Taches brunes sur le lit. Sang sur la table. Poussière dans les conduits d’aération. Un patient dont le système immunitaire est affaibli par des médicaments a été placé dans une chambre malpropre de l’Hôpital général de Montréal. « Il est totalement vulnérable à toute infection. L’hygiène, c’est vital parce que les traitements ont complètement abaissé ses défenses », dénonce sa conjointe Anne-Marie Vinot.

Émilie Bilodeau Émilie Bilodeau
La Presse

Pierre a passé deux semaines et demie à l’Hôpital de Lachine pour une pneumonie atypique avant d’être transféré, mardi dernier, à l’Hôpital général de Montréal. Une fois arrivé dans sa nouvelle chambre, les médecins lui apprennent qu’il souffre d’une maladie auto-immune : son propre corps s’attaque à ses poumons.

Le jour même, il commence un traitement d’immunosuppression qui fragilise son système immunitaire et le rend donc vulnérable aux infections.

Lors de leur arrivée dans la chambre de l’Hôpital général, Pierre et Mme Vinot ne remarquent que quelques taches de sang séché sur la table sur laquelle on dépose les plateaux de repas. Un employé d’entretien est avisé et celui-ci nettoie les taches, mais pas la table au complet.

Pierre est faible. Il respire avec difficulté et porte un masque à oxygène. Le couple est préoccupé et ne regarde pas l’état des lieux.

« En entrant dans la chambre, j’ai juste remarqué que le plancher était sale, mais c’est tout. Avec toutes les difficultés de mon chum, je ne me suis pas attardée au lit et à la chambre », explique Mme Vinot.

Ce n’est que le lendemain qu’elle remarque des éclaboussures brunes sur les côtés du lit de son conjoint, de la poussière dans les conduits d’aération, des taches collantes et de la saleté sur le plancher. L’état de la chambre leur donne l’impression que seuls les draps ont été changés avant leur arrivée.

Mme Vinot souligne la situation au personnel, mais personne n’est libre pour faire le ménage.

« Mercredi soir, j’ai passé 45 minutes à nettoyer les côtés du lit parce qu’il n’y avait personne de disponible pour faire le ménage à ce moment-là. J’ai nettoyé son lit moi-même. J’ai mis un gant et j’ai frotté, frotté, frotté », dit-elle.

Pas assez d’employés d’entretien ?

Mis au fait de la situation d’Anne-Marie et de son conjoint Pierre, le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) affirme qu’il y a suffisamment de personnel d’entretien à l’Hôpital général de Montréal et que les « effectifs sont conformes aux normes ministérielles ».

Dans le cas de patients immunosupprimés comme Pierre, les préposés à l’entretien doivent aussi porter « un équipement de protection personnel dans le but de protéger le patient ».

« Évidemment, nous prenons cette situation très au sérieux et nous allons faire des recherches pour déterminer exactement ce qui s’est passé. Nous regrettons qu’un de nos patients ait eu une mauvaise expérience », écrit Gilda Salomone, conseillère en communications pour le CUSM, dans une déclaration faite par courriel. Le CUSM a refusé nos demandes d’entrevue téléphonique.

Hubert Forcier, conseiller à l’information à la Fédération de la santé et des services sociaux de la CSN, n’est quant à lui pas surpris par cette situation. Dans les dernières années, affirme-t-il, ce sont les employés d’entretien ménager qui ont été les plus affectés par les coupes dans les hôpitaux. Ces derniers croulent sous le travail.

« C’est clair qu’il y a un manque de personnel d’entretien un peu partout dans les hôpitaux, affirme M. Forcier. Ils sont touchés par la pénurie de main-d’œuvre, mais il y a aussi eu des coupes dans les dernières années, pendant l’ère Couillard. »

« Pour atteindre l’équilibre budgétaire, ce sont les premiers qui ont été touchés par les coupes. »