(QUÉBEC) Oubliez le « plan B » pour le projet de tramway de la Ville de Québec. Une entente est à portée de main entre le gouvernement Legault, la Ville de Montréal et Ottawa en ce qui concerne le financement du « projet de transport structurant » de 3 milliards.

DENIS LESSARD DENIS LESSARD
La Presse

À Québec, au cabinet de François Legault, au Conseil du trésor, de même qu’au ministère des Transports, on mise sur une annonce en juin sur le financement du projet de Régis Labeaume. Depuis des semaines, les deux ordres de gouvernement se renvoyaient la balle dans ce dossier, pressant pour le gouvernement fédéral, aux prises avec des élections à l’automne.

À Ottawa, au cabinet de Justin Trudeau, de même que chez François-Philippe Champagne, ministre de l’Infrastructure et des Collectivités, on affiche la même assurance. Ce dernier est convaincu de pouvoir « dans les prochaines semaines » déposer le dossier de 1,2 milliard du fédéral au Conseil du Trésor, à Ottawa.

Jusqu’ici, Québec plaidait qu’il manquait 800 millions, attendus d’Ottawa, avant de donner le feu vert au projet. On estime maintenant que l’enveloppe de 5,2 milliards accordée par Ottawa au Québec pour les infrastructures de transports pour la période de 2019-2029 offre assez de souplesse pour compléter le financement fédéral.

Prudent en public, le premier ministre Legault a maintenu l’incertitude hier. « Ce qu’on essaie de faire présentement, c’est de convaincre la Ville de Montréal de nous laisser prendre 1,2 milliard dans le fonds de 5,2 milliards. J’espère, dans les prochaines semaines, qu’on soit capables de trouver une solution. » 

Québec est passablement avancé dans ses discussions avec Montréal ; il doit convaincre la Ville de permettre qu’Ottawa puise 800 millions de plus dans cette entente pour porter à 1,2 milliard la participation fédérale, ce qui était convenu à l’origine. Dans le projet de 3 milliards du tramway, 1,8 milliard vient de Québec et 1,2 milliard d’Ottawa.

« Les choses bougent »

Le gouvernement Trudeau confirme en coulisses que « les choses bougent du côté de Québec ». Le ministre François Bonnardel se prépare à aller de l’avant. La solution envisagée – utiliser des fonds prévus pour Montréal dans un premier temps – fait partie des scénarios proposés par Ottawa. « On sent une volonté de régler, on voit la différence », souligne Me Matthieu Bouchard, du cabinet de M. Trudeau. 

Pendant des semaines, Québec et Ottawa avaient paru se renvoyer la balle concernant le financement du projet. L’absence de solution avait poussé François Legault à parler d’un plan B, projet annoncé en partie en attendant le reste du financement.

L’enveloppe de 5,2 milliards du fédéral avait été encadrée par des normes strictes, l’argent devait être distribué en fonction de l’achalandage des transports en commun. Québec, désavantagé par ce critère, aurait obtenu seulement 800 millions, a expliqué une source proche du projet de la Ville.

À Ottawa, le ministre Champagne rappelle qu’il n’avait pas intérêt à rouvrir les normes de l’entente, sur la base de l’achalandage. Ce critère était demandé par les municipalités, qui voulaient du financement prévisible, souligne-t-il. À ceux qui réclameraient plus de flexibilité, il rappelle que d’autres provinces en profiteraient pour revoir les règles : certaines banlieues à Toronto voient leur population grimper de 10 % par année, elles pourraient vouloir tenir compte de leur clientèle future. 

« Prudence avant de jouer dans la formule. Il y a assez d’argent pour les projets. Si l’on regarde sur l’arc du temps, il y a des projets à différentes phases ; il ne manque pas d’argent si on les met dans la bonne séquence. Pour la ligne bleue [de métro], il y aura plusieurs années avant la réalisation et la mise en service », observe-t-il.

« Ça avance très bien »

Le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, a déjà rencontré la mairesse de Montréal, Valérie Plante. Une autre rencontre est prévue. « Il y a une voie de passage qui nous permet d’utiliser une partie de l’enveloppe du transport en commun, qui nécessite l’approbation de Montréal. Il y a suffisamment d’ouverture pour poursuivre les discussions », résume-t-on. « On avance très bien. Il reste des choses à faire avec le fédéral. Il y a des discussions. On a demandé plus de flexibilité sur l’un des programmes. Je vous dirais, pour le moment, que ça avance très bien », a dit publiquement M. Dubé.

Du point de vue de Québec, la métropole n’a pas suffisamment de projets sur la table pour utiliser rapidement toutes les sommes qui lui sont destinées. L’argent dormirait en attendant le progrès de ses projets. M. Legault a laissé entendre qu’on chercherait des moyens d’indemniser Montréal pour sa souplesse.

Par ailleurs, comme l’indiquait La Presse lundi, l’Assemblée nationale devrait, cette semaine, être saisie d’un projet de loi pour donner des assises juridiques au projet de tramway, comme conférer à la Ville le pouvoir de réserver des terrains et de procéder à des expropriations sur le tracé du futur tramway.