Le gouvernement Legault veut augmenter le nombre d’étudiants en médecine familiale. Il envisage de modifier l’administration des programmes de résidence pour former plus d’omnipraticiens et moins de spécialistes.

Martin Croteau Martin Croteau
La Presse

Depuis plusieurs années, Québec fait en sorte que 55 % des postes de résidence soient réservés pour la médecine de famille et 45 % pour les futurs spécialistes. Mais cette répartition n’est pas respectée. La raison : la médecine générale est boudée par les étudiants.

En 2018, 65 postes de résidence en médecine de famille sont restés vacants. La grande majorité se trouvait dans les régions, où la pénurie de médecins est justement plus importante.

Le premier ministre François Legault a dit comprendre l’attrait de la médecine de spécialité, où la rémunération est généralement plus élevée. Mais il souhaite inverser la tendance.

« Dans le passé, ça devait être 50-50, mais il y avait plus de 50 % qui choisissaient les spécialités et on donnait des passe-droits, a-t-il indiqué hier matin. On voudrait être capables de monter au moins à 55 % pour les médecins de famille. »

9300 Nombre de médecins omnipraticiens au Québec

Le nombre de postes en résidence a baissé de manière importante cette année, a souligné la ministre de la Santé, Danielle McCann. Il en est néanmoins resté 23.

« Il faut garder le cap sur le 55 %, mais ce n’est pas exclu que l’année prochaine, dans les prochaines années, on augmente aussi le pourcentage de 55 % », a-t-elle indiqué en entrevue.

Les admissions dans les programmes de résidence sont planifiées par une table de concertation qui réunit les universités, le gouvernement et différents acteurs du réseau de la santé. Elle établit des plans de trois ans et le prochain sera mis en place le printemps prochain.

On pourrait alors décider d’augmenter le nombre de postes en médecine familiale, a indiqué Mme McCann.

Effets pervers

Bien qu’elle salue la volonté du gouvernement Legault de former davantage de médecins de famille, la Fédération des médecins résidents du Québec a mis Québec en garde contre le risque de créer à terme une pénurie de médecins spécialistes.

« On joue avec un ratio, a dit le président de l’organisme, le Dr Christopher Lemieux. Si on ajoute des postes en médecine familiale, on retire des postes en médecine spécialisée. Ce qu’on craint, c’est qu’on déplace le problème ailleurs. »

Le président de l’Association médicale du Québec, le Dr Hugo Viens, craint lui aussi que la réforme entraîne des effets pervers.

« Ce qui pourrait être un peu inquiétant, c’est qu’on permette l’augmentation du nombre de médecins, mais qu’en même temps l’enveloppe de rémunération soit la même, a-t-il indiqué. À ce moment, on ferait porter aux fédérations médicales l’odieux d’avoir à gérer plus de nouveaux facturants. »

En entrevue avec La Presse, la ministre McCann a dévoilé hier que Québec accorderait 50 millions par année pour inciter les médecins de famille à prendre en charge plus de patients. À terme, le gouvernement Legault souhaite revoir leur mode de rémunération pour la fixer en fonction du nombre de patients dont ils ont la charge.

Des primes qui passent mal

Les partis de l’opposition ont unanimement dénoncé les nouvelles primes que toucheront les médecins de famille pour les inciter à prendre plus de patients. Le Parti libéral, le Parti québécois et Québec solidaire ont tour à tour dénoncé l’approche du gouvernement. Le député libéral André Fortin a rappelé que la Fédération des médecins omnipraticiens s’était engagée à ce que 85 % des Québécois aient un médecin de famille, en contrepartie d’une meilleure rémunération. Or, le taux a depuis stagné à près de 80 %. « Dans quel monde le gouvernement [vit-il], sachant que la FMOQ n’a pas rempli l’engagement qu’elle avait [pris] ? a ironisé M. Fortin. On dit maintenant : non seulement vous aurez les sommes auxquelles vous avez droit, mais on va vous en donner davantage. » François Legault a assuré que sa réforme n’entraînerait pas une hausse de l’enveloppe de rémunération des médecins.

— Hugo Pilon-Larose et Martin Croteau, La Presse