La vie de producteur agricole n’est pas faite que de jours ensoleillés et il peut être parfois difficile de faire face aux obstacles professionnels, personnels ou financiers lorsqu’on est isolé. L’organisme Au cœur des familles agricoles (ACFA) a été créé pour offrir de l’aide aux agriculteurs et ses services pourront maintenant être bonifiés grâce à l’aide de Québec.

Ugo Giguère
La Presse canadienne

La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, et son collègue le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, André Lamontagne, ont annoncé lundi un soutien financier de 300 000 $ visant à augmenter les ressources sur le terrain d’ACFA.

«On sait que les agriculteurs sont un peu plus représentés dans les problématiques de détresse psychologique, au Québec et au Canada, alors il faut aller les rejoindre», a soutenu la ministre McCann en entrevue avec La Presse canadienne.

Elle note les difficultés du travail sept jours par semaine, des intempéries qui nuisent aux récoltes et de la récente grève des cheminots du CN ayant entraîné une pénurie de propane désastreuse pour les entreprises agricoles.

À tout cela s’ajoute la difficulté de se libérer de ses obligations sur la ferme pour aller chercher soi-même des services d’aide.

Selon le directeur général de l’organisme, René Beauregard, ces fonds viennent combler momentanément le besoin de financement récurrent nécessaire à la pérennité des services. Au cœur des familles agricoles doit chaque année trouver des commanditaires et mener des campagnes de financement pour assurer sa survie.

«Ce qu’on a eu n’est pas un financement récurrent, mais on nous a dit qu’ils (les ministres) vont regarder la possibilité que ça le devienne dans le prochain budget», a avancé M. Beauregard pour qui cela assurerait une stabilité.

Le montant devrait permettre d’augmenter les heures de travail des six travailleuses de rang, dont les heures de services vont passer de 28 à 32 heures par semaine. De plus, l’organisme souhaite ajouter quatre nouvelles intervenantes à son équipe.

ACFA est présente dans six régions du Québec, soit la Montérégie, le Centre-du-Québec, l’Estrie, la Mauricie, la Chaudière-Appalaches et le Saguenay—Lac-Saint-Jean. Une collaboration a aussi été développée avec un organisme du Bas-Saint-Laurent.

Les «travailleuses de rang», puisqu’il n’y a que des femmes dans l’équipe actuelle, offrent des services inspirés des travailleurs de rue qui œuvrent dans les villes auprès des personnes en difficultés.

«Ça fait image, observe la ministre Danielle McCann au sujet du nom employé. Ce sont des gens qui interviennent auprès des agriculteurs dans leur milieu. Je pense que c’est ce qui fait vraiment la différence, d’aller rejoindre les gens là où ils sont.»

Interrogée sur la possibilité que ce service soit offert par le système de santé plutôt que par un organisme citoyen, Danielle McCann répond qu’ACFA travaille en liens étroits avec le réseau de la santé, mais que sa mission nécessite une expertise particulière de connaissance du milieu agricole.

Au cœur des familles agricoles a pour mission de faire de la prévention en santé mentale auprès des agriculteurs du Québec et de leurs proches.

René Beauregard admet que la demande ne cesse d’augmenter auprès de l’organisme, mais selon lui cela s’explique surtout par la popularité du service, qui devient de plus en plus connu, et par la disparition du tabou lié aux problèmes de santé mentale.

«De la détresse, il y en a toujours eu, dit-il. Mais je l’ai vu l’évolution de la disparition du tabou. Ce n’est pas une faiblesse de demander de l’aide, c’est une force.»

Le DG, qui est lui-même un ancien producteur de porc en plus d’être maire de la municipalité de Saint-Joachim-de-Shefford, préfère parler de bien-être plutôt que de détresse. Une notion que les agriculteurs connaissent très bien.

« On veut toujours que nos animaux, notre machinerie, la ferme, les bâtiments fonctionnent au maximum, mais on ne pense pas à nous autres. Les producteurs savent ce que c’est le bien-être animal, alors il faut aussi penser au bien-être humain », explique M. Beauregard.

«Si vous êtes bien, peut-être que le reste va bien aller aussi», lance-t-il à l’intention des producteurs agricoles.

Si vous ou une personne de votre entourage avez besoin de soutien, vous pouvez communiquer en tout temps avec un intervenant au 1-866-APPELLE (277-3553). L’Info-Social 811 offre également un service de consultation psychosociale accessible en tout temps, dans toutes les régions du Québec.