Le chantier de construction d'un troisième lien routier entre Québec et Lévis peut difficilement débuter avant 2024, estime le gouvernement, qui tourne au ridicule la proposition de la Coalition avenir Québec (CAQ) de le lancer dès un premier mandat.

Mis à jour le 26 janv. 2018
Hugo Pilon-Larose LA PRESSE

Ce dossier, qui soulève inévitablement les passions dans la région de la capitale nationale, fait des vagues ces derniers jours depuis que le chef de la CAQ, François Legault, a affirmé à ICI Première « que c'est possible d'avoir une bonne partie qui soit réalisée dans le premier mandat ».

« C'est irréaliste. Ce n'est pas connaître les étapes d'un grand projet », a répliqué Véronyque Tremblay, ministre déléguée aux Transports, en entrevue avec La Presse.

« Nous aussi, on est pour le troisième lien, mais c'est un projet compliqué de plusieurs façons. Il va falloir qu'il nous explique comment il va faire, en dedans de quatre ans, pour l'avoir complètement réalisé. Ça me paraît douteux », a pour sa part affirmé le premier ministre Philippe Couillard en voyage économique en Chine, selon Le Journal de Québec.

UN DÉBAT D'ÉCHÉANCIERS

En décembre dernier, Québec a lancé un appel d'offres afin de réaliser un dossier d'opportunité comprenant une étude des besoins en termes de circulation entre Saint-Augustin-de-Desmaures et l'île d'Orléans, ainsi qu'une étude de solution qui identifiera le projet idéal et un échéancier préliminaire. Dans le dernier budget, la somme de 20,5 millions a été réservée pour réaliser ces études, dont la livraison finale est prévue pour la fin de 2020.

Après son entrevue à la radio publique, le chef de la CAQ a écrit sur Twitter que son parti est « le seul à s'engager sur le début de la construction d'un 3e lien à Québec dans le prochain mandat de 4 ans ». Au FM93, son député responsable de la Capitale-Nationale, Éric Caire, a ensuite dit qu'« en fait, ce qui va se produire, c'est qu'on va aller de l'avant avec l'intention du troisième lien ».

« Ce que le chef a voulu indiquer hier de façon très claire, c'est que pour nous, c'est une priorité à Québec, dans le débat sur la mise à jour de nos infrastructures routières, de boucler cette boucle-là », dit Éric Caire, affirmant même que si « la CAQ recule dans le projet de troisième lien, [il va] démissionner ».

La Presse a demandé à la CAQ si M. Legault, qui s'engage à entamer « la construction d'un troisième lien » dans un premier mandat, affirmait qu'il y aurait d'ici 2022 le début d'un chantier de construction. On nous a répondu qu'on s'en tenait pour l'instant à ce qu'a écrit le chef.

RECOMMANDATIONS

Véronyque Tremblay, qui est députée libérale de Chauveau, dans la région de Québec, affirme que «  [la] volonté gouvernementale est réelle [pour un troisième lien], parce qu'on ne dépense pas 20,5 millions dans un bureau de projet pour rien ». Elle rappelle cette position notamment dans le contexte où « il y aurait toujours entre 65 et 70 % d'appuis pour [ce projet] dans la ville de Québec », selon un récent sondage SOM-FM93.

Or, il ne faut pas s'attendre à ce que le Parti libéral s'engage cet été à construire un troisième lien coûte que coûte, a-t-elle poursuivi, puisque le gouvernement veut attendre les conclusions du dossier d'opportunité avant de lancer l'étape de planification, « qui comprend le dossier d'affaires, les retombées exactes, les coûts exacts, les études environnementales et les plans et devis ». Cette étape pourrait durer au minimum trois ans. « En bas de ça, c'est honnêtement impossible », a-t-elle dit à La Presse.

« Peut-être que c'est un long processus, mais ça évite du gaspillage de fonds publics », a poursuivi Mme Tremblay, précisant que ces étapes ont été recommandées par la commission Charbonneau pour tout projet majeur.

« CE N'EST PAS SÉRIEUX »

En marge du caucus parlementaire du Parti québécois (PQ) à Shawinigan, la députée de Taschereau, Agnès Maltais, a affirmé que « François Legault est prêt à promettre une navette spatiale aux Québécois pour gagner les élections ».

« Voyons donc, ce n'est absolument pas sérieux. C'est vraiment le comble du ridicule : tout le monde sait que ça ne peut pas se faire en quatre ans », a-t-elle ajouté.

Le PQ s'oppose-t-il à un troisième lien ? « Je vais être claire : notre priorité depuis des années, c'est un système de transport en commun efficace à Québec. C'est ce dont on a besoin pour dégager les autoroutes à Québec. Ajouter des autoroutes, c'est ajouter de la circulation automobile, c'est ajouter de la congestion », a dit Mme Maltais.

« On va attendre le résultat des études pour voir s'il y a nécessité d'un troisième lien à Québec », a-t-elle conclu.

- Avec Martin Croteau, La Presse, à Shawinigan