Appelés en renfort par l'Union des producteurs agricoles (UPA), trois anciens ministres de l'Agriculture demandent au gouvernement Charest de ne pas «mettre la hache» dans un programme d'assurance et la loi sur la protection du territoire agricole comme le recommandent selon eux deux rapports récents.

Tommy Chouinard LA PRESSE

En conférence de presse hier, les péquistes Jean Garon (ministre de l'Agriculture de 1976 à 1985), Rémy Trudel (de 1998 à 2001), et l'ancien ministre libéral Yvon Picotte (de 1990 à 1994) ont plaidé pour que ces deux «piliers» de l'agriculture québécoise demeurent à peu près intacts.

 

Commandé par le gouvernement, le rapport Ouimet propose d'apporter des «ajustements chirurgicaux» à la loi sur la protection du territoire agricole pour que les demandes d'exclusion de lots protégés soient inscrites dans les schémas d'aménagement des municipalités plutôt que d'être traitées «au cas par cas».

Jean Garon craint que les villes n'aient une influence plus grande sur la gestion du territoire agricole, elles qui ont plus souvent tendance à favoriser la construction résidentielle et industrielle. «C'est remettre aux loups les clés de la bergerie», a lancé le président de l'UPA, Christian Lacasse. Selon lui, quelque 4000 hectares de terres agricoles sont «dézonés» chaque année, l'équivalent de l'île de Montréal tous les 10 ans.

De son côté, le rapport St-Pierre - aussi commandé par le gouvernement - propose une vaste réforme du programme d'assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA). Ce programme créé en 1975 vise à combler l'écart entre les coûts de production et le prix du marché. Son déficit cumulé frise les 800 millions de dollars.

«Est-ce qu'il faut tuer l'ASRA et repartir sur une autre base pour que ça coûte moins cher? La réponse c'est non», a lancé Rémy Trudel, plaidant que le secteur agricole vit des crises successives depuis quelques années. «Quand le risque est élevé, c'est le rôle de l'État de soutenir.»

Selon Yvon Picotte, «le gouvernement doit privilégier l'agriculture de proximité, et ça ne se fait pas en coupant dans des programmes. S'en remettre aux lois du marché et à l'exportation, c'est un piège».

Selon Rémy Trudel, avec les rapports Ouimet et St-Pierre, «il y a péril en la demeure». Jean Garon estime que le gouvernement, qui fait la sourde oreille aux demandes de l'UPA, «ne peut pas mettre la hache impunément dans un héritage de 30 ans».

Jusqu'à maintenant, Québec a envoyé des signaux en faveur des recommandations des rapports Ouimet et St-Pierre, ce qui «n'est pas rassurant», a souligné Christian Lacasse.

Après un discours devant l'industrie alimentaire canadienne réunie en congrès à Québec, le premier ministre Jean Charest n'a pas voulu répondre à la sortie des trois anciens ministres sur l'avenir du secteur agricole. «C'est un long débat, un grand débat», a-t-il affirmé aux journalistes avant de quitter la salle.