Un essai clinique durant lequel des femmes enceintes recevaient du Viagra pour favoriser la croissance de foetus trop petits a été interrompu aux Pays-Bas après la mort de 11 bébés. Des bébés montréalais font l'objet d'essais avec du Viagra. Nos explications.

Mathieu Perreault LA PRESSE

Drame aux Pays-Bas

L'étude clinique aux Pays-Bas avait commencé en 2015 et avait recruté les deux tiers de ses participants. Plus de 90 femmes avaient reçu du Viagra parce que leur bébé se trouvait à la fin du troisième trimestre de grossesse et qu'il n'était qu'au 10e centile de taille. Le problème, c'est que 17 des bébés ont eu des problèmes pulmonaires et que 11 en sont morts. Les chercheurs du Centre médical de l'Université d'Amsterdam ont indiqué aux médias néerlandais que le Viagra pouvait augmenter la pression sanguine dans les poumons et que seulement trois des 90 bébés du groupe témoin, qui recevaient un placebo, ont eu des problèmes pulmonaires. Une dizaine d'autres bébés sont morts dans chaque groupe des effets de la trop faible croissance. L'essai clinique devait durer jusqu'en 2020 et porter sur 175 femmes dans chacun des deux groupes. Les chances de survie des bébés nés après ce type de complications in utero [croissance déficiente] «est faible et il n'y a pas d'autre traitement», ce qui justifiait cette étude, affirme Amsterdam UMC.

L'étude de Vancouver

Les chercheurs néerlandais ont averti des homologues de l'Université de Colombie-Britannique (UBC) qui font une étude similaire. Ces derniers ont suspendu leur essai clinique, pour lequel 21 patientes ont reçu un traitement au Viagra depuis le début de 2017. « Les nouvelles des Pays-Bas m'inquiètent beaucoup, ainsi que mon équipe et les nombreux partenaires de recherche internationaux impliqués dans notre étude », a indiqué par voie de communiqué Ken Lim, responsable de l'essai clinique à la UBC. « J'ai immédiatement averti le comité indépendant de suivi de la sécurité et des données de notre essai ainsi que le comité d'éthique de l'Université de Colombie-Britannique. Conformément aux recommandations de membres du comité de suivi, nous avons suspendu l'essai clinique et le recrutement de patientes. Nous avons contacté la seule Canadienne en traitement et lui avons recommandé de cesser de prendre le médicament ou le placebo. Nous allons contacter les 20 Canadiennes qui ont déjà participé à l'essai. Nous n'avons relevé aucune augmentation des problèmes de santé chez nos participantes canadiennes ou leur enfant. »

L'autre étude montréalaise

Une autre étude périnatale sur le Viagra est menée à l'Hôpital de Montréal pour enfants, mais n'a pas été interrompue. « Notre projet de recherche est très différent, car le sildénafil [Viagra] est donné seulement après la naissance, pour une brève période de temps, à des bébés ayant des dommages graves au cerveau, explique par courriel la chercheuse Pia Wintermark. Notre projet continue parce que nous n'avons vu aucun décès potentiel ou d'autres complications reliées au médicament. » L'essai clinique du Dr Lim est « vraiment différent », selon la Dr Wintermark.

Des résultats décevants

En décembre dernier, des chercheurs de l'Université de Liverpool ont publié dans la revue The Lancet une étude montrant que le traitement au Viagra n'avait pas amélioré la santé des bébés souffrant de restriction de croissance intra-utérine, après l'analyse des dossiers de 135 mères, dont la moitié avaient pris du Viagra pendant la grossesse. Toutefois, aucun risque accru n'avait été relevé. D'autres essais cliniques en Australie et en Nouvelle-Zélande ont eu aussi eu des résultats décevants. Les doses utilisées dans ces essais cliniques sont généralement moitié moins fortes que pour les hommes utilisant le Viagra pour améliorer leur érection.