Des stratèges du Parti libéral, du NPD et du Bloc québécois ont passé la journée hier à négocier les modalités d'un gouvernement de coalition qui pourrait prendre la relève du gouvernement minoritaire conservateur de Stephen Harper s'il est renversé à la Chambre des communes d'ici une dizaine de jours.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Les libéraux ont même rédigé une motion de censure envers le gouvernement Harper parce qu'il ne propose pas immédiatement de nouvelles mesures pour stimuler l'économie et qui affirme «qu'un nouveau gouvernement viable peut être formé au sein de la Chambre des communes».

 

Cette motion, qui est parrainée par le chef libéral démissionnaire Stéphane Dion, fera l'objet d'un débat et d'un vote de confiance le 8 décembre, le premier ministre Stephen Harper ayant décidé hier soir de reporter d'une semaine la journée de l'opposition réservée aux libéraux durant la session parlementaire.

Selon des informations obtenues hier par La Presse, chaque parti a constitué deux équipes de négociations restreintes, chacune formée d'un député et d'un proche conseiller. Ces équipes rendent régulièrement compte de l'évolution des pourparlers à leur chef respectif. Les discussions doivent se poursuivre aujourd'hui et demain.

En outre, les stratèges du NPD ont fait appel à leur ancien chef, Ed Broadbent, pour qu'il discute du projet de gouvernement de coalition avec l'ex-premier ministre Jean Chrétien. Les deux hommes se sont parlé à au moins cinq reprises depuis jeudi soir. M. Broadbent a passé la journée d'hier sur la colline parlementaire avec le chef du NPD Jack Layton pour élaborer les stratégies de négociation.

Ces négociations pour former un gouvernement de coalition progressent à un point tel que la députée libérale Marlene Jennings a soutenu hier soir que ce nouveau gouvernement serait en mesure de prendre rapidement le pouvoir et de déposer dans les jours suivants des mesures importantes pour soutenir l'économie canadienne. «Les discussions entre les partis vont bon train et nous avons l'intention, si tout se déroule bien comme maintenant, d'agir très, très rapidement. Ça veut dire que dès que le gouvernement sera formé, dans les jours qui suivent - des jours, pas des semaines -, il déposera un véritable plan économique qui va stimuler notre économie, qui va aider les familles canadiennes», a dit Mme Jennings.

Le député libéral John McCallum a renchéri: «On ne peut pas vous donner une date précise. Mais on peut dire une chose: que la date de notre annonce de politique expansionniste va être plus tôt que celle des conservateurs et le montant d'expansion va être plus élevé. Ces deux choses sont sûres.»

Du côté du NPD, les stratèges du parti ont mis leurs conditions sur la table. Les troupes de Jack Layton exigent le tiers des sièges à la table du conseil des ministres d'un nouveau gouvernement de coalition. Ils voudraient également mettre la main sur le ministère de l'Environnement et un autre ministère à vocation économique, a appris La Presse hier.

Aussi, le NPD voudrait s'assurer que ce gouvernement de coalition puisse survivre au moins deux ans. «Nous voulons pouvoir déposer quelques budgets», a indiqué un stratège néo-démocrate.

Pour sa part, le Bloc québécois ne veut pas être partie prenante d'un gouvernement de coalition en acceptant des postes ministres, mais il serait prêt à appuyer ponctuellement les mesures proposées par ce nouveau gouvernement pour stimuler l'économie et toutes autres propositions qui seraient favorables au Québec.

En point de presse, hier, le chef bloquiste Gilles Duceppe a confirmé s'être entretenu à ce sujet avec Stéphane Dion et Jack Layton jeudi et hier. «On a toujours agi enjeu par enjeu en appuyant ce qui va dans le sens des intérêts, des valeurs du Québec. Et on sera ouvert à appuyer une coalition qui respectera davantage le Québec. Mais on va le voir en cours de discussions», a-t-il affirmé.

Toutefois, toutes ces négociations pourraient échouer si les libéraux n'arrivent pas à s'entendre sur le chef qui devrait diriger ce gouvernement de coalition.

Pour l'heure, Stéphane Dion est aux commandes du Parti libéral, mais il a annoncé son intention de démissionner de son poste dès qu'un successeur lui aura été choisi à Vancouver en mai 2009. Trois candidats sont en lice pour lui succéder: Michael Ignatieff, Bob Rae et Dominic LeBlanc.

Plusieurs députés libéraux ne sont pas à l'aise de voir M. Dion diriger ce gouvernement de coalition pendant quelques mois.

«Il est juste de dire qu'il y a plusieurs députés qui hésitent à donner cela à Dion. Ils ont peur qu'il bousille les chances des libéraux de remporter ensuite une majorité aux prochaines élections», a dit une source libérale.

Selon une source du NPD, il appert que la question du leadership au sein du Parti libéral demeure un problème dans les négociations. «Le problème à l'heure actuelle, c'est le Parti libéral. Il y a trop de camps au sein de ce parti. Il y a notamment le camp Dion qui veut sauver sa carrière. Le PLC est donc instable à l'interne. Il faut voir s'il est possible d'avoir de la stabilité», a dit cette source.