(Québec)  Le maire de Québec a brisé lundi un silence de deux mois, lui qui s’était éloigné de la vie publique pour soigner un cancer. Visiblement ému, Régis Labeaume a annoncé sa guérison et son retour progressif à la vie publique, à un moment charnière pour le projet de tramway qui lui est cher.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

« J’ai été opéré il y a deux mois. On a choisi une méthode plus drastique parce qu’on visait un résultat plus sûr », a expliqué M. Labeaume, qui souffrait d’un cancer de la prostate.

« On parle de guérison, avec prudence car il y a 30 % de risque de récidive. Alors je suis guéri, explique-t-il. C’est ce que mon médecin m’a dit la semaine dernière. Mais il faut être prudent. »

L’absence de Régis Labeaume, en retrait depuis le 2 avril, s’était ressentie dans les médias de Québec. Le maire est reconnu pour ses coups de gueule. Il rencontre les médias presque quotidiennement et ses sorties font souvent les manchettes.

PHOTO ERICK LABBE, LE SOLEIL

De retour au travail, Régis Labeaume a effectué une visite au Grand Marché de Québec, lundi.

« Quand j’ouvre le journal le matin et que je ne suis pas là, je me dis "mon dieu, il n’y a pas ma grosse face et ça marche pareil !" C’est assez agréable », a-t-il lancé.

Le maire semblait heureux de renouer avec les journalistes. Il a répondu à leurs questions pendant une quinzaine de minutes, mais a été clair : il ne répondrait qu’à celles concernant son état de santé ou son projet de réseau de transport en commun structurant.

« On n’est pas en retard, mais on va l’être bientôt », a précisé le maire, qui porte à bouts de bras un projet de tramway de 3,3 milliards pour sa ville, qui n’est actuellement dotée que d’autobus.

Un souper avec Valérie Plante

L’élu a d’ailleurs révélé qu’il s’était activé dans l’ombre durant sa convalescence pour dénouer l’impasse. Il a rencontré des ministres de la CAQ et a même mangé avec la mairesse de Montréal, Valérie Plante.

Les gouvernements provincial et fédéral ne s’entendent pas sur la manière de financer le tramway. Ottawa a une enveloppe de 5,2 milliards pour les transports collectifs. Mais les villes québécoises se partagent cette somme en fonction de l’achalandage actuel de leur système de transports en commun. Sans surprise, avec son métro, Montréal prend la part du lion.

PHOTO PAUL CHIASSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Valérie Plante et Régis Labeaume lors d'une rencontre à Montréal, en novembre 2017

« Je ne peux pas blâmer Valérie Plante. Si j’étais à sa place, je ferais pareil, a expliqué lundi M. Labeaume. Je lui ai dit à Valérie. Elle était contente qu’on ne démarre pas une sempiternelle chicane Montréal-Québec. »

Ottawa invite Québec à piger dans d’autres enveloppes, mais le gouvernement de François Legault se refuse à le faire. Le maire de Québec n’a pas voulu s’immiscer dans la querelle.  

« C’est complexe, c’est très politique. Les chicanes fédéral-provincial, ça n’a plus la cote, dit-il. Les gouvernements comprennent qu’à une époque c’était très populaire ces chicanes, mais je pense que ça n’a plus la cote. »

La fin de semaine dernière, le premier ministre du Québec a dévoilé un « plan vert » misant sur l’électrification des transports. Dans la liste des priorités, François Legault a inclus le projet de tramway de Québec.

« Ce que le premier ministre a dit en fin de semaine, c’était extrêmement doux à nos oreilles », note le maire.

« Le gouvernement a parlé de la ligne bleue, du tramway dans l’est de Montréal, du tramway de Longueuil et du tramway de Québec, dit-il. Dans tout ça, c’est notre projet qui est le plus avancé et c’est donc à nous qu’on devrait donner le feu vert financier en premier. »

La convalescence n’a toutefois pas eu raison du Labeaume combatif. Lorsqu’il a été question d’une récente invitation de François Legault à revoir le projet, le maire n’a pas mis d’eau dans son vin.

« Y aller par phases, par étapes, le réduire… C’est non ! » a-t-il lancé, avant d’ajouter : « Maintenant, il faut conclure. »