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Fallait-il laisser brûler le Kathryn Spirit ?

L'épave du Kathryn Spirit, stationnée sur les berges... (Photo Patrick Sanfaçon, La Presse)

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L'épave du Kathryn Spirit, stationnée sur les berges du lac Saint-Louis à Beauharnois depuis 2011, a été la proie d'un violent incendie mardi dernier.

Photo Patrick Sanfaçon, La Presse

Des pompiers se demandent sérieusement si le Kathryn Spirit n'aurait pas dû être abandonné aux flammes en raison de la présence de matières dangereuses dans le rafiot.

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Des pompiers qui ont combattu les flammes mardi sur le Kathryn Spirit ont rapporté avoir été inquiétés par des indices qui laissaient présager la présence de matières dangereuses.

Photo Patrick Sanfaçon, La Presse

Le cargo cinquantenaire, stationné sur les berges du lac Saint-Louis à Beauharnois depuis 2011, a été la proie d'un violent incendie mardi dernier. Il s'agit d'un énième chapitre pour ce bateau qui, depuis des années, fait craindre aux citoyens de cette petite ville de la Montérégie une catastrophe environnementale - on y a détecté du carburant, du mercure, des BPC et de l'amiante.

La firme chargée du démantèlement du bateau, Excavation René St-Pierre, est censée l'avoir totalement décontaminé, au début de l'année 2018, avant d'amorcer les travaux de découpage et de démontage.

Or, des pompiers qui ont combattu les flammes mardi ont rapporté avoir été inquiétés par des indices qui laissaient présager la présence de matières dangereuses, notamment des produits pétroliers. On cite en exemple la température anormalement élevée du brasier, une épaisse fumée noire ainsi que des habits de combat complètement souillés.

Urgence-Environnement, service d'intervention du gouvernement du Québec, a effectué des tests d'air autour du bateau afin de s'assurer que les résidants du secteur n'étaient pas en danger. Aucune évacuation n'a été jugée nécessaire, mais aucun échantillon n'a été prélevé à l'intérieur même du bateau. Chez Urgence-Environnement, on explique notamment que la « zone rouge » n'était accessible qu'aux premiers répondants, donc les pompiers.

« Qu'est-ce qu'on a respiré ? », s'interroge sous le couvert de l'anonymat un pompier de Châteauguay, dont l'unité a été appelée en renfort au Service de la sécurité incendie de Beauharnois.

« On n'a fait aucun test pour les pompiers, et on n'obtient aucune réponse à nos questions, déplore-t-il. Je pourrais rencontrer un médecin, mais pour discuter de quoi ? On sait qu'il y a eu des BPC : qu'est-ce qui nous arrive si cette matière est chauffée ? On ne sait rien. »

Ce pompier s'inquiète notamment des risques de cancer auxquels s'exposent ses collègues et lui. La Presse a d'ailleurs publié le mois dernier un dossier sur le sujet.

L'entreprise Excavation René St-Pierre n'a pas souhaité nous donner d'entrevue hier, nous renvoyant à la Garde côtière canadienne, chargée de faire le suivi des travaux.

« PAS DE PROBLÈME »

À la Ville de Beauharnois, on présume que la décontamination a été faite. Se faisant le porte-parole du Service de sécurité incendie, le directeur général par intérim de la municipalité, Jacques Malenfant, a indiqué qu'il n'y avait « pas de problème là ».

Le maire Bruno Tremblay estime pour sa part qu'on a « peut-être gonflé la situation », et souligne que tous les liquides dangereux ont été retirés, analysés et traités.

Il explique toutefois que comme le bateau a été penché sur le côté pendant plusieurs années et contenait des eaux usées, les parois intérieures sont encore imprégnées de résidus d'huile et de graisse, ce qui expliquerait la fumée noire.

Le ministère des Océans, des Pêches et de la Garde côtière a confirmé que « des résidus d'huile sont toujours présents, notamment dans la salle des machines ».

« La machinerie doit d'abord être retirée avant de procéder au nettoyage et poursuivre les travaux de découpage. »

- Une porte-parole du ministère des Océans, des Pêches et de la Garde côtière dans un courriel

« Ce n'est pas pire qu'un incendie dans un garage », a commenté le maire Tremblay.

Voilà qui ne rassure en rien le pompier avec lequel La Presse s'est entretenue, qui estime que jamais ses collègues n'auraient dû descendre dans le bateau en flammes.

« Il n'y avait pas de vies à sauver, pour moi, c'était clairement un cas de non-intervention : par mesure de sécurité, on aurait dû le laisser brûler », dit-il, décrivant en outre un espace clos et difficile d'accès qui complexifiait encore davantage l'intervention.

Selon lui, les employés affectés au démantèlement du cargo devraient eux aussi s'inquiéter des particules et des vapeurs d'hydrocarbures dans l'air à l'intérieur du bateau à la reprise des travaux.




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