Afin de rattraper les retards accumulés en imagerie médicale lors de la première vague de COVID-19 et de s’adapter à la nouvelle réalité qui touche leur spécialité, des radiologistes canadiens demandent à Ottawa d’investir 1,5 milliard dans le domaine.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Dans un rapport qui sera rendu public ce lundi matin, le Groupe de travail canadien sur la résilience en radiologie demande entre autres que plus de fonds soient versés aux provinces pour engager plus de technologues et acheter de nouveaux appareils diagnostiques.

« Une reprise tardive de la capacité d’imagerie a été observée en juin, mais le rendement général demeure à un niveau proche de 80 % du volume de référence », peut-on lire dans le rapport.

Le Groupe de travail souligne que la crise de la COVID-19 a entraîné le report de milliers de tests d’imagerie médicale au pays.

Au pire de la crise, en scanneurs et en IRM [imagerie par résonance magnétique], c’est 40 % à 50 % des volumes initiaux qu’on a été capables de faire. C’est une énorme baisse.

Le DGilles Soulez, directeur du Laboratoire de traitement de l’imagerie clinique du Centre de recherche du CHUM et membre du Groupe de travail.

En échographies, la situation a été encore pire, alors que seulement de 20 % à 30 % du volume normal de tests a pu être réalisé.

L’omniprésence de la COVID-19 a passablement modifié la pratique des radiologistes, note le DSoulez. Chaque test prend plus de temps, puisqu’il faut soigneusement désinfecter les appareils. Les rendez-vous doivent être espacés pour éviter que les patients se croisent. « On a essayé d’étendre les heures. Mais le problème, c’est qu’on manque de technologues. On manque extrêmement de personnel », dit-il.

Le DSoulez explique que même avant le COVID-19, la radiologie canadienne était « sous pression » et le manque de technologues était présent. Pour les patients dont la condition était moins urgente, « on était déjà hors-norme par rapport aux normes occidentales. Et là, on voit que ça s’aggrave », dit-il.

Dans son rapport, le Groupe de travail note que l’accès difficile aux services de radiologie « n’est pas sans conséquence » sur l’économie canadienne. En 2017, le Conference Board du Canada avait déterminé que les temps d’attente excessifs dans les services de radiologie avaient coûté 3,54 milliards de dollars canadiens en pertes de productivité à l’économie du pays.

« Ce chiffre a certainement été aggravé par les répercussions de la pandémie de COVID-19 », peut-on lire dans le rapport.

Appel à Ottawa

Le Groupe demande des investissements de 1,5 milliard au gouvernement fédéral. « Il faudra plus d’équipements », affirme le DSoulez.

En plus d’aider les provinces à former et à engager plus de technologues, le Groupe de travail estime que des investissements en technologies de l’information sont nécessaires.

Simplement obtenir le portrait réel des retards accumulés en imagerie partout au Canada a été très complexe, illustre le DSoulez. En effet, les données sur l’attente sont souvent parcellaires et collectées de façon différente d’une province à l’autre. La technologie pourrait donc faciliter la collecte de données et permettrait notamment d’éliminer les télécopieurs pour les requêtes en radiologie.

Le DSoulez ajoute qu’il est urgent d’instaurer des systèmes d’aide à la décision clinique partout au pays pour éliminer les requêtes non pertinentes ou superflues. En Alberta et en Ontario, de tels systèmes sont déjà implantés. « Et ils voient qu’il y a une diminution des requêtes inutiles. C’est un investissement qui serait extrêmement pertinent », dit-il.

Le DSoulez estime que les changements de pratique amenés par la COVID-19 sont « là pour rester » et qu’il est urgent que les services de radiologie à travers le pays puissent s’adapter.