(Québec) Les petits gains qu’ont faits cet été les piétons de Québec ne vont pas disparaître. Pandémie ou pas, Régis Labeaume entend poursuivre l’expérience des rues piétonnes et des rues partagées, avec la bénédiction de plusieurs associations de commerçants.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

« Les terrasses, tout le monde a apprécié. La nouvelle liberté sur les rues piétonnes, moi, j’ai adoré », a lancé cette semaine le maire de Québec.

De son logement du quartier Saint-Roch, le maire a été à même de voir comment les choses se sont passées rue Saint-Joseph, l’une des nombreuses artères de la capitale ayant fait l’objet cet été d’une piétonnisation partielle.

Avec Saint-Joseph, il y a aussi eu l’avenue Cartier dans Montcalm, la rue Saint-Vallier dans Saint-Sauveur, la rue Saint-Jean dans le Vieux-Québec et dans Saint-Jean-Baptiste…

Les tables étaient dans la rue. Les gens adoraient aller bouffer le soir avec la musique. Cette liberté-là, je veux qu’elle revienne. Les commerçants me l’ont tous dit : ils ont fait plus de revenus à cause de ça.

Régis Labeaume, maire de Québec

La piétonnisation partielle de ces artères — certaines l’étaient à longueur de semaine, d’autres le samedi et le dimanche — faisait partie d’une série de mesures mises en place par la Ville pour donner de l’espace aux piétons et respecter la distanciation.

Plus de souplesse

Une vingtaine d’autres rues ont été déclarées « partagées ». Elles ont été choisies par la Ville parmi 300 suggestions des citoyens. Il s’agit de rues où la limite de vitesse est de 20 km/h et où piétons et cyclistes peuvent circuler au milieu de la chaussée.

Québec a aussi assoupli ses règlements pour permettre la consommation d’alcool dans les parcs à condition de manger un repas, comme cela est permis à Montréal depuis des années.

Tout comme les rues piétonnes, ces deux mesures sont appelées à survivre à la pandémie.

PHOTO PATRICE LAROCHE, ARCHIVES LE SOLEIL

Régis Labeaume, maire de Québec

« Les rues piétonnes, les rues partagées, les parcs, ça va rester. Les gens ont adoré, je pense. Ça va rester. On est plus souples. Ça nous fait du bien à Québec d’être moins parfaits, on mesurait tout. Faut relaxer un peu », a dit Régis Labeaume.

Des commerçants lèvent la main

Comment la Ville a-t-elle choisi quelles rues seraient piétonnes ? Elle a laissé aux commerçants le soin de le décider. Les sociétés de développement commercial (SDC) devaient en faire la demande. Elles ont pour la plupart sondé leurs membres.

« J’ai l’impression que la plupart des artères vont demander le retour de l’expérience », indique Martin Parrot, président de la SDC Saint-Sauveur.

M. Parrot, copropriétaire de la microbrasserie Griendel, a pu profiter de la piétonnisation de la rue Saint-Vallier pour installer une terrasse. « Ç’a beaucoup aidé », dit-il, rappelant que la capacité de sa salle a été amputée par les règles de distanciation.

La SDC Saint-Sauveur a entamé une consultation de ses membres pour savoir s’ils souhaitent revivre l’expérience l’année prochaine. « Il y a différents types de commerces, certains bénéficient des rues piétonnes, d’autres moins », dit-il.

Les restaurants et les bars y sont généralement plus favorables. Les commerçants qui vendent des articles volumineux sont parfois plus réticents, tout comme ceux dont la clientèle habite des quartiers éloignés.

« Mais si je te parle en tant que commerçant, en tant que propriétaire du Griendel, il faut qu’on refasse ça l’année prochaine. Il y a trop de gens qui en ont profité. Et les gens du quartier ont tripé », croit Martin Parrot.

Jacques-André Pérusse, directeur de la SDC Vieux-Québec, dresse aussi un bilan positif de l’expérience.

C’est très positif comme expérience et tout le monde veut que ça reste, c’est sûr.

Jacques-André Pérusse, directeur de la SDC Vieux-Québec

Sur Cartier, dans Montcalm, la SDC est plus prudente. « Je dresserais un bilan semi-positif. Ce ne sont pas tous les commerçants du secteur qui en ont bénéficié, note Jean-Pierre Bédard, directeur de la SDC Montcalm. Il serait prématuré de se prononcer pour l’an prochain, j’ai l’intention de sonder les membres dans les prochains jours. »

Dans la rue Maguire, un peu plus excentrée, les commerçants ont fait l’essai de la piétonnisation pendant trois fins de semaine. Puis ils ont décidé de faire marche arrière.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Rue Maguire, à Québec

« Nos essais avec la piétonnisation n’ont pas attiré plus de clients. Dans le contexte du déconfinement, alors que les commerces avaient eu des mois difficiles, ça nous semblait un risque trop cher payé », note Bruno Salvail, directeur général de la SDC Maguire.

Il salue au passage la méthode utilisée par la Ville. « C’est très bien que ça n’ait pas été une décision unilatérale de l’hôtel de ville, qu’on nous ait permis de consulter nos membres », dit-il.

La note de passage

L’organisme Accès transports viables, qui défend notamment les piétons, tire un bilan dans l’ensemble positif des expériences de l’été.

« Les rues piétonnes, les rues partagées, ç’a créé des milieux apaisés où c’était plus agréable et sécuritaire de marcher, note Étienne Grandmont, directeur général de l’organisme. On pourrait donner une bonne note, la note de passage. »

Ces petits gains sont certainement bienvenus pour les piétons de la capitale, dans un contexte où la marche n’est pas toujours facile à Québec.

Beaucoup d’entre eux déplorent de manière récurrente le manque d’aménagements, les trottoirs étroits et mal déneigés, les cycles piétons exclusifs jugés trop courts aux intersections ou encore le manque de civisme de nombreux automobilistes.

M. Grandmont espère maintenant que la Ville créera de meilleurs aménagements dans les rues partagées. « Elles ont été créées rapidement dans l’urgence de la pandémie, dit-il. Mais espérons que dans les prochaines années elles seront mieux indiquées, et aussi qu’il y aura des aménagements pour réduire la vitesse des voitures. »