L'ex-patron des services d'aide psychologique de l'Université McGill a entretenu pendant des années une relation «inacceptable» avec une patiente, une jeune étudiante «extrêmement vulnérable» sur le plan de la santé mentale.

Mis à jour le 21 déc. 2012
Philippe Teisceira-Lessard LA PRESSE

Norman Hoffman, lui-même psychiatre, a reconnu sa culpabilité devant le conseil de discipline de l'Ordre des médecins. Il ne pourra plus pratiquer la médecine pendant quatre mois.

Entre 2001 et 2005, il a fait preuve d'«une proximité physique inappropriée» et d'«activités récréatives et intimes hors du cabinet de consultation» avec une jeune patiente déprimée. Il aurait «encouragé le discours explicitement amoureux de sa patiente» dans le cadre d'une relation «oscillant entre la relation père-fille ou une relation intime».

Il aurait aussi tenu «un discours non ambigu et explicitement amoureux».

Aucun contact sexuel n'a toutefois eu lieu entre le psychiatre et sa patiente.

Le Code de déontologie des médecins interdit formellement tout rapprochement entre un professionnel de la santé et ses patients, d'autant plus lorsqu'ils sont fragiles sur le plan psychologique. Norman Hoffman avait diagnostiqué un trouble narcissique sévère et un trouble de la personnalité limite (borderline) à sa patiente.

Patiente marquée

M. Hoffman et la jeune femme, qui étudiait la médecine à McGill, se sont notamment vus au domicile de l'étudiante, en plus de faire des sorties au Jardin botanique.

Ils auraient aussi échangé une série de courriels qualifiée d'«ahurissante et troublante» par l'expert de l'Ordre des médecins.

«La nature de la relation qui a perduré entre l'intimé et sa patiente a pu s'avérer beaucoup plus néfaste qu'une relation sexuelle ponctuelle», notamment en raison de son «caractère particulier» et de son «intensité», a affirmé le syndic de l'Ordre des médecins par la voix de son avocate.

Dans sa plainte, la jeune femme a d'ailleurs dénoncé «la souffrance et la honte» que lui aurait laissées sa relation avec son médecin.

«Je ne sais pas s'il pense encore à moi ou s'il a trouvé une autre jeune femme vulnérable pour me remplacer et fuir sa vie, mais il continue à empiéter sur la mienne», a-t-elle aussi écrit.

Emploi perdu

L'histoire a aussi eu des impacts sur la vie de M. Hoffman, dont le dossier était vierge jusqu'à ces événements. Il a dû quitter son poste de directeur de la Clinique de santé mentale de l'Université McGill, après y avoir travaillé 20 ans.

Sur son site internet, le service gratuit se vante d'offrir «une attention individualisée à chaque étudiant, basée sur de solides principes médicaux».

M. Hoffman pratique maintenant dans sa propre clinique du centre-ville de Montréal. M. Hoffman est psychiatre depuis 1983. Sa radiation de quatre mois prenait en considération les besoins de ses patients actuels.

L'identité de la patiente est protégée par le conseil de discipline.