendredi sa proposition d’abaisser la concentration maximale de nicotine permise dans les produits de vapotage qui sont fabriqués ou importés au Canada. La limite actuelle est à 66 mg/ml et Ottawa veut la diminuer à 20 mg/ml.

Le gouvernement veut aussi interdire la vente de tout produit de vapotage dont la concentration en nicotine indiquée sur l’emballage serait supérieure à la nouvelle limite.

« Nous poursuivons nos efforts pour protéger les Canadiens contre les méfaits des produits de vapotage. Ces changements permettront de réduire l’attrait de ces produits pour les jeunes », a déclaré la ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu, dans un communiqué.

Le ministère lance samedi une consultation publique de 75 jours sur le nouveau règlement proposé, afin de recueillir les commentaires de tous les Canadiens. La consultation prendra fin le 4 mars.

Le gouvernement songe également à imposer des mesures réglementaires supplémentaires qui limiteraient les arômes dans les produits de vapotage et inciteraient l’industrie à donner plus d’informations sur leurs produits, dont des détails sur les ventes, les ingrédients et la recherche et développement.

La proposition bien accueillie

La Société canadienne du cancer a salué la démarche du gouvernement, rappelant que la Colombie-Britannique, la Nouvelle-Écosse et l’Union européenne ont déjà limité la concentration de nicotine sur les produits de vapotage à 20 mg/ml, tandis que le Québec a annoncé son intention de le faire. Certains produits actuellement vendus ici en contiennent presque trois fois plus.

« Le taux de vapotage élevé chez les jeunes est très inquiétant et démontre la nécessité d’une nouvelle réglementation, a souligné Rob Cunningham, analyste principal des politiques à la Société canadienne du cancer. Les concentrations élevées en nicotine ont contribué au fait qu’une nouvelle génération de jeunes a développé une dépendance à la nicotine par l’entremise de la cigarette électronique. »

Cœur + AVC a abondé dans le même sens, mais a encouragé le gouvernement à aller encore plus loin.

« Nous exhortons également Santé Canada à adopter rapidement d’autres mesures importantes pour contrer la crise du vapotage chez les jeunes, notamment en interdisant complètement les arômes et en augmentant les taxes », a suggéré le docteur Andrew Pipe, membre du conseil de Cœur + AVC.

L’industrie mécontente

L’Association des représentants de l’industrie du vapotage (ARIV) estime qu’une limite inférieure de nicotine inciterait moins les fumeurs de cigarettes et d’autres produits du tabac à changer pour des produits de vapotage, qui sont considérés comme moins nocifs pour la santé.

« Compte tenu de la disparité des méfaits entre le vapotage et le tabagisme, nous ne comprenons pas pourquoi le gouvernement fédéral utiliserait les ressources de Santé Canada pendant une pandémie mondiale pour explorer la possibilité de rendre plus difficile pour les fumeurs adultes de passer à un produit à risque réduit », a déploré Daniel David, président de l’ARIV, dans un communiqué.

Même son de cloche du côté du Conseil canadien de l’industrie des dépanneurs, qui reproche aussi au gouvernement de lui laisser trop peu de temps pour s’adapter.

« La date de mise en œuvre proposée de seulement quinze jours est tout simplement irréalisable pour nos détaillants. Les délais de mise en œuvre précédents s’étiraient sur plusieurs mois, et non quelques jours, ce qui donne le temps aux dépanneurs de se conformer », a affirmé Anne Kothawala, présidente et chef de la direction.

« Cela imposera des coûts importants à notre industrie à un moment où les entreprises sont aux prises avec les impacts économiques et sanitaires de la COVID-19. »