Les villes pressent Québec d'agir pour contrôler la plante «zombie»

Le lac Osisko, à Rouyn-Noranda, est aux prises avec le myriophylle... (Photo Alain Roberge, Archives La Presse)

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Le lac Osisko, à Rouyn-Noranda, est aux prises avec le myriophylle à épi, une plante «zombie» qui a envahi des centaines de lacs du Québec.

Photo Alain Roberge, Archives La Presse

Tristan Péloquin
La Presse

Loin de se résorber, la prolifération du myriophylle à épi, cette plante «zombie» qui a envahi des centaines de lacs du Québec en se reproduisant par boutures, fait l'objet de vives inquiétudes. L'Union des municipalités et une coalition d'organismes demanderont aujourd'hui à Québec de mettre sur pied un programme national de gestion pour contrôler cette plante envahissante.

À pareille date l'an dernier, le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Changements climatiques rapportait que 110 lacs étaient aux prises avec le myriophylle, dans toutes les régions du Québec. Le Ministère a été incapable de dire combien sont aujourd'hui touchés, mais tout porte à croire que leur nombre augmente.

«Ma perception, c'est qu'on est présentement dans une phase d'expansion exponentielle», affirme le botaniste Claude Lavoie, auteur d'une étude scientifique sur le myriophylle à paraître dans la revue Le Naturaliste canadien. Apparu au Québec à la fin des années 50, possiblement en arrivant dans l'eau de ballast de navires océaniques ou comme plante décorative d'aquariums domestiques, le myriophylle à épi se propage en créant de vastes herbiers dans les lacs, qui étouffent peu à peu la faune et la flore aquatiques.

Pire : la plante, extrêmement fragile, crée de nouvelles boutures lorsqu'elle est touchée par les hélices de bateaux ou même par les pagaies de petites embarcations. Ces boutures s'accrochent aux pieds de moteurs et aux remorques, et font apparaître de nouveaux herbiers ailleurs lorsqu'elles finissent par se détacher.

«C'est vrai que les gens la détectent davantage qu'auparavant puisque le problème est médiatisé, mais il semble y avoir une prolifération bien réelle, et le meilleur prédicteur de leur présence dans un lac, c'est la présence d'une rampe de mise à l'eau pour les bateaux», indique M. Lavoie.

Les solutions pour y remédier sont extrêmement dispendieuses et, dans bien des cas, relativement inefficaces. Aux États-Unis, l'association du lac Upper Saranac, dans les Adirondacks, a déboursé depuis trois ans 1,5 million US pour une vaste campagne d'arrachage. Bien que sa présence ait diminué considérablement, elle continue de proliférer.

Au Québec, certaines associations de riverains ont fait installer des centaines de mètres de jute au fond des lacs pour étouffer les herbiers. La technique semble fonctionner, mais n'est pas une panacée. «Le ministère de l'Environnement nous met des bâtons dans les roues en exigeant que les toiles soient maintenues au fond des lacs avec des blocs de ciment plutôt que des pieux. Ça complexifie énormément le processus», déplore Benoit Huet, président de l'Association des propriétaires du lac Quenouille. Ce lac des Laurentides, aux prises avec une prolifération de la plante depuis quelques années, a mis sur pied un programme de nettoyage systématique des embarcations et a embauché une équipe qui fait de la prévention sur le lac. Mais ce n'est plus suffisant, affirme M. Huet.

«C'est bien de sensibiliser les gens à laver leurs bateaux, mais quand ça envahit ton lac, tu fais quoi ? Ça prend maintenant des cerveaux qui réfléchissent à un plan d'action, à trouver des solutions concrètes.»

«Les impacts sont considérables pour les riverains; il y a quatre chalets qui ne se sont pas vendus l'année dernière à cause de la présence de myriophylle», déplore M. Huet.

Éradication de la plante

Aujourd'hui, une coalition d'organismes de riverains de partout au Québec, en collaboration avec l'Association des pêcheurs sportifs du Québec, le Conseil québécois des espèces exotiques envahissantes et l'Union des municipalités, demandera notamment à Québec de délivrer plus facilement les permis permettant d'entreprendre des travaux d'éradication de la plante zombie. Ils souhaitent aussi le financement de programmes de prévention.

Le Parti québécois (PQ) avait demandé l'adoption d'une politique gouvernementale semblable à pareille date l'an dernier. «L'ancien ministre [David Heurtel] n'a rien fait, et celle qui lui a succédé [Isabelle Melançon] non plus, alors qu'on se rend compte que la plante se multiplie à une vitesse folle. La ministre doit au moins donner la commande à son ministère de se mettre en action. Il faut que la machine bouge», lance le député Sylvain Gaudreault, porte-parole en matière d'environnement du PQ.

Le botaniste Claude Lavoie appelle cependant à la prudence face «aux vendeurs de solutions miracles» qui prétendent pouvoir éradiquer la plante pour de bon. «Des compagnies ont développé des techniques de contrôle avec des rayons ultraviolets, avec des bactéries, j'ai même vu une solution avec de l'épandage de craie. Les Américains, ça fait 40 ans qu'ils se battent contre cette plante. Ça coûte cher, ça prend du temps. Et malheureusement, il n'y a pratiquement pas de cas où la plante est complètement disparue», souligne-t-il.




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