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Olivia Tapiero

Olivia Tapiero... (Photo: François Roy, La Presse)

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Olivia Tapiero

Photo: François Roy, La Presse

 

Anne Richer
La Presse

Jeune étudiante en littérature, Olivia Tapiero a fait une entrée remarquée en 2009 dans le monde des lettres québécoises en remportant, à 20 ans, le prix Robert-Cliche du premier roman pour son oeuvre intitulée Les murs. Passionnée de mots et de philosophie, son talent et sa créativité indéniables font d'elle une écrivaine et une jeune femme à suivre.

Olivia Tapiero étudie la littérature à l'université. Elle est peut-être assise loin derrière dans le grand amphithéâtre, parmi de nombreux autres étudiants, à écouter le professeur parler de l'un des aspects de la création. Elle est une parmi d'autres. Et soudain, parce qu'elle a travaillé dans le silence de sa maison, par nécessité, par amour, à décrire une partie de la vie d'un être humain, elle est projetée en pleine lumière. Elle a obtenu le prix Robert-Cliche 2009 du premier roman. Son livre, Les murs, est publié chez VLB éditeur. Le jury était présidé cette année par Louise Portal.

À cette romancière d'à peine 20 ans, La Presse et Radio-Canada décernent le titre de Personnalité de la semaine.

Où il est question de suicide

«Je voulais écrire un malaise par rapport aux liens entre les humains», dit-elle d'entrée de jeu. Alors l'auteure choisit de faire fuir son personnage dans une tentative de suicide qui la mène à l'hôpital. Ou plutôt d'un hôpital à l'autre. Ou plutôt d'un humain à un autre, qui tous, à divers degrés, ont l'intention de l'aider. Et qu'elle repousse. Le mal-être dont elle souffre, propre à bien des humains, tient en partie selon Olivia à l'absence de repères dans notre société qui touche autant les plus âgés que les jeunes. «Il faut faire un retour aux bases des conditions d'existence.»

Son personnage souffre. Elle est marginale. Mais selon Olivia, qui n'est pas d'accord avec elle, «il y a une grande part de manipulation, de mauvaise foi». Elle ne mange pas, elle se mutile, elle envoie paître tous ceux qui veulent l'aider; elle ne veut pas être une femme, elle ne veut rien. «Il faut avoir de la compassion pour les autres, mais d'abord pour soi-même. Et accepter cette part de noirceur qui est en chacun de nous.»

Olivia Tapiero affirme qu'il n'y a rien d'elle dans ce livre. Que le sujet lui est venu par intuition, peaufiné par d'intenses recherches, et qu'une fois installée dans la bulle de l'écriture, elle n'a pu, comme son personnage, s'enfuir.

Une deuxième peau

Le contenu de son livre est captivant, le rythme se maintient du début à la fin. «La littérature, c'est ma vie, dit-elle, catégorique. J'aime aussi la philosophie.» Elle voit son livre publié comme un enfant qui vole désormais de ses propres ailes. Mais en le portant, elle a hurlé plusieurs fois. «Le doute est un puissant moteur. Ou il peut être un frein, vous déstabiliser totalement. C'est souffrant...»

Pendant l'écriture, elle a besoin de silence, de calme. Peut-être juste un peu de musique sans paroles, en arrière-plan. La musique est son refuge qui adoucit les tensions. Elle joue de l'accordéon, de la guitare, mais son instrument de prédilection est le piano, depuis longtemps. Depuis aussi longtemps qu'elle écrit.

Elle est née le 11 mars 1990. «À 5 ans, je voulais devenir vétérinaire. À 6 ans, je voulais être écrivaine.» Cela s'est passé dès la découverte des mots. «C'est mon moyen d'être dans le monde, comme une deuxième peau.»

Née à Montréal, son nom est d'origine italienne. «Mais c'est beaucoup plus compliqué que ça», affirme-t-elle, renonçant à entrer dans les détails. Ses parents sont tous les deux médecins. Elle a une jeune soeur: «Elle est tout le contraire de moi, dit-elle en riant. Elle est sportive et... elle aime les mathématiques.»

Olivia sait que beaucoup de personnes s'interrogent sur la pertinence d'étudier en lettres. Elle répond qu'elle aimerait enseigner un jour, si vivre de sa plume est difficile au Québec. «Avec l'enseignement on peut partager, faire aimer ce que l'on aime.» Elle a déjà des idées sur la manière de réformer la façon actuelle d'enseigner la littérature.

Elle a besoin du monde. Les gens la fascinent, elle les écoute, les observe. Et ne reste jamais indifférente à leurs propos. Du reste, elle est tout sauf indifférente. «Ce qui est propre à tous les humains c'est qu'on est seul.» Faut-il aller vers les gens pour rompre ce silence, ou faut-il, comme son personnage, accepter et vouloir vivre seul?

Maintenant Les murs devenu livre-objet, elle se lance dans une nouvelle aventure de création, qui n'est pas encore à raconter. «Il faut laisser le livre là où il veut aller.»

La publication de son manuscrit a été une joie immense. «J'ai quand même voulu garder les pieds sur terre!»

Elle conclut: «Faire ce que l'on aime et être accepté dans le monde, c'est rare, c'est un privilège. Je suis chanceuse. Je suis surtout reconnaissante.»

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