Le projet d’aérodrome sur des terres agricoles de Saint-Roch-de-l’Achigan n’est pas mort. Le promoteur va de l’avant malgré l’opposition massive des citoyens et le rejet du fédéral.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

« On va retourner voir les gens du Ministère », a confirmé lundi Gilles Lambert, gestionnaire de ce projet piloté par Aérodrome SRA, un organisme sans but lucratif. « On va rencontrer des gens et soumettre des amendements au rapport de consultation. »

Quand ? « Dans quelques semaines », a-t-il précisé.

Une réunion est prévue, le 18 novembre, entre Aérodrome SRA et le conseil municipal de Saint-Roch-de-l’Achigan. Elle sera suivie d’une deuxième, le 20 novembre, avec des membres de la Coalition SRA, composée de citoyens opposés au projet.

Le maire Yves Prud’homme a accepté de rencontrer le promoteur, mais son idée est faite : il ne veut pas d’aérodrome dans son village.

« Ils [les promoteurs] m’ont dit qu’ils répondaient à des lacunes soulevées à l’époque par Marc Garneau [ex-ministre des Transports], explique le maire. Je ne sais pas ce qu’il peut y avoir de nouveau. Quant à nous, on a démontré que ça allait à l’encontre de l’intérêt public. »

Les citoyens de Saint-Roch ont voté de manière écrasante (96 %) contre ce projet au référendum du 11 août.

L’ex-ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, qui avait le dernier mot dans le dossier, l’a aussi rejeté. Le 30 août, il a signé un arrêté interdisant sa construction, en raison d’un manque d’intérêt public et de lacunes dans le processus de consultation.

Une terre payée 1,6 million

Le promoteur Aérodrome SRA a acquis une terre agricole au coût de 1,6 million de dollars, en bordure de l’autoroute 25, sans garantie légale, en prévision de la construction de cet aéroport.

« Si les promoteurs avaient fait les choses différemment, c’est-à-dire s’ils nous avaient informés de leur projet avant de faire l’acquisition des terres, c’est sûr qu’on aurait pris le temps de consulter les gens. Ils auraient vu que ça ne passait pas le test de l’intérêt public », indique le maire Prud’homme, qui invite Aérodrome SRA à cultiver la terre ou à la vendre.

Mais Aérodrome SRA ne l’entend pas ainsi. Le promoteur refuse de vendre la terre et d’enterrer son projet qui consiste à relocaliser les installations de Mascouche fermées en 2016, après 40 ans d’activité. Il veut construire une piste de 995 mètres, 75 hangars et trois écoles de pilotage.

« Ce projet n’est jamais mort, affirme Gilles Lambert. L’arrêté ministériel, tel que présenté, identifie des lacunes dans notre projet. On est retourné à la table à dessin et on a des réponses à donner. »

Aérodrome SRA refuse aussi d’étudier la possibilité de s’implanter sur d’autres sites, que ce soit à Saint-Cuthbert, une petite municipalité située sur la rive nord du fleuve, ou à Saint-Ambroise-de-Kildare, près de Joliette, sous prétexte que c’est trop loin de Montréal et de Laval.

Plan d’action

Serge Marcil est le porte-parole de la coalition mise sur pied l’été dernier pour mobiliser les citoyens contre cet aéroport. « On va se réunir ce soir [lundi] pour dresser un plan de match », fait-il savoir.

En juillet, cinq immenses banderoles installées aux abords de l’autoroute 25 appelaient le premier ministre Justin Trudeau à « respecter la démocratie » et à « se tenir debout » pour bloquer ce projet.

M. Marcil prévient qu’elles risquent de réapparaître sous peu.