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Moisissures: cordonniers mal chaussés à la santé publique

Des prélèvements d'air et de matériaux effectués les... (Photo: Olivier Pontbriand, La Presse)

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Des prélèvements d'air et de matériaux effectués les 17 et 23 janvier confirment l'évidence: une partie des locaux de l'aile F du pavillon Lafontaine est contaminée par des champignons, qui se retrouvent par ailleurs dans la ventilation.

Photo: Olivier Pontbriand, La Presse

Rhumes et maladies inflammatoires chroniques, conjonctivites, infections répétées des voies respiratoires, fatigue persistante. Depuis des années, des dizaines d'employés de la Direction de la santé publique (DSP), qui travaillaient dans deux ailes du pavillon Lafontaine, présentaient tous les symptômes d'une exposition importante aux moisissures, sans en avoir la preuve.

Pour la première fois, le 25 mars dernier, elle leur a été fournie. Par leur employeur, la DSP, qui est en même temps le chien de garde de la santé au travail.

Trois rapports faisant le point sur l'état de leur édifice et de la santé du personnel ont été présentés par leur employeur lors d'une réunion extraordinaire. La Presse les a obtenus. La conclusion est sans équivoque: les infiltrations d'eau à répétition dans deux ailes du 1301, rue Sherbrooke Est ont engendré de la contamination par les champignons. «Ceux-ci sont responsables de problèmes de santé affectant une proportion importante du personnel depuis quelques années», peut-on lire.

Ventres-de-boeuf révélateurs

C'est une infiltration d'eau dans le toit de l'aile F, le 12 janvier dernier, qui a révélé la présence de moisissures et provoqué un branle-bas de combat. Une vingtaine d'employés de cette aile ont été relogés, et on a procédé depuis à de nombreuses analyses de l'état de l'édifice, de la ventilation à la maçonnerie extérieure. On a également fait remplir un questionnaire sur leur état de santé à 39 employés. Deux rapports de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) ont par ailleurs été rédigés, demandant notamment des correctifs et des analyses plus poussées, comme l'a rapporté La Presse le 24 mars dernier.

Le lendemain, la DSP a présenté à ses employés le résultat des premières analyses. Le mauvais état du pavillon Lafontaine, qui date des années 50 et a été racheté par la Ville de Montréal en 1989, est avéré par de nombreuses failles dans la maçonnerie. On retrouve des taches d'humidité, de la brique éclatée, des fissures sur les murs et des renflements de la brique - des «ventres-de-boeuf» - qui révèlent des infiltrations d'eau passées.

À l'intérieur, on détecte de nombreuses anomalies thermiques et des tuiles décolorées à cause de l'excès d'humidité. Des prélèvements d'air et de matériaux effectués les 17 et 23 janvier confirment l'évidence: une partie des locaux est contaminée par des champignons, qui se retrouvent par ailleurs dans la ventilation.

Rhinites et absences

Mais c'est surtout le questionnaire rempli par les employés qui se révèle instructif; 39 employés ont accepté de le remplir, sur les 52 que comptent les trois ailes faisant l'objet d'une enquête. Parmi les 15 employés de l'aile F, tous affirment avoir «un ou plusieurs problèmes de santé» pouvant être liés à leur travail. Dans les ailes E et D, ce taux est de 29%.

Les symptômes rapportés par les employés concernaient surtout des rhumes (rhinosinusites ou rhinites) chroniques, dans 49% des cas; 21% ont signalé des infections répétées des voies respiratoires et des infections oculaires; 15% ont indiqué souffrir d'une «atteinte de l'état général, fatigue persistante».

Chez les 15 employés de l'aile F, 13 avaient consulté un médecin pour ces symptômes dans la dernière année. Ces employés ont déclaré 63 jours d'absence dans les 12 derniers mois.

Fait à noter, les 15 employés de l'aile F ont été relogés depuis l'infiltration d'eau du 12 janvier dernier. Neuf de ces employés ont vu leurs problèmes de santé disparaître ou leur état s'améliorer.

Le directeur de la DSP, Richard Massé, est catégorique: jamais aucun de ses employés n'a lié ses problèmes de santé à son milieu de travail. «D'aucune façon, ils n'en avaient parlé à leur médecin ou à nous. A posteriori, c'est toujours facile de dire que c'était évident qu'il y avait un problème d'air. Mais c'est souvent difficile à diagnostiquer, même pour nous.»

Il rappelle que les employés de l'aile F, essentiellement, souffraient de «problèmes courants» comme de l'irritation des yeux ou de la gorge. «Ces troubles peuvent venir et repartir, ça peut être des problèmes saisonniers.» Il se dit optimiste quant au fait que le reste du bâtiment est nettement plus sain que l'aile F. «Les employés qui ont été relocalisés vont mieux, c'est un signe positif. On va investiguer l'ensemble du bâtiment pour nous en assurer.»




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