(Québec) De nouvelles données démographiques démontrent que plusieurs régions du Québec ont été plus attirantes que jamais dans la dernière année. La pandémie ne serait pas étrangère au phénomène.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

« Pour beaucoup, la pandémie et le télétravail, ç’a été le coup de pouce qu’il fallait pour déménager aux Îles », se réjouit au bout du fil le maire des Îles-de-la-Madeleine, Jonathan Lapierre.

La dernière année a vu le bilan migratoire interrégional des régions s’améliorer aux dépens de Québec, de Gatineau, de Laval, de Longueuil et surtout de Montréal, indiquent des données de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) publiées jeudi.

« C’est une tendance qui semblait s’installer depuis quelques années dans ces régions-là. Mais c’est vrai que la tendance a été amplifiée » depuis la pandémie, explique la démographe Martine St-Amour, de l’ISQ.

La principale perdante de ces échanges est Montréal, alors que les principaux gagnants sont les Laurentides et Lanaudière.

Mais des régions plus éloignées ont aussi connu une année faste du point de vue démographique. Les statistiques qui couvrent juillet 2019 à juillet 2020 concordent avec les premiers mois de la pandémie.

La Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine et le Bas-Saint-Laurent ont tous deux beaucoup embelli leur solde migratoire interne l’année dernière. En quelques mots, beaucoup plus de Québécois ont choisi d’emménager dans ces régions que de les quitter pour aller vivre ailleurs dans la province.

Cette statistique ne tient pas compte des naissances et des décès ni des migrations internationale ou interprovinciale.

La Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine a ainsi attiré 681 personnes de plus qu’elle n’en a perdu l’année dernière. Il s’agit du meilleur résultat depuis la compilation des données par l’ISQ en 2001, notait avec fierté jeudi l’organisme Vivre en Gaspésie.

À titre de comparaison, la région avait affiché un solde interrégional positif de 131 personnes en 2018-2019 et elle perdait encore des habitants au profit d’autres régions en 2015-2016.

Nous aurions difficilement pu imaginer un meilleur scénario pour une région qui perdait, il y a à peine 20 ans, environ 1200 habitants par année au profit des autres régions.

Danik O’Connor, coordonnateur de Vivre en Gaspésie

Le maire Jonathan Lapierre avait raison de se réjouir : les Îles-de-la-Madeleine ont attiré l’année dernière 164 habitants de plus qu’elles n’en ont perdu au profit d’autres régions.

Le Bas-Saint-Laurent a quant à lui affiché un solde migratoire positif de 719 personnes. Il s’agit d’une augmentation saisissante. Son bilan était de + 125 en 2018-2019 et il perdait encore des résidants il y a à peine deux ans.

Le Saguenay–Lac-Saint-Jean n’échappe pas à la tendance (+ 354). Il affichait encore un bilan négatif l’année dernière (- 43).

La Côte-Nord a toujours un bilan interrégional négatif (- 214), mais il est bien moins important qu’un an plus tôt (- 619). La même situation s’est produite en Abitibi-Témiscamingue avec - 320 l’année dernière, contre - 518 un an plus tôt.

Une tendance amplifiée

Les experts contactés par La Presse parlent d’une tendance favorable aux régions qui existe depuis quelques années déjà. La pandémie semble cependant avoir amplifié le phénomène.

C’est la confirmation d’une tendance qui apparaît de plus en plus irréversible. La pandémie vient confirmer et accélérer ce mouvement-là.

Bernard Vachon, professeur retraité au département de géographie de l’UQAM

Le géographe est à même de constater le phénomène. Il habite dans un village « sur les hauteurs de Trois-Pistoles », dans le Bas-Saint-Laurent.

« Il y a des problèmes de garderies dans certains villages, où on assiste à un afflux de familles avec des bébés, dit-il. Pour moi qui m’intéresse depuis 40 ans au développement régional, ce sont des conditions tout à fait nouvelles. »

La démographe Martine St-Amour note que l’impact de la pandémie dans cet engouement pour les régions est difficile à mesurer.

« Il va être intéressant de voir comment ces chiffres-là progressent l’année prochaine. On peut émettre certaines hypothèses, mais il va falloir regarder l’évolution », dit-elle.

La pandémie ne fait qu’amplifier « l’attractivité retrouvée des régions », estime quant à lui Bernard Vachon, qui cite par exemple la popularité du télétravail. « Et la ville attire moins qu’avant, croit-il. Les métropoles comme Montréal ne sont plus nécessairement vues comme le Graal pour les jeunes ou les entrepreneurs. »