Le processus d'évaluation des personnes handicapées est si controversé au Québec qu'un regroupement de ressources intermédiaires qui hébergent cette clientèle songe à poursuivre le gouvernement. Le cas de la Maison Val-des-Bois, prévient le groupe, risque de se reproduire ailleurs.

Gabrielle Duchaine LA PRESSE

«[La grille] d'évaluation laisse énormément de place à l'interprétation. Depuis qu'elle est utilisée, beaucoup d'usagers sont cotés à la baisse et les ressources intermédiaires où ils vivent risquent de perdre du financement», rage Bruce Schneider, qui accueille chez lui trois personnes déficientes intellectuellement et représente un groupe de 150 maisons d'hébergement du même type.

Au coeur de la tourmente: l'Instrument de détermination et de classification des services de soutien et d'assistance, celui-là même que le CRDI de Laval a utilisé pour évaluer les résidants de la Maison Val-des-Bois. Instauré en 2011 par le ministère de la Santé afin «d'harmoniser les ressources», il sert à mesurer l'intensité des services qui sont nécessaires à chaque résidant.

Et il est loin de faire l'unanimité. En fait, il est si controversé que même la Fédération québécoise des centres de réadaptation en déficience intellectuelle, dont tous les membres s'en servent, préfère ne pas entrer dans le débat, nous dirigeant plutôt vers le ministère de la Santé. «C'est un dossier très complexe», explique la porte-parole.

D'abord, l'instrument donne souvent des résultats complètement différents de ceux obtenus par la grille d'évaluation qui était utilisée avant 2011 et par des évaluations effectuées par des firmes privées, comme a commandé la Maison Val-des-Bois. Mais en plus, il arrive qu'il donne des résultats différents pour un même patient selon les années et la personne qui fait l'évaluation.

«Il y a des ressources dont des pensionnaires ont reçu des cotes très différentes en 2011 et en 2012 avec la même grille, illustre M. Schneider. Avec ça, on ne fait pas de différence entre changer une couche une fois par jour et changer une couche 10 fois et se lever la nuit pour nettoyer les draps.»

Le hic, c'est que c'est à partir de ces résultats jugés peu fiables par plusieurs qu'est déterminé le financement qu'obtiennent les ressources pour chaque patient. «Il y en a qui pourraient perdre 150 000$ par année. D'autres, 60 000$" Et celle de Bruce Schneider? Environ 16 000$ pour trois résidants.

«Des résidences n'auront d'autre choix que de couper des employés, dit-il. Alors c'est nous [les propriétaires] qui devrons combler les trous. On est surchargés, moins motivés et les clients ressentent les contrecoups.»

Pour l'instant, le gouvernement n'a pas retiré le financement aux ressources qui étaient en affaires avant 2011, même si le nouvel instrument a revu leur budget à la baisse. Mais les choses risquent de changer à la fin 2015. D'ici là, les 150 ressources intermédiaires que représente M. Schneider songent de plus en plus sérieusement à poursuivre Québec pour les pertes appréhendées. «On attend des avis juridiques. On travaille avec deux firmes d'avocats.»

Le ministère de la Santé n'a pas été en mesure de répondre à nos questions.