(Québec) Le bruit incessant des klaxons a résonné au cœur du centre-ville de Québec, samedi, moment culminant du convoi contre les mesures sanitaires. Les poids lourds en bordure de la voie ne bougeront pas de la nuit tandis que des milliers de manifestants à pied ont occupé le boulevard René-Lévesque sur près d’un kilomètre pendant de longues heures.

Mis à jour le 5 février
Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse
Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

Des poids lourds formant une grande file étaient toujours immobilisés le long du boulevard René-Lévesque, après que la nuit était tombée sur la capitale. « Je reste ici tant et aussi longtemps que ça sera pas réglé. On bouge pas d’icitte », lance Charles Paquet, bien au chaud dans la cabine de son camion.

Un peu avant 22 h, le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) a confirmé que la présence du convoi à cet endroit serait tolérée pour la nuit. Cependant, les policiers n’hésiteront pas à sévir en cas d’infraction, a-t-on indiqué par voie de communiqué. Une seule camionnette, dont le conducteur refusait de céder une voie de circulation, a été remorquée en fin de soirée.

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Charles Paquet

Comme des milliers d’autres manifestants, Charles Paquet en a assez des mesures sanitaires. Il explique que les derniers mois ont été particulièrement pénibles pour les camionneurs. « Ça fait deux ans qu’on se fait couper nos conditions de travail. On a de la misère à avoir un café, de la misère à aller prendre nos douches. Je pars à la semaine et je couche dans le camion », a-t-il relaté à La Presse, tandis que la foule se dispersait peu à peu sur le coup de 19 h. Quant à lui, il ne reprendra la route que dimanche.

Le bruit incessant des klaxons a résonné au cœur du centre-ville de Québec samedi. Quelques camions étaient déjà arrivés jeudi et vendredi. Mais samedi, ils ont commencé à arriver en grand nombre de la Beauce, de l’est du Québec ou encore de la Montérégie.

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La police de Québec a même dû publier un message sur les réseaux sociaux pour demander aux résidants du secteur d’arrêter de composer le 911 pour se plaindre du bruit.

En début d’après-midi, les forces policières permettaient seulement aux camions de s’arrêter sur le boulevard René-Lévesque. La circulation avait été restreinte dans cette artère névralgique du centre-ville, de façon à autoriser leur présence tout en maintenant une voie d’accès. Mais les policiers ont été forcés d’élargir le périmètre alors que des milliers de piétons ont occupé le boulevard sur près d’un kilomètre.

PHOTO YVES TREMBLAY, LES YEUX DU CIEL, COLLABORATION SPÉCIALE

Manifestants massés devant le parlement et le long du boulevard René-Lévesque, samedi

Les manifestants, dont des familles, ont marché dans le calme. « Non à la ségrégation » ou encore « 90 % vaccinés, 110 % écœurés », pouvait-on lire sur les pancartes des manifestants. Des messages comme « Donnez de l’air à nos jeunes » ou « Pour la reprise des sports » étaient aussi affichés. En début de soirée, même si la foule avait un peu changé d’allure, la manifestation se déroulait de façon pacifique.

« Les gens le font bien, pacifiquement, il y a des familles, des enfants. Tant que ça se déroule comme ça, il n’y a aucun problème », a affirmé le maire de Québec, Bruno Marchand, en marge du Carnaval. Il a d’ailleurs assuré que ce serait aux policiers de décider quand les poids lourds devraient dégager la voie.

« Présentement, ils sont là pour la manifestation. Après ils vont devoir circuler. La tactique policière va se mettre en œuvre », a expliqué M. Marchand, samedi.

La police va décider quand ils vont partir. Ce n’est pas possible de vivre ce qu’Ottawa vit présentement.

Bruno Marchand, maire de Québec

Devant l’affluence des manifestants à pied qui était moindre vers 21 h, le SPVQ a pris la décision de rouvrir la circulation routière sur les deux axes qui avaient été fermés dans la journée. Un total de 11 constats d’infraction en vertu de la réglementation municipale sur la paix et le bon ordre ont été donnés samedi ainsi que 10 constats en vertu du Code de la sécurité routière, selon le dernier bilan.

« C’est pas vrai que vous êtes la minorité ! »

L’un des coorganisateurs du « convoi de la liberté », Bernard Gauthier, s’est adressé à la foule massée devant l’hôtel du Parlement un peu après midi. « J’aimerais saluer la pseudominorité. On rencontre plein de gens avec des enfants. Je vois de la détresse dans vos yeux. C’est pas vrai que vous êtes la minorité », a martelé le syndicaliste de la Côte-Nord que l’on surnomme « Rambo ».

« Par-dessus tout, j’aimerais ne pas remercier les centrales syndicales de nous avoir abandonnés », s’est moqué Bernard Gauthier, en référence au refus de la FTQ-Construction de financer le convoi.

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Le convoi a attiré des manifestants de tous les horizons, dont des familles. « Je suis venu dénoncer les gens qui humilient, qui méprisent et stigmatisent les non-vaccinés sur la place publique. On parle d’êtres humains, de Québécois à part entière », a dénoncé Bruno Cossette, rencontré à l’ombre du parlement.

Cet ancien combattant en Afghanistan, doublement vacciné, est venu de la Mauricie pour demander la levée de l’urgence sanitaire au Québec. « C’est un cri du cœur. Je demande la fin de l’état d’urgence sanitaire et qu’on restaure la démocratie dans ce building-là, a-t-il expliqué à La Presse. La liberté d’expression au Québec depuis 18 mois, c’est une autoroute de dix voies qui ne va que dans un sens. »

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Bruno Cossette est venu de la Mauricie pour manifester.

Claude Pomerleau, de la Beauce, brandissait une pancarte aux couleurs du Parti conservateur du Québec d’Éric Duhaime. « J’ai 56 ans, j’ai voté deux fois dans ma vie. J’ai tout le temps annulé mes votes. La dernière fois, j’ai voté pour la CAQ, mais là je suis un « cacu », comme on pourrait dire », a lancé l’homme, qui se décrit comme un cocu de l’urne.

La Presse a aussi croisé la route d’un militant de Québec solidaire, Nicolas Pinet, qui soutient que la formation politique refuse d’écouter ce que ces manifestants ont à dire. « Ils ne veulent pas en parler, c’est tabou. Moi, je veux qu’il y ait un débat. J’ai demandé dans mon comité de coordination de recueillir les témoignages des gens. On le sait qu’on est une minorité, mais ils ne veulent pas », a-t-il argué.

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Manifestation des camionneurs à Québec le 5 février 2022. Sur cette photo : Nicolas Pinet

Ce résidant d’Hochelaga-Maisonneuve promet de « déchirer sa carte » de membre s’il estime que l’absence de débat persiste. « Je veux que [les gens] qui veulent parler, qu’on les écoute et qu’on arrête de dire que c’est des malades », a ajouté M. Pinet, qui tenait une pancarte demandant la levée du passeport vaccinal.

  • Camions stationnés le long du boulevard René-Lévesque

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    Camions stationnés le long du boulevard René-Lévesque

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Des contre-manifestants au rendez-vous

Une poignée de contre-manifestants s’étaient donné rendez-vous. « Un klaxon pour la vaccination », criaient-ils. « Oui, c’est possible d’être fâchés, d’être tannés, mais c’est irréaliste de penser qu’on peut mettre fin aux mesures sanitaires tout de suite. C’est complètement farfelu. Ces revendications n’ont aucun sens », estime Jean-Sébastien Ménard, qui était sur place avec quatre autres contre-manifestants.

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Jean-Sébastien Ménard

« Ça fait deux ans que la population du Québec est solidaire, qu’on se bat contre un virus. On est solidaires des camionneurs qui travaillent et qui permettent de garder une vie confortable. On est solidaires du personnel du milieu hospitalier qui en arrache. Ce sont eux qui sont au front », a ajouté celui qui a créé la page Facebook « Observatoire des délires conspirationnistes du Québec ».

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